La minceur associée à la réussite

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À l'automne 2008, 37% des étudiantes de l'Université tentaient de perdre du poids. Ce chiffre, qui ne s'écarte pas radicalement de la prévalence de l'embonpoint dans la société, cache toutefois une réalité troublante : près des deux tiers des étudiantes qui tentaient de perdre des kilos présentaient pourtant un poids santé.

« La minceur associée à la réussite » - Crédit photo : © artellia - Fotolia.com Le fait qu’un pourcentage élevé d’étudiantes de l’Université tentent de perdre du poids, et ce, même si elles ont un poids santé, ne surprend pas Catherine Bégin, professeure à l’École de psychologie. « Nous sommes dans un milieu universitaire et le souci de la minceur à tout prix s’inscrit dans le contexte de performance propre à ce milieu, dit cette spécialiste des aspects psychologiques liés au poids et à l’image corporelle. La minceur est associée à la réussite. La femme ronde, elle, est associée à quelqu’un qui réussit moins bien, à une lacune en quelque sorte. En général, dans notre société, ce n’est pas le poids santé qui est valorisé, mais plutôt le sous poids, la minceur voire la maigreur. »

Dans sa pratique clinique, Catherine Bégin rencontre des femmes qui ne suivent pas de régime amaigrissant, mais qui pratiquent activement la restriction cognitive. Cette habitude consiste à être constamment à l’affût de ce qu’elles mangent, en somme de faire des choix restrictifs. « Dans les faits, ces femmes ne se privent pas nécessairement, mais d’un point de vue psychologique, le sentiment de devoir se priver est omniprésent chez elles, affirme la psychologue. Par exemple, au début d’un repas, elles vont dresser une liste d’aliments interdits dans leur tête. Ce problème-là existe dans toutes les tranches de poids: chez les anorexiques, mais aussi chez celles qui ont un poids santé. D’autres études montrent que le désir d’avoir une belle apparence supplante celui d’être en santé. »

Selon Catherine Bégin, le rapport conflictuel que certaines femmes entretiennent avec la nourriture pose davantage problème que leur surplus de poids en tant que tel. Prises dans un cercle vicieux, elles vivent souvent l’échec et sont en proie au découragement. « Les femmes qu’on voit dans les revues de mode n’ont pas un poids santé, conclut-elle. Même si certains magazines accordent parfois de l’espace aux femmes rondes dans leurs pages consacrées à la mode, l’effet médiatique de la femme mince est encore très fort. »

(Par Renée Larochelle - Journal de la communauté universitaire - Volume 46, numéro 4 - 23 septembre 2010)

SOURCE : Université Laval

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