La carence en fer : encore fréquente chez le jeune enfant

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Robert D. Baker et Franck R. Greer publient dans le numéro de novembre 2010 de la revue Pediatrics (1) - sous l'égide du Comité de nutrition de l'American Academy of Pediatrics - une revue complète sur le statut en fer des nourrissons et jeunes enfants de moins de 3 ans, dans la population américaine et plus largement dans les pays industrialisés. La carence en fer est en effet l'une des carences les plus fréquentes chez le jeune enfant (2), et elle reste encore très importante, y compris dans les pays développés.

Un éclairage récent sur le statut en fer des petits américains

La publication de l'American Academy of Pediatrics apporte un éclairage récent sur le statut en fer des enfants en bas âge aux USA. Les résultats sont issus des dernières données de la National Health and Nutrition Examination Survey collectées entre 1999 et 2002.

Une carence en fer est retrouvée chez 6,6 à 15,2 % des enfants américains de 1 à 3 ans (le % variant notamment avec le niveau socio-économique) et une anémie ferriprive chez 0,9 à 4,4 %. L'anémie ferriprive représente la première cause d'anémie dans cette tranche d'âge (environ 40 % de l'ensemble des anémies). Les auteurs soulignent que ces chiffres sont comparables à ceux observés dans d'autres pays industrialisés (étude anglaise de 1995 National Diet and Nutrition Survey, et étude de l'Euro-Growth Iron Study Group de 2001).

Cette incidence diminue depuis les années 1970. Pour les auteurs, même s'il n'existe pas de preuve directe, ceci peut notamment être attribué au fer apporté par les préparations lactées et aliments pour enfant en bas âge.

Avant 1 an, les données épidémiologiques sont insuffisantes ; les auteurs citent cependant une étude norvégienne chez 284 enfants rapportant une prévalence de la carence en fer de 4 % à l'âge de 6 mois et 12 % à l'âge de un an.

Dans cette étude, l'American Academy of Pediatrics recommande de rechercher une anémie vers l'âge de 1 an (dosage de l'hémoglobine), et ce d'autant plus qu'il existe des facteurs de risque de carence : milieu socio-économique défavorisé, antécédent de prématurité, petit poids de naissance, exposition au plomb, allaitement au-delà de 4 mois sans supplémentation, alimentation peu riche en fer, croissance insuffisante.

La meilleure prévention de la carence martiale chez les enfants de 1 à 3 ans est une alimentation équilibré riche en fer (apports lactés et céréales infantiles enrichis en fer, viande rouge, légumes, fruits riches en vitamine C qui augmente l'absorption du fer). Une supplémentation per os peut cependant être nécessaire, en sachant qu'elle n'est pas toujours bien tolérée (nausée, vomissements, constipation, douleur abdominale).

Pourquoi faut-il apporter du fer chez le jeune enfant ?

Cette mise au point de Pediatrics rappelle les besoins en fer définis par l'Institute of Medicine (IOM) américain :

  • pendant les 6 premiers mois, ils sont assez faibles - 0,27 mg/j - car le nourrisson bénéficie du stock de fer acquis pendant le dernier trimestre de la grossesse ; le lait maternel, peu riche en fer (0,35 mg/l) suffit à couvrir les besoins ;
  • les besoins sont ensuite plus importants - ils sont calculés pour couvrir les besoins liés à la croissance et compenser les pertes (intestinales, urinaires) : 11 mg/j du début du 7e mois à un an, puis 7 mg/j jusqu'à 3 ans.
Les auteurs soulignent que le fer est essentiel pour le développement neurologique. Ce rôle a été mis en évidence dans de nombreux modèles animaux. Il est impliqué dans le métabolisme énergétique neuronal, le métabolisme des neurotransmetteurs, la myélinisation, les processus de mémorisation...

Quels sont les chiffres de la carence martiale en France ?

Dans le chapitre consacré aux minéraux de l'ouvrage « Apports nutritionnels conseillés pour la population française » (3), L. Guéguen rapporte une incidence de la carence en fer de 29 % chez les enfants âgés de moins de 2 ans et de 14 % chez les enfants de 2 à 6 ans, d'après les résultats d'une étude réalisée dans le Val de Marne (Preziozi et al., 1994).

L'édition 2005 de l'enquête nationale de consommation des nourrissons et enfants en bas âge, menée tous les 8 ans depuis 1981 par le Syndicat Français des Aliments de l'Enfance et l'Université de Dijon, fournit un éclairage sur les apports en fer des nourrissons français. Le Pr Fantino a ainsi montré, sur la base de carnets de consommations sur trois jours d'un échantillon national de 704 enfants âgés de 1 à 36 mois non allaités au moment de l'enquête (4), qu'en 2005, les apports en fer sont satisfaisants jusqu'à 13-18 mois, mais qu'ils deviennent inférieurs aux recommandations à partir de 19-24 mois.

L'enquête permet de montrer que ces données sont imputables à l'évolution du régime de l'enfant avec l'âge. En 2005, les laits infantiles et les aliments pour bébés contribuent à 90 % des apports en fer chez les 8-9 mois, à 62 % chez les 13-18 mois, à 37 % chez les 19-24 mois, à 26 % chez les 25-30 mois et à 9 % pour les 31-36 mois. La contribution du lait infantile aux apports en fer passe de 45 % à 13-18 mois, 20 % à 19-24 mois, 18 % à 25-30 mois et 6 % à 31-36 mois.

Le Pr Fantino (Dijon) souligne de plus que les apports de fer nécessiteraient une amélioration pour certains enfants français de plus de un an. En effet, le Pr Fantino montre que 6 % des nourrissons âgés de 1 à 6 mois (15 enfants sur 251) avaient un apport de fer inférieur à la valeur seuil de 77 % des ANC (< 46 mg/jour) qui constitue la limite en dessous de laquelle les apports peuvent être inadéquats ; qu'ils étaient 11 % entre 7 à 12 mois (21 enfants sur 196) et 35 % entre 13 et 36 mois (90 enfants sur 259).

Et chez les enfants allaités ?

Le Pr Turck, pour le Comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie (5) souligne que "le statut en fer des nourrissons nés à terme de mères non carencées, alimentés exclusivement au sein pendant 6 mois ou plus, est considéré comme satisfaisant jusqu'à l'âge de 6 mois. En revanche, les risques de carence avant 6 mois sont élevés chez les enfants nés dans des conditions socio-économiques défavorisées ou avec un poids de naissance faible ou une prématurité. Entre 6 et 12 mois, en l'absence de compléments alimentaires apportant du fer, des signes de carence apparaissent chez certains enfants.

Depuis 2001, l'Organisation Mondiale de la Santé recommande chez les enfants à terme l'alimentation au sein exclusive jusqu'à l'âge de 6 mois, puis la poursuite de l'alimentation au sein avec des aliments de diversification ou des compléments alimentaires apportant du fer."

Références

  1. Baker RD, Greer FR, and the Committee on Nutrition. American Academy of Pediatrics. Clinical report. Diagnosis and prevention of iron deficiency and iron-deficiency anemia in infants and young children (0-3 years of age). Pediatrics 2010 : 126 (5) : 1040-50.
  2. Suskind DL. Nutritional deficiencies during normal growth. Pediatr Clin N Am 2009 ; 56 : 1035-53.
  3. Guéguen L. Minéraux et oligoéléments. In : Apports nutritionnels conseillés pour la population française. 3e édition. Editions Tec & Doc 2001 : 119-76.
  4. Fantino M, Gourmet E. Apports nutritionnels en France en 2005 chez les enfants non allaités âgés de moins de 36 mois. Arch Pediatr 2008 ; 15 : 446-55.
  5. Turck D, pour le Comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie. Allaitement maternel : les bénéfices pour la santé de l'enfant et de sa mère. Arch Pediatr 2005 ; 12 (S3) : 145-65.

(Nutrition de la petite enfance n° 1 - Edition Expressions Santé, en partenariat avec le Syndicat Français des Aliments de l'Enfance - Février 2011)

SOURCE : Expressions Santé

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