La crise, une occasion de changer nos comportements alimentaires

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Pascale Hebel, économiste au Crédoc, Denis Muzet, sociologue à Médiascopie, Adam Drewnowski, professeur d'épidémiologie et de médecine à l'Université de Washington à Seattle et Danièle Colin, diététicienne libérale à Lyon étaient réunis le 13 mars au Palais du Luxembourg pour le colloque « Alimentation et pouvoir d'achat, concilier qualité nutritionnelle et prix » organisé par le CERIN.

La crise économique modifie-t-elle les comportements alimentaires ?

« La crise, une occasion de changer nos comportements alimentaires » - Crédit photo : © Uwe Heine - Fotolia.com Oui, selon l’économiste Pascale Hebel, du CREDOC. « Globalement, on observe une baisse des dépenses de consommation alimentaire en volume en 2008 ». Les Français achètent moins de produits transformés « tous faits », d’alcool, de poisson et de crustacés. En comparaison, certains aliments comme les produits laitiers et les surgelés résistent mieux. Cette période de crise favorise aussi le retour aux fondamentaux : on rêve de cuisiner plus, une pratique plus économique pour un tiers des Français, plus conviviale aussi et meilleure pour la santé. Enfin, la dimension santé de l’alimentation, revenue en force il y a quelques années, s’estompe au profit de la dimension plaisir, à nouveau centrale pour les consommateurs.

En remettant profondément en question notre rapport avec l’argent, la consommation, l’environnement, cette crise bouscule nos valeurs. Peut-on y voir une opportunité de réinventer notre alimentation et notre façon de consommer ?

Pour le sociologue Denis Muzet, dans ce contexte anxiogène de la crise, l’alimentation apparaît comme un refuge en réaction aux frustrations et inquiétudes, un espace rassurant de bien-être pour compenser les temps difficiles. Le « fait maison » est valorisé. Il s’ancre dans un système de valeurs qui repose sur le soin de soi et de l’autre. Et sur la tempérance, autre valeur montante. Le consommateur aspire à consommer avec sobriété et mesure. Ce qui a pour effet de « valoriser la qualité, signe de respect de soi, plutôt que la quantité des produits ».

Dans ses achats, le consommateur devient stratège et ruse. Il cherche des circuits de distribution à taille humaine, remplace des produits chers par d’autres plus économiques. Mais il refuse de se passer de produits jugés fondamentaux comme les viandes, même s’il achète des morceaux moins chers, ou comme les produits laitiers, qui restent un pilier de l’alimentation quotidienne ; associés à la douceur et à la quiétude, les produits laitiers véhiculent une image de nutriments essentiels à la vie, des aliments particulièrement investis par les mères de famille, comme symbole de leur fonction nourricière. Mis à l’honneur comme ingrédients du « fait maison », lait et beurre pour les gâteaux par exemple, ils sont également des repères rassurants, utilisés comme aliments de base du petit déjeuner.

Enfin, le consommateur de 2009 a le sentiment qu’il peut, modestement, à l’échelle de son comportement, agir sur le cours des choses par ses achats : consommer « solidaire » et « durable » avec des circuits de production simples et authentiques et « le souci d’être plus en phase avec l’ordre naturel des choses. » La crise réintroduit du sens dans notre alimentation.

En période de crise et avec un budget réduit, quels sont les aliments à privilégier ? Faut-il dépenser beaucoup d’argent pour bien manger ?

Pour le Professeur Adam Drewnowski, récession économique ne doit pas rimer avec récession nutritionnelle. Pour être réalistes donc suivies, les recommandations nutritionnelles ne doivent pas se focaliser sur la nutrition comme elles le font aujourd’hui mais prendre en compte le prix des aliments ainsi que notre environnement culturel. Car nos choix alimentaires dépendent de multiples critères, le goût, le prix, la symbolique et la praticité, le temps mais aussi notre niveau d’éducation, nos habitudes et notre savoir-faire culinaire.

Avec la crise, les foyers modestes et de faible niveau socioculturel se dirigent vers des aliments gras, sucrés, « prêts à manger » très énergétiques et bon marché : une « junk food » riche en calories mais pauvre en nutriments. Or les chercheurs ont mis au point des techniques qui permettent d’identifier les aliments en fonction de leur densité nutritionnelle (quantité de nutriments-clefs rapportée aux calories) et de leur prix. Parmi ces aliments riches en nutriments et peu chers, on trouve notamment les oeufs, les légumes secs, les produits laitiers, en particulier le lait, la viande hachée. En prenant en compte ces données, on peut élaborer des recommandations nutritionnelles réalistes qui valorisent des aliments de bonne qualité pour un prix abordable et faisant partie des habitudes alimentaires.

De la théorie à la pratique...

Le ticket de caisse a augmenté mais il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un portefeuille bien rempli pour bien manger : à partir de cinq profils de consommateurs adultes qui nous ressemblent, Danièle Colin, diététicienne, montre que pour le même prix et même pour moins cher, on peut améliorer son équilibre alimentaire, en veillant aux apports de nutriments essentiels, vitamines, calcium, protéines notamment.

Comment ? En achetant des aliments à la fois plus simples, plus économiques et meilleurs sur le plan de la nutrition, en modifiant à la marge ses habitudes d’achats et de cuisine, sans tomber dans le tout « fait-maison ». Des conseils réalistes même pour ceux qui n’aiment pas ou ne savent pas cuisiner qui permettent d’économiser jusqu’à 20 euros par mois et démontrent qu’il n’est plus nécessaire d’avoir beaucoup d’argent pour bien manger tout en respectant ses goûts et sa culture alimentaire.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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