La consommation de boissons sucrées est liée à l'épidémie d'obésité

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On savait que les boissons gazeuses et les autres boissons sucrées ne figuraient pas dans le Guide alimentaire Canadien, mais les preuves de leurs effets carrément néfastes sur la santé se multiplient. Les boissons sucrées sont devenues une cible prioritaire pour contrer l'obésité et ses tristes compagnons, le diabète et les maladies cardiovasculaires.

« La consommation de boissons sucrées est liée à l'épidémie d'obésité » - Crédit photo : © Andrr | Dreamstime.com Jean-Pierre Després, professeur à la Faculté de médecine et membre du Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, et quatre chercheurs américains versent deux nouvelles preuves au dossier déjà incriminant des boissons sucrées dans des articles publiés dans la revue Circulation et Diabetes Care. Leurs conclusions sont claires : la consommation de boissons sucrées est liée à l'épidémie d'obésité qui frappe maintenant 1,6 milliard d'adultes sur la planète et elle augmente significativement le risque de syndrome métabolique, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires.

Les chercheurs arrivent à ces conclusions après avoir passé en revue les études consacrées aux répercussions sur la santé de la consommation régulière de boissons sucrées. Ce terme, qui désigne les boissons contenant beaucoup de sucre ajouté, regroupe les boissons gazeuses, les boissons énergétiques et énergisantes, les cocktails et boissons aux fruits, les thés et cafés glacés, ainsi que les boissons vendues sous le nom spécieux d'eau vitaminée. Les données, qui proviennent de 11 études portant sur plus de 310 000 participants, indiquent que les personnes qui consomment une ou deux boissons sucrées par jour courent 26 % plus de risque de développer le diabète que celles qui en consomment au plus une fois par mois. L'accroissement du risque de syndrome métabolique, un dérèglement annonciateur de diabète, de maladie cardiovasculaire et d'accident vasculaire cérébral, atteint 20 %.

Les boissons sucrées sont maintenant la principale source de sucre dans l'alimentation des Américains. Les calories qu'elles contiennent ont un faible pouvoir rassasiant: l'organisme ne les « comptabilise » qu'en partie, ce qui conduit à une surconsommation quotidienne de calories et à la prise de poids, soulignent les chercheurs. De plus, vu leur forte teneur en sucres rapidement assimilables, elles constituent, indépendamment de l'obésité, un facteur de risque du diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. « Limiter la consommation des boissons sucrées pourrait contribuer à réduire l'apport calorique quotidien, même sans autre ajustement des habitudes alimentaires », commente Jean-Pierre Després dans un dossier spécial sur les boissons sucrées que vient de publier l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). « Il s'agit d'une recommandation très simple qui aurait d'importantes répercussions sur la santé. »

Valeur nutritive nulle

Le coordonnateur de la Chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval, Paul Boisvert, qui a aussi collaboré au dossier, estime pour sa part que les boissons sucrées sont tout simplement des bonbons liquides. « Leur valeur nutritive est pratiquement nulle parce qu'elles contiennent principalement de l'eau et du sucre ajouté sous forme de sirop de maïs à haute teneur en fructose. Une bouteille de 490 ml de boisson sucrée contient jusqu'à 12 cuillerées à thé de sucre. » La consommation de ces boissons aurait triplé depuis 30 ans chez les jeunes Américains.

La popularité grandissante des boissons énergisantes n'arrange rien au tableau. Santé Canada classe ces boissons parmi les produits de santé naturels parce qu'elles contiennent des ingrédients comme le guarana, le ginkgo biloba et le ginseng, mais un rapide coup d'œil à leur composition suffit pour constater qu'on est bien loin du tilleul et de la menthe. La plupart des marques contiennent de fortes concentrations de substances stimulantes telles que la caféine (certaines en contiennent plus que le café), la taurine et le glucose, signale Gale West, dans le même dossier. La professeure du Département d’économie agroalimentaire et sciences de la consommation déplore que « tout le monde, jeunes et moins jeunes, peut en acheter à sa guise », même si elles peuvent avoir des effets nocifs pour la santé, qu'elles augmentent le risque de comportements agressifs et risqués et que Santé Canada les déconseille aux femmes enceintes et aux enfants.

L'enquête sur les habitudes de vie des membres de la communauté universitaire réalisée en novembre 2008 par les chercheuses Émilie Pérusse-Lachance et Vicky Drapeau montre que les boissons gazeuses comptent de nombreux adeptes sur le campus. Moins de la moitié des étudiants (42 %) et des employés (47 %) n'en consomment jamais. Au moment de l'enquête, les boissons énergétiques étaient nettement moins populaires. Reste que 29 % des étudiants et 9 % des employés consommaient ces produits au moins une fois par mois.

Voir aussi « Les boissons sucrées... des bonbons liquides ! »

(Par Jean Hamann - Journal de la communauté universitaire - Volume 46, numéro 6 - 07 octobre 2010)

SOURCE : Université Laval

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