La culture alimentaire Françaises protège de l'obésité

lu 2283 fois

Dans les pays les plus développés, on continue de prendre du poids. Avec des différences pourtant : il y a plus de 30 % d'obèses aux Etats-Unis, contre 10 à 13 % en France. Les sociologues Claude Fischler (CNRS, Paris) et Estelle Masson (Université de Brest) ont une explication : manger n'a pas le même sens des deux côtés de l'Atlantique !

« La culture alimentaire Françaises protège de l’obésité » - Crédit photo : © iofoto - Fotolia.com Entre 2000 et 2002, une équipe de chercheurs dirigée par Claude Fischler a mené l’enquête auprès de plus de 7000 personnes aux Etats-Unis et dans 5 pays d’Europe : France, Suisse, Italie, Allemagne et Royaume Uni. Cette comparaison « transculturelle » portant sur l’alimentation, le corps et la santé (*), montre à l’évidence que la « culture du manger » n’est pas la même en Europe continentale et aux Etats-Unis.

Les Américains (et dans une moindre mesure les Anglais) ont une conception individualiste de l’alimentation. Manger est surtout une affaire diététique, choix personnel de nutriments réputés bons pour la santé : ce qui implique une responsabilité individuelle, souvent teintée de culpabilité. En France, les notions de partage et de plaisir partagé sont centrales, tout comme la référence à une certaine tradition.

Aux Etats-Unis, le choix est souvent source d’inquiétude. Choisir renvoie à la liberté individuelle, à une information validée, à une décision rationnelle et efficace. En France au contraire, manger semble assez facile. Une alimentation est saine quand elle respecte quelques principes simples : manger avec modération, manger varié, ne pas manger entre les repas, faire des repas à heures fixes, manger des produits frais... Et aussi partager ! Pour C. Fischler et E.Masson, la « communion » des Français autour du repas montre que partager est moins problématique que choisir ! Leur enquête montre que c’est dans les pays où le libre choix est le plus valorisé que l’anxiété concernant l’alimentation est la plus forte.

Notre culture et notre tradition alimentaire semblent ainsi mieux nous protéger de l’obésité. Même si le modèle américain, sous la forme du « nutritionnellement correct », gagne du terrain en France. De toute part, on multiplie injonctions et prescriptions diététiques. Or, notent les deux sociologues, l’idée que pour manger sain il suffit d’appliquer rigoureusement des connaissances précises n’a fonctionné à ce jour dans aucune société humaine ! Les règles culturelles et les usages sociaux sont plus forts que le modèle d’alimentation rationnelle individualiste, qui n’a pas prouvé qu’il était une solution. Aux Etats-Unis, on fait de l’éducation nutritionnelle et des programmes de santé publique depuis au moins un siècle. Les recommandations sont innombrables. Les obèses aussi !

Si manger ensemble et avec plaisir est plus favorable à la santé, il reste à conserver cette bonne habitude. C. Fischler et E. Masson recommandent de réfléchir aux aspects de la vie quotidienne sur lesquels on peut agir pour favoriser ce type d’alimentation. Pour eux, il n’y a pas de doute : « le plaisir partagé n’est pas un luxe, mais une nécessité ».

(*) Programme de recherche réalisé grâce à l’OCHA (Observatoire CNIEL des habitudes alimentaires).

(Cholé-Doc n° 107 mai-juin 2008)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s