La fringale nocturne, signe d'une mauvaise santé métabolique ?

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Les personnes qui cèdent régulièrement à l'appel nocturne du frigo pourraient mettre leur santé en péril. C'est ce que suggère une étude portant sur le syndrome de fringale nocturne menée auprès de plus de 600 personnes par une équipe canado-américaine de chercheurs. Les résultats de cette étude, à laquelle ont participé Annette Gallant, Vicky Drapeau et Angelo Tremblay, de l'Université Laval, sont publiés dans un récent numéro de la revue Eating Behaviors.

Le syndrome de fringale nocturne ou syndrome d'hyperphagie nocturne est un problème qui touche 1 à 2% de la population adulte et environ 10% des personnes obèses. Ce trouble alimentaire, qui figure dans la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, se caractérise par l'ingestion de plus de 25% de l'apport calorique quotidien après le repas du soir ou par la consommation nocturne de nourriture deux fois ou plus par semaine.

Les personnes atteintes éprouvent parfois un désir intense de manger et elles sont persuadées qu'il leur sera impossible de trouver le sommeil si elles n'ingèrent pas de nourriture. Plusieurs d'entre elles doivent composer avec des troubles du sommeil ainsi qu'une anorexie matinale qui peut se prolonger jusqu'en milieu de journée. Les cycles hormonaux qui régissent le sommeil et l'appétit sont déphasés de 1 à 12 heures chez les personnes qui souffrent de ce syndrome.

Les chercheurs ont demandé à 310 femmes et à 305 hommes présentant un surplus de poids de remplir un questionnaire portant sur 14 manifestations comportementales ou psychologiques du syndrome de fringale nocturne. Les répondants devaient coter sur une échelle de 0 à 4 la gravité de chacun de ces symptômes, ce qui a permis de calculer pour chacun d'eux un score reflétant l'intensité du problème.

Les chercheurs ont ainsi établi que plus l'indice de masse corporelle des sujets est élevé, plus les symptômes de fringale nocturne sont prononcés. Chez les hommes, le score obtenu est en lien direct avec le tour de taille et le taux de triglycérides, deux facteurs de risques de maladie cardiovasculaire.

Par ailleurs, deux des principaux symptômes de ce trouble alimentaire – le besoin pressant de manger le soir ou la nuit et l'anorexie matinale – étaient plus marqués chez les sujets atteints du syndrome métabolique que chez les autres participants. Le syndrome métabolique, qui se manifeste par des taux élevés d'insuline, de glucose et de cholestérol ainsi que par l'hypertension, est un signe avant-coureur de diabète, de problème cardiovasculaire et d'accident vasculaire cérébral.

« Le syndrome de fringale nocturne s'exprime davantage chez les personnes qui ont un indice de masse corporelle élevé et chez celles qui ont une mauvaise santé métabolique, résume la doctorante Annette Gallant. Pour le moment, nous ne savons pas si ce syndrome est la cause ou l'effet d'un dérèglement métabolique. Même les études hormonales ne sont pas concluantes à ce sujet. On ne sait pas si les différences dans les taux des hormones sont dues au fait que les gens mangent la nuit ou si ce sont ces différences qui les poussent à manger la nuit. » Le suivi de sujets enclins aux fringales nocturnes, mais exempts de problèmes métaboliques et le suivi de sujets présentant un tableau clinique inverse devraient permettre aux chercheurs de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à ce trouble alimentaire.

L'article publié dans Eating Behaviors est signé par Annette Gallant et Vicky Drapeau, du Département d'éducation physique, Angelo Tremblay, du Département de kinésiologie, et leurs collaboratrices Kelly Allison, de l'Université de Pennsylvanie, Marie Lambert (décédée depuis), du CHUM, Jennifer O'Loughlin, de l'Université de Montréal, et Jennifer Lundgren, de l'Université du Missouri.

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 49 - numéro 23 - 13 mars 2014)

SOURCE : Université Laval

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