La maigreur extrême, ça suffit !

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Une proposition de loi « visant à combattre l'incitation à l'anorexie » vient d'être déposée à l'Assemblée nationale. Entretien avec le Pr Daniel Rigaud (CHU de Dijon), endocrinologue, nutritionniste et spécialiste des troubles du comportement alimentaire, qui trouve qu'elle va dans le bon sens...

Que pensez-vous de la récente proposition de loi qui vise à sanctionner l’incitation à la maigreur excessive ?

« La maigreur extrême, ça suffit ! » - Crédit photo : www.eternel-feminin.com C’est une bonne initiative et nous avons milité par le biais de notre association Autrement (www.autrement.asso.fr), qui informe le grand public sur les problèmes de poids et apporte une aide aux personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire. Il est inadmissible que certains proposent des techniques d’amaigrissement (ou de maintien du poids à une limite inférieure à la normale) bien plus pénalisantes pour la santé que l’excès de poids lui-même ! La liberté d’expression n’autorise pas à encourager les jeunes, en particulier les jeunes filles ou les jeunes femmes, à faire n’importe quoi avec leur corps, avec comme conséquence de mettre leur santé et parfois leur vie en danger. Il ne me paraît pas choquant que la loi puisse sanctionner ces dérives.

Faire une loi suffira-t-il à régler le problème ?

La loi peut fixer une limite à ce qui est acceptable. De là à penser qu’elle pourrait diminuer significativement le nombre d’anorexiques ou de boulimiques, il y a un pas qu’il serait naïf de franchir. Mais les groupes de parole que nous organisons avec les malades montrent que ces derniers sont contents à l’idée qu’une loi soit votée, et c’est pour moi très positif. Les anorexiques mesurent le caractère pernicieux des incitations à l’amaigrissement excessif, car ils connaissent la souffrance que représente l’anorexie.

Même si l’incitation ne suffit pas à rendre anorexique, ils savent qu’elle peut jouer un rôle parmi d’autres facteurs. Reste que le problème n’est pas seulement celui des sites Internet. Il y a aussi les nombreux blogs : une jeune femme qui raconte sa vie et explique comment elle se fait vomir régulièrement ne crée pas à proprement parler une incitation et ne tombe pas sous le coup de la loi. La situation restera difficile…

Il y a aussi le rôle de certains médias, que vous dénoncez depuis un certain temps...

On sait à travers plusieurs études que les adolescents garçons et filles qui sont « branchés médias minceur » ont 2 à 3 fois plus de risque de développer un trouble du comportement alimentaire dans les 5 à 8 ans qui suivent. On ne peut pas nier la co-responsabilité de ces médias, même s’ils ne sont ni le facteur causal, ni le facteur déclenchant de l’anorexie.

Ils sont un facteur incitateur indiscutable. D’après une étude que nous avons faite, un peu plus d’un tiers des personnes anorexiques et boulimiques que nous prenons en charge étaient très préoccupées par leur silhouette et très investies dans l’hyperactivité physique avant de tomber malades. Elles étaient déjà « branchées minceur »... Indiscutablement, les images peuvent faire des dégâts et elles ont déjà alimenté la chronique des faits divers, avec la mort d’un top-modèle. Il est plus que temps de revenir à une image plus réaliste du corps féminin, et ne plus désespérer les jeunes filles...

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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