La consommation de pain dans l'alimentation des français

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L'analyse de l'enquête CCAF 2007 / CREDOC montre que depuis les années 90, la croissance du marché de l'alimentation se poursuit mais sur un rythme ralenti : en France, la progression annuelle moyenne de la dépense alimentaire (y compris les dépenses de restauration en euros constants) a été de 1,5% entre 1996 et 2007. Elle était de 2% par an pendant la décennie 80 et de 2,5% dans les années 70.

Evolution du modèle alimentaire

« La consommation de pain dans l’alimentation des français » - Crédit photo : www.observatoiredupain.fr Les consommateurs français font pourtant partie des plus grands dépensiers européens en terme de dépenses alimentaires : ils dépensent 2 200 euros par an, comme les Italiens et les Grecs mais sont derrière les Suisses qui dépensent 2 500 euros par habitant et par an. Le ralentissement du pouvoir d’achat concomitant avec la croissance des dépenses pré-engagées et la croissance de l’offre de nouveaux produits et services de nouvelles technologies de l’information intensifie ce phénomène complexe d’arbitrage des différents postes de consommation.

Les industriels ont réagi en déclinant davantage les gammes, en recherchant des niches et des réponses à des attentes immatérielles telles que la consommation engagée. La plus forte visibilité de la pauvreté et la fréquentation d’associations offrant des repas gratuits a mis en évidence le fait que se nourrir reste un problème financier pour une partie de la population.

Les résultats des études du CREDOC montrent que l’on assiste non pas à une disparition du modèle alimentaire français ou à une déstructuration des repas mais à une modification de ce modèle : diminution du nombre de plats et des temps de préparation, irrégularité des horaires de repas, augmentation des plateaux-repas et essor des produits transformés et plats exotiques au détriment des produits de base. Cette évolution répond aux modifications des modes de vie qui demandent du gain de temps, de la praticité et de la commodité. Cette tendance de fond s’accompagne d’une préoccupation grandissante vis-à-vis de la santé qui gagne toutes les générations et se traduit par une croissance forte des segments de marché de l’alimentation santé.

La troisième dimension du triptyque alimentaire est le fondement de base de l’alimentation française qui perdure sous de nouvelles formes : le plaisir dans l’alimentation. Il se traduit par le développement des invitations chez soi sous forme d’apéritifs dînatoires et de la cuisine loisirs qui prend forme au travers des cours de cuisine.

D’une part, les évolutions de modes de vie, notamment l’augmentation de l’activité féminine salariée, l’éloignement domicile-travail, l’augmentation de ménages constitués d’un seul adulte (solos et monoparental), l’augmentation de la durée des études réduisent le temps à consacrer aux courses et à la préparation alimentaires. D’autre part, dans une société imprégnée de loisirs, les consommateurs sont en recherche constante de temps pour soi et de désir de consommation.

Les consommateurs sont ainsi de plus en plus à l’affût de produits qui épargnent des tâches peu agréables : épluchage, lavage, préparation et cuisson. Les « aliment-services » permettent à l’offreur d’obtenir plus de valeur ajoutée. Les jeunes générations favorisent les produits transformés au détriment des produits frais qui sont de moins en moins consommés.

Les Français, très attachés à la baguette

Parmi les différentes variétés de pain que l’on trouve aujourd’hui, le pain courant / baguette classique reste le plus consommé par toutes les populations. En effet, chez les enfants, la consommation moyenne de pain courant/baguette classique est de 37,7 g/j pour une consommation totale de pain de 50,0 g/j. Chez les adolescents, elle est respectivement de 70,2 g/j pour 96,3 g/j et chez les adultes, elle est de 100,6 g/j pour un total de 136,0 g/j de pain.

Le pain, présent à tous les repas

Le pain est un aliment très ancré dans le modèle alimentaire français. Pour preuve, il est présent à tous les repas quelque soit la population étudiée. Le pain est essentiellement consommé aux deux repas principaux. En effet, 34,7% et 31,4% de la consommation de pain se fait respectivement au déjeuner et au dîner chez les enfants, 35,3%, 32,3% chez les adolescents et 34,6%, 32,8% chez les adultes. Le petit-déjeuner n’est pas en reste puisqu’il représente 20,8% de la consommation de pain chez les enfants, 20,0% chez les adolescents et 29,5% chez les adultes.

Un nombre d’actes important

Durant la semaine d’enquête, le nombre d’actes hebdomadaires de consommation de pain relevé chez les enfants est de 8,0 ; chez les adolescents 9,5 et chez les adultes 13,0. On constate des prises plus fréquentes à l’âge adulte. De plus, la taille moyenne des portions évolue entre l’enfance et l’âge adulte : 44,3 g chez les 3-10 ans, 72,6 g chez les 11-19 ans et 74,8 g chez les 20 ans et plus. La taille des prises varie selon les occasions de consommation avec un maximum atteint au petit-déjeuner, respectivement 51,6 g, 88,0 g, 86,7 g chez chacune des populations.

Les hommes consomment plus de pain

De l’adolescence à l’âge adulte, les hommes sont des plus grands consommateurs de pain et ce phénomène s’accentue au cours de la vie. A l’enfance, les consommations sont identiques. Chez les 11-19 ans, l’écart se creuse, les garçons consomment 34% de plus de pain que les filles (109,7g contre 83,5g). Enfin, à l’âge adulte, les hommes consomment 48% de plus de pain que les femmes (163,7g contre 110,7g).

Consommation de pain plus importante chez les agriculteurs, artisans, commerçants

Chez les adultes, la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du ménage est liée à la consommation de pain de l’individu. Les agriculteurs, artisans, commerçants ont une consommation journalière de 170,3 g/j, ils sont suivis des ouvriers (148,3 g/j). Les employés (123,4 g/j) et les inactifs (117,8 g/j) sont les plus petits consommateurs.

La consommation de pain des enfants augmente avec la présence d’enfants dans le foyer

On constate que dans les foyers avec un enfant, la consommation des 3-10 ans est de 39,2 g/j, et progresse avec l’augmentation du nombre d’enfants. Ainsi, dans les ménages de deux enfants, les 3-10 ans consomment 46,0 g de pain par jour et 59,9 g/j dans les foyers de trois enfants et plus.

Consommation plus importante de pain dans la région Nord

Chez les adultes, des différences de consommation sont visibles selon les régions. Ainsi, la population vivant dans la région Nord consomme 175,7 g de pain par jour tandis que l’Ouest, le bassin parisien Est et le bassin parisien Ouest sont respectivement à 148,6 g/j, 144,7 g/j et 140,0 g/j. De plus, les villes de 2 000 à 20 000 habitants détiennent la plus haute consommation de pain avec 151,0 g/j, suivies des communes rurales avec 143,0 g/j.

L’indice de diversité alimentaire croît avec la consommation de pain

On observe un lien entre l’indice de diversité alimentaire (*) et la consommation de pain chez les trois populations. En effet, la consommation varie de 36,5 g/j chez les enfants ayant une faible diversité alimentaire, à 53,0 g/j chez les enfants ayant une diversité alimentaire moyenne et à 57,9 g/j chez les enfants qui diversifient le plus leur alimentation. Chez les 11-19 ans, les consommations sont respectivement de 86,9 g/j, 95,9 g/j et 119,5 g/j et chez les adultes de 120,7 g/j, 135,8 g/j et 143,5 g/j selon les différents niveaux de l’indice de diversité alimentaire (faible, moyen et fort).

La consommation de pain des adultes varie selon le revenu

Chez les adultes, les consommations de pain sont plus élevées chez les revenus moyens (12 958 € à 18 294 € par an) alors que les consommations de pain sont les plus faibles à la fois chez les revenus très faibles (les moins de 9 909 € /an consomment 106,9g/j de pain) et chez les revenus très élevés (les plus de 30 490 € /an consomment 119,0 g/j de pain).

Les grands consommateurs de pain : surtout des hommes et les plus âgés de chaque classe de population

A l’adolescence, les grands consommateurs sont davantage des hommes (60% contre 40% de femmes). Ceci se poursuit à l’âge adulte : deux tiers de grands consommateurs sont de sexe masculin (67% contre 33% de femmes). En revanche, respectivement 55% et 59% des petits et moyens consommateurs sont plutôt des filles chez les 11-19 ans et, 72% et 52% des petits et moyens consommateurs sont des femmes chez les 20 ans et plus.

Pendant l’enfance, 56% des petits consommateurs sont les 3-5 ans. Les moyens consommateurs sont essentiellement les 6-8 ans (41%) et les grands consommateurs se retrouvent à 39% chez les 6-8 ans et à 38% chez les 9-11 ans. A l’adolescence, 57% des petits consommateurs sont les 11-14 ans alors que 61% des moyens et 64% des grands consommateurs sont les 15-19 ans. Enfin, chez les adultes, on retrouve les petits consommateurs essentiellement chez les 25-34 ans (26%), les moyens consommateurs chez les 35-44 ans (22%) et les plus de 65 ans (22% également). Quant aux grands consommateurs, ils se situent surtout dans les tranches d’âge des plus de 65 ans (26%).

Profil nutritionnel : des besoins insuffisamment couverts en glucides

Alors que les ANC en protéines sont couverts pour 100% des enfants, 98% des adolescents et 89% des adultes ; les besoins nutritionnels en glucides sont atteints respectivement pour seulement 9%, 15% et 8% des individus de chaque population. Ce sont surtout les besoins en glucides complexes qui sont les moins bien couverts : (98% des enfants, 88% des adolescents et 87% des adultes ne couvrent pas leurs besoins).

Le groupe pain-biscottes fait partie des premiers contributeurs

De par sa forte consommation en quantité, le groupe pain-biscottes est le premier contributeur en énergie (17,4%), en glucides totaux (33,2%), en glucides complexes (48,2%), en fibres (29,1%) et le deuxième contributeur en protéines (15,1%), en vitamine B6 (13,9%), en magnésium (13,7%) et en fer (14,6%).

(*) L’indice de diversité alimentaire est un calcul de fréquence de consommation de cinq groupes alimentaires (produits laitiers, viandes-produits de la mer-oeufs, céréales, fruits frais, légumes frais) pendant trois jours non consécutifs de la semaine d’enquête (1er, 3ème et 5ème jours).Les individus sont répartis en trois classes d’effectifs égaux (faible, moyenne et forte diversité) selon leur fréquence de consommation (faible, moyenne ou forte).

(Pascale Hébel, Directrice du département consommation du CREDOC, Paris - Analyse de l’enquête CCAF 2007 / CREDOC - 1er colloque de l’Observatoire du pain "Quelles avancées sur l’alimentation, la nutrition et le pain ?" - 3 février 2009)

SOURCE : Observatoire du pain

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