La face cachée du fructose

lu 13487 fois

C'est le seul, parmi les sucres, à être vénéré. On l'assimile au « sucre des fruits », et il trône fièrement sur l'étiquette des nombreuses denrées pour diabétiques. Le fructose a, semble-t-il, tout pour plaire. Mais son heure de gloire est passée...

C’est le sucre que tout le monde aime, parce qu’il est bon de goût, et surtout parce qu’il est assimilé au sucre des fruits (alors que les fruits contiennent souvent autant de glucose et de saccharose). Le fructose a séduit les scientifiques parce que de tous les sucres assimilables, c’est celui qui entraîne la plus faible élévation du taux sanguin de sucre. Plus fort : il a révolutionné l’image désormais désuète qui assimile un sucre simple à un sucre rapide, et un glucide complexe à un sucre lent : le fructose est un sucre simple plus « lent » que l’amidon des céréales. Il bénéficie donc d’un index glycémique particulièrement bas, et ne sollicite pratiquement pas de sécrétion d’insuline. Le rêve en cas de diabète de type 2.

Pourtant, ces dernières années, plusieurs publications ont semé le doute sur l’intérêt de ce sucre, qui a littéralement inondé tous les continents, pas tant via les aliments prétendus pour diabétique que par les boissons sucrées à base de sirops riches en fructose. La consommation de sirops riches en fructose a augmenté de plus de 1000 % entre 1970 et 1990. Aux États-Unis, ces sirops fournissent plus de 40 % des calories sucrées ajoutées aux aliments. En fait, l’évolution de la consommation de sirops de fructose va de pair avec l’augmentation rapide de l’obésité. Cela ne prouve rien, mais peut éveiller des soupçons…

Des souris pour témoin

Une équipe germano-américaine a comparé, chez la souris, l’effet d’un accès ad libitum à différentes boissons : une solution aqueuse comprenant 15 % de fructose (soit la concentration en fructose la plus élevée des boissons sucrées vendues aux États-Unis), un soft-drink populaire en Europe comprenant 10 % de saccharose (soit 5 % de fructose), un soft-drink populaire en version « light » (à base d’édulcorants acaloriques), et de l’eau pure pour le groupe contrôle. Les chercheurs ont fait appel à une technique moderne de résonance magnétique pour suivre, en plus du poids, l’évolution précise de la masse grasse des animaux.

Il engraisse !

Résultats : les souris qui boivent l’eau au fructose affichent une augmentation du poids corporel significativement plus importante que celles buvant l’eau. Cela semble logique, puisque le fructose apporte tout de même 4 kcal/g de plus que l’eau. Autre constat : l’adiposité est accrue avec le fructose : + de 90 % par rapport aux souris du groupe « eau », avec un effet « dose-dépendant » du fructose sur la masse grasse. Mais ce qui est plus étonnant, c’est qu’il n’y a pas de différence significative dans l’apport calorique global entre les groupes : les souris abreuvées à l’eau au fructose ont spontanément mangé moins de leur nourriture solide. Ce qui montre que ce n’est pas l’apport calorique, mais bien le fructose, qui est associé à cette prise d’adiposité.

Mécanismes de satiété

À défaut d’augmenter le taux de sucre, le fructose augmente donc le taux de graisse ! De plus, l’histologie hépatique montre une infiltration graisseuse dans le foie des animaux des groupes « fructose » ainsi que dans ceux du groupe « soft-drink ». Le fructose est métabolisé au niveau du foie, où il peut participer à la lipogenèse de novo. Pour les auteurs de l’étude, cet effet du fructose pourrait contribuer à expliquer le développement de l’obésité. Quant aux produits pour diabétiques, ceux qui contiennent du fructose ne sont vraiment plus à conseiller.

(Par Nicolas Guggenbühl, Diététicien Nutritionniste, " HEALTH & FOOD " numéro 72, Septembre 2005)

SOURCE : Health and Food

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s