L'obésité infantile peut être prédite dès trois ans et demi

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Jusqu’à l’âge de trois ans et demi, tous les enfants ont un indice de masse corporelle semblable. Des différences significatives et les signes de surpoids et d'obésité infantile se manifesteraient à partir de cet âge. À partir de ce moment, les enfants ayant un indice de masse corporelle (IMC) élevé se détachent rapidement du lot. Cinq ans plus tard, la moitié d'entre eux sont obèses et les autres affichent un surpoids.

Ce sont les résultats obtenus par Laura Pryor, doctorante au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal et première auteure d'une étude publiée sur le sujet dans le dernier numéro d'Archives of Pediatric and Adolescent Medicine.

« De cinq mois à deux ans et demi, tous ont un IMC semblable. À partir de trois ans et demi, un groupe d'enfants se développent de façon atypique. Leur IMC augmente davantage avec l'âge, atteignant à huit ans une moyenne de 24 », indique la jeune chercheuse, qui est associée au Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale chez l'enfant et au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.

L'International Obesity Task Force a établi des seuils d'embonpoint et d'obésité par âge et par sexe. Selon ces normes, Laura Pryor a déterminé que la moitié des enfants de ce groupe était obèse et que l'autre était en surpoids.

1957 enfants ont participé à cette recherche. Mme Pryor et ses collègues ont pu obtenir leurs caractéristiques physiques ainsi que des renseignements sur leur mère et leur famille grâce à l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec. Ces données ont l'avantage d'être plus représentatives de l'évolution de l'enfant dans le temps, car elles sont collectées chaque année.

Les chercheurs ont ainsi calculé l'IMC de chaque enfant, c'est-à-dire le poids en kilogrammes divisé par la taille en mètres au carré. Trois trajectoires ont été définies: un IMC bas mais stable, un IMC moyen et un IMC élevé et croissant. Environ 54 % des participants faisaient partie du premier groupe, 41 % empruntaient la deuxième trajectoire et 4,5 % entraient dans la dernière catégorie, ceux dont le développement est atypique.

Des causes périnatales

« Des mécanismes menant à l'obésité infantile se mettent en place bien avant la naissance», observe la doctorante, qui est dirigée par la professeure Sylvana Côté.

En effet, elle a désigné deux facteurs de risque associés de près à un IMC élevé et croissant: le tabagisme et le surpoids, voire l'obésité, pendant la grossesse.

Les enfants de mères en situation de surpoids pendant leur gestation courent 2,38 fois plus de risques de souffrir d'embonpoint. Si les mères sont obèses, cette probabilité grimpe à 6,33. Si elles fument durant leur grossesse, le risque est multiplié par 2,28.

« Les effets négatifs du tabagisme et de la surcharge pondérale dans ce contexte sont déjà connus, bien qu'on se questionne toujours sur la manière dont la cigarette peut influer sur le développement corporel de l'enfant, signale Mme Pryor. Quant au surpoids et à l'obésité, il y a des facteurs tant génétiques qu'environnementaux à prendre en compte, ce que nous n'avons pu préciser dans cette recherche. »

La chercheuse dit être consciente que les habitudes de vie sont difficilement modifiables. « Ces comportements peuvent représenter un état de vulnérabilité plus large, c'est pourquoi il est dur pour les gens de les changer », analyse-t-elle.

Mais l'obésité augmente rapidement chez les enfants canadiens – une progression de un pour cent chaque année. Laura Pryor espère donc que les résultats de son étude encourageront les interventions auprès des futures mères. « Les conclusions de notre recherche vont dans le sens des arguments de plus en plus nombreux dans la littérature concernant le lien entre la période périnatale et le surpoids pendant la croissance, souligne-t-elle.

D'autres études devraient être menées afin d'évaluer les mesures de prévention à mettre en œuvre pendant la grossesse. Une modification des habitudes de vie chez ces femmes pourrait réduire la transmission intergénérationnelle de l'obésité.»

Laura Pryor suivra la croissance de ces enfants qui sont maintenant âgés de 12 ans. « J'aimerais savoir ce qui leur arrive une fois qu'ils sont adolescents, car l'obésité persiste généralement dans le temps », mentionne-t-elle.

(Par Marie Lambert-Chan - Journal FORUM Volume 46 / Numéro 11 / 14 novembre 2011 - Université de Montréal)

SOURCE : Université de Montréal

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