L’OMS déclare la chasse aux sucres ouverte

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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de procéder sur son site Web à une consultation publique sur les apports en sucre. Objectif : établir des recommandations valables pour tous pays sur les limites de consommation à ne pas dépasser. Les bénéfices attendus portent principalement sur deux problèmes mondiaux de santé publique : l’obésité et les caries dentaires.

En 2002, l’OMS a formulé une recommandation sur la consommation de sucre : elle devrait représenter moins de 10 % de l’apport énergétique total (AET) quotidien. Attention : il ne s’agit pas de la consommation totale de glucides, simples ou complexes, qui doit représenter chaque jour environ 55 % des apports caloriques totaux. Il s’agit précisément des sucres ajoutés aux aliments par le fabricant, le cuisinier ou le consommateur : glucose, fructose, sucrose, sucre de table… Ou encore des sucres naturellement présents dans le miel, les sirops, les jus de fruits et les concentrés de fruits.

Seuls ces sucres-là sont visés. Des sucres que l’on appelle tantôt « libres », « extrinsèques » ou « ajoutés ». L’avis de l’OMS ne concerne pas les sucres intrinsèques, c’est-à-dire ceux qui sont dans les fruits et légumes entiers. De même, les sucres naturellement présents dans le lait comme le lactose ne sont pas concernés. Car il n’y a aucune preuve des effets indésirables de ces sucres qui font partie des aliments.

Dans le viseur, les sucres « en plus » et sucres « cachés »

Le problème est celui des sucres « en plus », utilisés lors de l’élaboration, de la transformation ou de la consommation d’un produit alimentaire. Sans parler du consommateur trop gourmand qui sucre à foison, une grande part des sucres que nous consommons aujourd’hui sont « cachés » dans des aliments transformés. Qui pour la plupart ne sont pas habituellement considérés comme des sucreries. Par exemple, une cuillerée à soupe de ketchup apporte l’équivalent d’une cuillerée à thé de sucre, soit environ 4 g. Et une canette de soda apporte jusqu’à 40 g de sucre (soit environ 10 cuillerées à thé de sucre). C’est presque, pour une seule boisson, le maximum journalier de sucre toléré par l’OMS ! En effet, 10 % de sucre, dans notre apport énergétique total quotidien, c’est environ 12 cuillerées à thé ou 50 g de sucre. L’OMS réfléchit aujourd’hui à descendre encore ce seuil. Et se demande si un adulte de poids normal n’aurait pas encore plus de bénéfice à limiter sa consommation de sucre à moins de 5 % de l’AET : c’est-à-dire environ 25 g de sucre par jour, soit 6 cuillerées à thé. La canette de soda, ce serait alors déjà trop !

Un risque augmenté d’excès de poids…

La réflexion des autorités sanitaires mondiales s’appuie sur une revue systématique des articles scientifiques publiés. La synthèse des 68 études les plus solides (sur plus de 17000 articles parus) montre que, chez les adultes, la diminution de la consommation de sucre est associée à une diminution du poids corporel [1].

A l’inverse, l’augmentation de la consommation de sucre est associée à une augmentation du poids. Chez les enfants, c’est le rôle des boissons sucrées qui est surtout mis en évidence : par rapport aux faibles consommateurs, les plus grands consommateurs ont un risque de surpoids ou d’obésité augmenté de 55 % !

Au total, cette analyse des études démontre que la consommation de sucres ajoutés et de boissons sucrées est un déterminant du poids corporel. Les modifications de l’adiposité corporelle constatées sont dues beaucoup plus à une altération de la balance énergétique qu’aux effets physiologiques ou métaboliques des sucres. La baisse de poids observée lors de la diminution de la consommation de sucre est cependant relativement faible. Mais l’augmentation de la consommation de sucre, elle, entraîne un gain de poids rapide. Ce qui donne de la pertinence à la recommandation de diminuer les apports de sucre si l’on veut diminuer le risque d’obésité et de surpoids.

… et de caries dentaires

De même, pour soutenir son appel à la modération, l’OMS s’appuie sur une revue des études portant sur la consommation de sucre et les caries dentaires [2]. Sur 5990 articles publiés, 55 ont été retenus pour leur rigueur : 42 des 50 études menées chez les enfants et 5 études sur 5 menées chez les adultes montrent une association entre les sucres et les caries. L’incidence des caries est plus faible lorsque les apports de sucre ne dépassent pas 10 % de l’AET. Et peut-être même encore plus faible – cela reste à confirmer - quand ils ne dépassent pas 5 % !

En attendant une recommandation définitive, il peut paraître prudent de sucrer modérément les fraises ! Et surtout de mettre la pédale douce sur tous les produits auxquels du sucre, du miel, du sirop, du jus ou du concentré de fruits ont été ajoutés…

[1] Te Morenga L, et al. BMJ 2013 ;346 :e7492. DOI : 10.1136/bmj.e7492.

[2] Moynihan PJ, et al. J Dent Res 2014 ; 93(1) :8-18. DOI :10.1177/0022034513508954.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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