La nouvelle physiologie de la graisse

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La graisse est une grande préoccupation de nos sociétés, née dans la deuxième partie du 20ème siècle, et qui continue à perturber nos contemporains. Par ses aspects esthétiques visibles, son impact social peut être important, et elle est déterminante dans l’image personnelle de chacun. Par son aspect caché métabolique, aux effets insidieux, elle justifie médicalement que l’on s’y intéresse et connaisse réellement ses actions et surtout ses liaisons ; elle est au coeur d’un réseau et dialogue avec de nombreux organes, mais de manière silencieuse.

50 % de la population des pays industrialisés est en surpoids ou obésité. 1,6 milliards d’humains sont dans ce cas, et cette population ne fait que croitre. 300 millions de personnes sont considérées comme obèses avec un IMC supérieur à 30. Ceci gagne dramatiquement les enfants, et est très alarmant. Le nombre d’adipocytes que nous possédons est installé pendant l’enfance et l’adolescence, et reste relativement constant à l’âge adulte, aussi bien chez les maigres que chez les obèses stabilisés en poids.

Des causes ont été identifiées, comme des déséquilibres alimentaires précoces, une mauvaise balance entre les calories ingérées et celles dépensées, ou un statut socio-économique défavorisé, des causes génétiques, environnementales...

Le mode de vie contemporain se prête aussi plus facilement aux influences des publicités, des repas rapides, tout prêts, sans discernement. Il devient de plus en plus évident que l’éducation sanitaire nutritionnelle au sens large doit prendre sa place dans l’éducation. On comprend dès lors l’engouement pour des méthodes pas toujours sérieuses permettant de perdre l’excès de cellules graisseuses ; régimes, actes physiques, jeûnes... actes chirurgicaux, techniques de destruction des adipocytes. Garder raison devient nécessaire mais ce n’est pas toujours facile devant la multitude de solutions qui se présentent.

Pendant longtemps nous avons cru que la graisse était un lieu de stockage, un peu inerte. Nous savons désormais que c’est un organe extrêmement vivant, qui influence malheureusement le cerveau, le rein, le coeur etc... La graisse « dialogue », et elle peut « causer » très fort, à notre détriment.

Selon la Nutrition Examination Survey (NHANES), 78.4 % des hommes et 68.6 % des femmes de plus de 60 ans sont en surpoids ou obèses (IMC = 25 kg/m2). Ceci représente la plus forte prévalence de toutes les tranches d’âge.

Le risque de morbidité et de mortalité est énormément accru, comme celui :

  • d’hyperinsulinisme et d’intolérance au glucose,
  • de cancers,
  • d’artérioslérose,
  • de maladies neurodégénératives,
  • d’insuffisance respiratoire,
  • de problèmes orthopédiques,
  • et bien sur de syndrome métabolique et de diabète type 2.
  • sans compter les affections cardiovasculaires et rhumatologiques,
  • et la surcharge hépatique non-alcoolique (effets secondaires tenaces liés au surpoids et à l’obésité).

Il existe plusieurs sortes de graisses : la graisse brune, bénéfique, autour des épaules ; la graisse sous-cutanée, liée au sexe, autour des hanches pour les femmes ; ou la graisse abdominale, très vite néfaste si elle est en quantité, liée aux maladies inflammatoires. Car la graisse peut être très inflammatoire, très pernicieuse.

Les femmes mobilisent naturellement beaucoup plus mal leur graisse que les hommes car elles ont moins de testostérone, et surtout leurs cellules graisseuses sont beaucoup plus lentement métabolisées que celles de l’homme, de 3 à 7 fois moins. Mais un excès léger de graisse est nécessaire à la femme pour servir de réserve en cas de grossesse. Par ailleurs, la graisse augmente aussi normalement un peu après la ménopause ; en effet elle sécrète des estrogènes, ce qui compense un peu l’arrêt de la sécrétion d’estrogènes par les ovaires.

La leptine, l’hormone de la satiété, est secrétée par les adipocytes. Nous pourrions donc croire que les obèses en possèdent beaucoup ; c’est vrai. Mais leur problème est que cette leptine ne joue plus son rôle, on assiste à une résistance à la leptine, elle ne peut plus pénétrer le cerveau pour l’informer de la satiété, et nous ne savons pas encore pourquoi.

En cas de surcharge graisseuse, c’est un peu comme si le dialogue de la graisse ne se faisait plus avec le cerveau, mais malheureusement beaucoup plus avec les autres organes, qui deviennent plus sensibles, alors que le cerveau devient insensible. On voit donc ce double rôle de la graisse, comme Janus, bonne ou mauvaise. Mais surtout on connaît maintenant son énorme capacité d’influence, donnant « des ordres » à d’autres organes, et dès qu’elle est en excès, des informations néfastes, aux organes nobles, comme le rein, le cerveau…

(Symposium International "Cellulite & Graisse" - Congrès Mondial de Médecine Anti-Âge, Monaco 2012)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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