La dénutrition : stratégies de prévention

lu 5741 fois

La prévalence de la dénutrition est de 4 à 10 % chez les personnes âgées vivant à domicile, de 15 à 40 % dans les maisons de retraite et d’environ 50 % dans les hôpitaux. Son dépistage et sa prévention se justifient par ses graves conséquences en termes de santé. La dénutrition entraîne une augmentation de la mortalité en ville comme à l’hôpital. Elle augmente aussi la morbidité et provoque des altérations importantes de la qualité de vie. Elle augmente les durées de séjour à l’hôpital, les risques d’infection nosocomiale et d’escarres. Elle augmente aussi les risques de chute, de fracture et d’entrée dans la dépendance.

Pourquoi les personnes âgées sont-elles spécifiquement menacées par la dénutrition ?

« La dénutrition : stratégies de prévention » - Crédits Photo : © Vladkol | Dreamstime.com Les apports alimentaires tendent à diminuer au cours de la vie adulte. L’appétit faiblit souvent chez les personnes âgées et n’est plus aussi bien régulé. La sensation de satiété est plus vite atteinte. En cas de diminution des apports alimentaires et de perte de poids, suite à une maladie aiguë ou à un stress psychologique, il devient difficile pour ces personnes de retrouver une alimentation qui leur permette de reprendre un poids normal. Alors qu’un adulte jeune aura spontanément des apports alimentaires augmentés qui lui permettront de regagner les kilos perdus. Chez les personnes âgées, les modifications physiologiques liées à l’âge, l’accumulation de diverses pathologies, la prise de nombreux médicaments, les régimes, les facteurs psychologiques et sociaux sont autant de facteurs qui peuvent conduire à une situation de dénutrition. D’où la nécessité de mettre en place des stratégies de prévention.

Sur quoi repose cette prévention ?

Pour les seniors en bonne santé, le premier objectif est de s’assurer qu’ils suivent les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) destinées aux personnes âgées et maintiennent par ailleurs une activité physique régulière. Il faut s’inquiéter devant toute perte de poids involontaire. L’évaluation nutritionnelle mérite d’être faite une fois par an par le médecin généraliste. Mais la prévention implique aussi la recherche de toutes les situations à risque, qui sont nombreuses. Dès qu’une de ces situations menace le statut nutritionnel, il est de la responsabilité du médecin d’instaurer un suivi plus fréquent, avec évaluation de l’appétit et des apports alimentaires, calcul de l’index de masse corporelle (IMC), prises de poids répétées, et à chaque consultation mesure de la perte pondérale éventuelle.

Cette évaluation conduira à délivrer précocement des conseils nutritionnels adaptés. La fréquence des prises alimentaires peut être augmentée. Les aliments riches en énergie et en protéines peuvent être privilégiés. Dans un premier temps, on préconisera l’enrichissement de l’alimentation avec des produits de base : poudre de lait, lait concentré entier, fromage râpé, crème fraîche, beurre fondu, pâtes, semoule, etc. La prescription de compléments nutritionnels oraux peut aussi être utile dans certaines situations. Pour les repas, une aide technique ou simplement humaine peut être nécessaire : ici intervient le rôle de l’entourage, de l’aide ménagère, du portage des repas...

La prévention doit donc s’exercer en premier lieu à domicile. Qu’en est-il en institution ?

Les personnes âgées, qui heureusement vivent en majorité chez elles, sont concernées au premier chef par la dénutrition, qui menace 4 à 10 % d’entre elles, soit environ 400 000 personnes en France. Les troubles nutritionnels sont pour la plupart dépistables en ville et les premiers intervenants sont les médecins généralistes.

En maison de retraite, un résident sur trois en moyenne a des troubles nutritionnels. Les troubles buccodentaires, les situations de dépendance, les troubles cognitifs y sont souvent associés... Beaucoup de ces établissements sont conscients que la prévention primaire passe par une amélioration de la cuisine. La formation des cuisiniers mérite sans doute d’être perfectionnée, comme celle des équipes soignantes. Il est sans doute nécessaire de mieux structurer la prise en charge de cette population à risque de dénutrition, qui reste particulièrement vulnérable.

Agathe Raynaud-Simon

Agathe Raynaud-Simon est chef de service de la Gériatrie à l’hôpital Bichat Claude Bernard et Beaujon depuis 2007. Elle est également Maître de Conférence Universitaire à la faculté de Médecine Denis Diderot Paris 7 et affiliée au Laboratoire de Biologie de la Nutrition EA 2498 à la Faculté de Pharmacie René Descartes. Son activité clinique, de recherche et d’enseignement est plus particulièrement centrée vers la problématique de la dénutrition chez la personne âgée.

(Agathe Raynaud-Simon, APHP-Bichat, Service de gériatrie, Paris - Colloque IFN « L'alimentation des seniors » de l'Institut Français pour la Nutrition - 02 décembre 2009)

SOURCE : Institut Français pour la Nutrition

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s