La collation matinale a l'école : peut-on la supprimer ?

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En Franche-Comté, les institutions en charge de la santé publique [1], en association avec les réseaux d'obésité pédiatrique [2], viennent de mener, une action de trois ans visant à supprimer la collation matinale dans toutes les écoles maternelles de la région [3]. Non, par des actions de commando, mais grâce à des conférences pédagogiques à destination des enseignants ! Une action qui s'inscrit tout naturellement dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS), avec pour objectif de répondre à un des soucis majeurs des pédiatres et des autorités sanitaires : stopper la progression du surpoids et de l'obésité chez les enfants. Entretien avec Claude Michaud, coordinateur régional du PNNS (URCAM Franche-Comté, Besançon).

Pourquoi s'en prendre à la collation du matin à l'école ?

L'augmentation du surpoids et de l'obésité des enfants est aujourd'hui considérée comme une épidémie par l'OMS. L'une des ambitions du PNNS est de stopper cette augmentation. Les pédiatres et les autorités sanitaires font valoir, avec un certain nombre d'arguments, que la collation matinale, qui est sans intérêt nutritionnel pour la majorité des enfants de cet âge, pourrait être un élément négatif supplémentaire.

Dans notre région, une enquête réalisée en Haute-Saône en 2002 révélait que 99 % des enfants des maternelles se voyaient offrir systématiquement une collation chaque matin et que 77 % des écoles les autorisaient à se resservir une ou deux fois. De plus, ce petit repas était composé pour une large part de groupes d'aliments non indispensables. Nous avons donc décidé de réagir.

Par quels moyens ?

A l'échelon de notre région, la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS), l'Union régionale des caisses d'assurance maladie (URCAM) et l'Agence régionale d'hospitalisation (ARH) ont choisi de sensibiliser les professeurs des écoles maternelles et les professionnels de la petite enfance au moyen d'une série de conférences pédagogiques sur les repas intermédiaires. C'est en effet les enseignants eux-mêmes qui organisaient de façon systématique la collation matinale, avec des aliments fournis par les parents ou par l'école. Après réflexion, il a été décidé de promouvoir de préférence l'idée de la suppression de la collation matinale plutôt que sa simple amélioration.

Comment avez-vous procédé ?

Trente conférences pédagogiques, d'une durée de 3 heures, ont été organisées le mercredi matin par les inspecteurs de l'éducation nationale dans toute la région. Elles étaient obligatoires et les frais des participants étaient pris en charge. Le programme de ces conférences était divisé en quatre parties : aspects épidémiologiques et médicaux de l'obésité (et recommandations nutritionnelles), textes relatifs à la collation matinale, etc. Près de 4000 professeurs des écoles ont assisté aux conférences.

Quelles ont été leurs réactions ?

90 % d'entre eux se sont déclarés satisfaits ou très satisfaits des informations apportées. Ils ont été particulièrement intéressés par les aspects épidémiologiques et médicaux de l'obésité, ainsi que par les recommandations sur l'alimentation de l'enfant. A l'issue de la conférence, un peu plus d'un tiers d'entre eux se déclaraient déjà décidés à supprimer la collation matinale. Les autres ont souhaité, dans leur majorité, la faire évoluer vers la consommation raisonnable, voire ponctuelle, d'aliments choisis et plus favorables à l'équilibre alimentaire. Certains ont aussi manifesté le souci d'en débattre en conseil d'école et avec les parents, éventuellement à l'aide de documents supports.

Quels résultats concrets avez-vous obtenus ?

En 2002, la collation était proposée par 99 % des écoles maternelles de Franche-Comté. En 2005, elle ne l'était plus que par 59 % d'entre elles. Le message a donc été entendu. Et, signe encourageant, trois écoles sur quatre parmi celles qui continuent à proposer la collation ont fait évoluer favorablement son contenu. Elles mettent maintenant à la disposition des enfants des fruits frais, du pain et des yaourts : ce sont aujourd'hui les aliments les plus fréquemment proposés. Les situations départementales diffèrent : aussi, le temps nous est apparu comme un ingrédient nécessaire au changement. Nous avons observé aussi que la multiplication des directives officielles prônant cette suppression (trois documents existent !) ne suffisait pas. Notre expérience prouve qu'elles gagnent à être accompagnées d'une démarche explicative de nature pédagogique.

La suppression de la collation règlera-t-elle tous les problèmes ?

Certainement pas, mais elle peut y contribuer, en parallèle à la mise en oeuvre d'autres dispositions par ailleurs envisagées et souhaitées par le PNNS. Elle doit s'inscrire dans une politique nutritionnelle plus globale menée au sein des écoles, des municipalités et de la région toute entière. L'école a un rôle exemplaire à jouer pour promouvoir un environnement alimentaire sain. Il est important qu'elle ne maintienne pas des pratiques qui contredisent sa démarche éducative. Pour être exemplaire, il faut être cohérent !

Et les boissons ?

L'action menée en Franche-Comté visait à supprimer la collation matinale à l'école. Lorsque celle-ci a été maintenue, les aliments solides et énergétiques (biscuits, céréales sucrées, viennoiseries…) ont été remplacés par des produits de base favorables à l'équilibre alimentaire : pain, fruits, yaourts...

Concernant les boissons, les autorités sanitaires sont d'avis de favoriser une offre diversifiée « en privilégiant l'eau, les purs jus de fruits, le lait. » Et d'éviter les produits riches en sucre comme les sodas. « Les temps de goûter et de restauration scolaire sont des temps d'éducation, rappellent encore les Recommandations. La question de la collation matinale s'inscrit dans une approche éducative globale contribuant à un enjeu majeur de santé publique. »

http://eduscol.education.fr/D0189/collation.htm Direction générale de l'Enseignement scolaire - Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

[1] Union régionale des caisses de maladie de Franche-Comté (URCAM FC).
[2] Réseau de prévention et de prise en charge de l'obésité pédiatrique en Franche-Comté (REPOP FC).
[3] Cah. Nutr. Diét. 2006 ; 41 (4) : 232-8.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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