La confusion des consommateurs pourrait nuire à l'essor des aliments santé

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Qu'est-ce qui contient le plus de calories : un verre de 500 ml de jus d'orange nature ou une même quantité de cola ordinaire ? Si vous avez choisi le cola, vous faites erreur parce que le jus d'orange en contient 5 % de plus. Mais rassurez-vous, vous êtes en bonne compagnie...

« La confusion des consommateurs pourrait nuire à l'essor des aliments santé » - Crédit photo : © ranplett - istockphoto.com La majorité des consommateurs sous-estiment le nombre de calories contenues dans les aliments jugés bons pour la santé alors qu’ils surestiment la teneur calorique des « mauvais » aliments. Ce n'est là qu'une des perceptions erronées qui risquent de se retourner contre l'industrie des aliments santé si la confusion des consommateurs s'accentue. « Il y a un risque réel de perte de crédibilité des aliments santé, car les gens peuvent cesser de prendre ces “garanties de santé” au sérieux », croit la chercheuse Véronique Provencher, qui participe aujourd'hui au colloque « L'innovation en alimentation santé: comment passer de la théorie à la pratique ? », organisé par le consortium Aliments santé de la région métropolitaine de Québec et l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF).

La professeure du Département des sciences des aliments et de nutrition a profité de cette tribune pour présenter les résultats de travaux qu'elle a menés sur la perception des aliments santé par les consommateurs. Lors d'une de ces études, les sujets devaient estimer le contenu en calories de huit aliments considérés bons pour la santé, notamment de la salade, des pommes et du yogourt, et de huit aliments moins glorieux comme le chocolat, les biscuits et la crème glacée. Résultats? En moyenne, les sujets sous-estiment de 21 % l'apport calorique réel des "bons" aliments et ils surestiment de 27 % les aliments qui ne bénéficient pas de l'aura santé. « Les gens ont tendance à croire que les aliments perçus comme étant bons pour la santé sont synonymes de perte de poids et que, conséquemment, ils doivent contenir moins de calories », analyse la chercheuse.

Une autre étude qu'elle a menée auprès de deux groupes de femmes soutient cette hypothèse. Les sujets devaient évaluer une nouvelle collation - des biscuits à l'avoine et aux raisins - décrite de deux façons. Dans un cas, on les présentait comme une collation riche en fibres solubles, faible en gras saturés et sans gras trans. Dans l'autre, on les décrivait comme des biscuits gourmets faits avec du beurre et du sucre brun. Les participantes de chaque groupe étaient invitées à en manger à volonté pour en évaluer le goût. « Les sujets ont mangé 35 % plus de biscuits lorsqu’ils étaient décrits comme un aliment santé », rapporte Véronique Provencher. Cette appellation créerait un faux sentiment de sécurité et rendrait acceptable le fait de manger davantage, avance la chercheuse en guise d'explication.

La multiplication des allégations et des logos santé a compliqué la tâche des consommateurs qui cherchent à bien s'alimenter. L'industrie alimentaire devrait faire montre de prudence dans les messages qu'elle envoie à la population afin de rester crédible et ne pas créer d'attentes démesurées, estime la chercheuse. « Les messages contradictoires peuvent entraîner la confusion et la méfiance des consommateurs, surtout si on véhicule l’impression que les aliments santé font des miracles. Un aliment à lui seul ne peut être responsable du maintien de la santé. La saine alimentation doit être vue dans sa globalité en tenant compte de la valeur nutritive, gastronomique, culturelle ou affective de chaque aliment qui la compose. »

(Par Jean Hamann - Journal de la communauté universitaire - Volume 46, numéro 5 - 30 septembre 2010)

SOURCE : Université Laval

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