La nutrition donne des maux de ventre aux mères blogueuses

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Les mamans québécoises sont friandes de blogues, mais, en ce qui concerne la nutrition, les informations sont trop nombreuses et créent une certaine cacophonie qui nuit à leur crédibilité. « Je veux nourrir sainement ma fille... autant que possible en tout cas. Et non, je ne veux surtout pas qu'elle ait le cancer colorectal. Mais il me semble, et ce n'est pas la première fois qu'on en parle ici, que trop d'information, c'est comme pas assez. »

Voilà ce qu'on pouvait lire sur le blogue des (Z) Imparfaites en aout 2009 et qui résume fort bien la position de cinq mamans québécoises qui tiennent les cybercarnets les plus populaires du genre: elles sont conscientes de leur rôle dans l'alimentation de leur enfant, mais sont déconcertées devant la quantité astronomique d'informations nutritionnelles, ce qui entraine chez elles de la méfiance, de l'angoisse, de la culpabilité, voire le rejet de certaines normes en vigueur.

C'est la conclusion du mémoire de Marie Douce Soucy, une diplômée de l'Université de Montréal qui poursuit actuellement des études de médecine à l'Université Laval.

« L'abondance de renseignements sur l'alimentation crée une certaine cacophonie, observe celle qui a été dirigée par la professeure Marie Marquis. Cela pousse des consommateurs à ne pas se soucier des conseils nutritionnels. Les nutritionnistes et autres professionnels doivent mieux définir leurs messages.»

Cela est d'autant plus important auprès des mères, qui influent considérablement sur les comportements alimentaires de leur enfant. « Les habitudes adoptées pendant cette période se maintiennent à l'âge adulte et peuvent être liées aux problématiques de surplus de poids et de troubles des conduites alimentaires », ajoute l'étudiante.

Marie Douce Soucy a analysé les billets publiés dans les blogues Chroniques d'une mère indigne, Profession Maman, Les (Z) Imparfaites et Dans mon assiette. Les trois premiers traitent de la réalité maternelle sur un ton souvent humoristique. Le dernier est un cybercarnet tenu par une mère nutritionniste, Stéphanie Côté – qui fait aussi partie de l'équipe d'Extenso, le centre de référence en nutrition de l'Université de Montréal. « Ce blogue se distinguait des autres en raison de la formation de son auteure », précise Mme Soucy.

Ce mémoire est le premier à se pencher sur le blogue comme nouvelle source de renseignements en nutrition pour évaluer son influence sur les comportements alimentaires des mères. Cet outil s'est avéré un terreau fertile pour l'étudiante. « Ces données de première main, souvent écrites à chaud, me permettaient d'en apprendre davantage sur les choix alimentaires des mères », explique-t-elle.

Des messages moins nombreux, mais clairs et concis

Marie Douce Soucy a tiré de grandes leçons de son projet de recherche. « Nos recommandations en matière de nutrition sont trop nombreuses, estime-t-elle. Nous devons limiter nos conseils et les formuler de façon claire et concise.»

Un exemple : insister sur le fait que les repas devraient être des moments agréables. « On peut y arriver en acceptant un partage des responsabilités : les parents déterminent le menu et l'enfant choisit dans le contenu de son assiette ce qu'il souhaite manger », illustre-t-elle.

Elle croit également que le savoir des mères doit être plus considéré par les spécialistes. Avec le temps et l'arrivée d'un deuxième enfant, bien des mamans se fient plus souvent à leur expérience qu'aux recommandations officielles.

Cet extrait des Chroniques d'une mère indigne en fait foi : « La mère indigne (dans ce cas précis, moi), ayant accouché d'un second enfant (appelons-la Petite Chérie Bis) il y a 7 mois et d'un premier (logiquement, Petite Chérie) il y a bientôt 7 ans, commence à accepter le fait qu'elle puisse développer sa propre expertise.»

« Nous devrions soutenir le développement de leur expertise dès la première grossesse et profiter de ce moment pour leur communiquer efficacement les informations les plus importantes afin que leurs croyances, leurs attitudes et leurs pratiques soient en concordance avec les plus récentes avancées de la science », affirme Marie Douce Soucy.

L'étudiante mentionne que cette incursion dans la blogosphère maternelle démontre à quel point les nutritionnistes doivent l'investiguer davantage. «Auparavant, les mères cherchaient du réconfort dans les conseils familiaux ou le bouche-à-oreille. Le blogue semble remplacer cette façon de faire et nous devons en prendre compte dans notre pratique. Il est possible de commenter les billets pour guider les utilisateurs dans leurs connaissances nutritionnelles. On peut concevoir des cybercarnets à l'image de celui de la nutritionniste Stéphanie Côté, qui parle de sa famille pour mieux transmettre des messages sur l'alimentation. N'ayons pas peur de la démocratisation de l'information et utilisons le Web 2.0 à notre avantage ! »

(Par Marie Lambert-Chan - Volume 46 / Numéro 26 / 02 avril 2012 - Université de Montréal)

Source : Université de Montréal (@UdeM)

SOURCE : Université de Montréal

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