L'obésité, causes et conséquences

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Selon les experts en santé publique, dans de nombreux pays européens plus d'un tiers de la population présente un excès pondéral. Au cours des dernières décennies la fréquence de l'obésité a augmenté...

Pour un individu donné, l'IMC est déterminé en divisant le poids en kilogrammes par le carré de la taille en mètres (kg/m2). Il est généralement admis qu'un IMC supérieur à 30 traduit une obésité. Si ces classifications sont quelque peu arbitraires, elles ont servi de base au Tableau 1 qui donne une estimation du pourcentage de la population présentant un excès pondéral ou obèse dans certains pays européens.

Au cours des dernières décennies la fréquence de l'obésité a augmenté. A titre d'exemple, en 1980 il y avait en Grande Bretagne 8% d'obésité chez les femmes et 6% chez les hommes ; en 1993 ces chiffres ont augmenté jusqu'à 16% chez les femmes et 13% chez les hommes (Bennett et col., 1995).

Les risques de l'obésité

L'obésité et l'excès pondéral sont des problèmes de santé importants car ils s'accompagnent d'une augmentation du risque de mortalité. Si le taux de mortalité précoce a à peine augmenté chez les personnes en léger excès pondéral (IMC 25-30), le risque de handicap, dû essentiellement à des maladies musculo-squelettiques et cardio-vasculaires, a augmenté de manière significative.

Cependant on sait parfaitement que le risque de mortalité augmente de manière exponentielle lorsque l'IMC dépasse 30. L'obésité s'accompagne de plusieurs risques spécifiques, dont une augmentation de l'incidence de l'hypertension, du diabète non insulinodépendant (qui se déclare à l'âge mûr) et des taux élevés de cholestérol et des autres lipides. Si on la corrige pour ces facteurs de risque, il a été rapporté que l'obésité en elle-même est un facteur de risque important en ce qui concerne les maladies cardiaques (Hubert et coll., 1983).

La répartition des graisses dans le corps est un autre facteur important. Les graisses ou les tissus adipeux ont tendance à s'accumuler au centre du corps, autour de la taille (graisse viscérale) ou d'une façon plus générale, dans les hanches et les membres; on dit alors que la graisse est périphérique (ou sous-cutanée, c'est à dire sous la peau). C'est ce qui donne aux gens un aspect respectivement en forme de pomme ou de poire (Ashwell et coll., 1985). Les personnes présentant une répartition centrale des graisses ont un rapport taille-hanches (RTH) plus élevé, et sont plus susceptibles de présenter des troubles du métabolisme des graisses, un diabète ou une maladie coronaire que ceux qui stockent les graisses à la périphérie et qui ont un RTH plus faible (Larson et coll., 1992). Cet effet est indépendant de l'Indice de Masse Corporelle. Le taux de maladies coronaires plus élevé chez les hommes que chez les femmes peut s'expliquer en partie par le taux plus élevé de graisse viscérale chez les hommes, chez lesquels il a été bien étudié.

Enfin, les obèses ont également un risque plus grand d'avoir certains types de cancer, tels que le cancer du colon ou du sein.

Equilibrer les apports et les dépenses énergétiques

Le poids corporel se maintient sur une période donnée lorsque: la dépense d'énergie est égale à l'apport énergétique.

Chez un individu donné l'apport énergétique quotidien, mesuré en kilocalories (kcal) vient des nutriments énergétiques contenus dans la nourriture, c'est à dire les graisses, l'alcool, les glucides et les protéines. Ces nutriments apportent respectivement 9, 7, 4 et 4 kcal par gramme de nutriment pur consommé.

La dépense d'énergie provient:

  • du métabolisme de base (MB); c'est l'énergie nécessaire pour entretenir tous les tissus corporels, y compris les muscles et les organes et pour réguler la température corporelle. Chez un individu sédentaire, il représente environ 60 à 70% de l'apport énergétique quotidien. Contrairement à ce que les gens croient, le MB des obèses est supérieur à celui des gens minces, ce qui reflète la plus grande quantité totale de tissus actifs du point de vue métabolique chez les obèses.

  • de l'effet thermique des aliments ou extra-chaleur post prandiale (ECPP); il représente jusqu'à 10% de l'apport énergétique quotidien.

  • de l'activité physique, qui est la composante la plus variable de la dépense d'énergie. Chez les individus sédentaires l'exercice peut constituer 15% environ de la dépense énergétique totale, tandis qu'une personne qui fait de l'exercice régulièrement peut y consacrer jusqu'à 30% de l'énergie totale dépensée dans une journée.

Si on garde ces faits présents à l'esprit, il est utile d'observer les causes possibles de l'augmentation récente de l'excès pondéral et de l'obésité.

Le rôle de l'hérédité

Bien que les chercheurs aient été incapables de cerner une anomalie métabolique spécifique de l'obésité chez l'homme, la présence d'une composante génétique ne fait aucun doute. Au cours des dernières années un certain nombre de différences potentielles dans le métabolisme ont été observées. Par exemple, les obèses semblent moins capables de mobiliser la graisse stockée dans leurs tissus adipeux (Frayn et Deprés, 1995).

Il est clair toutefois que des facteurs génétiques interfèrent avec des influences environnementales. De plus, les facteurs génétiques ne peuvent être responsables de l'augmentation importante de l'obésité au cours des 15 dernières années, puisqu'il est impossible que le fonds génétique commun des Européens de souche se soit modifié de manière significative sur une période si courte. Il est évident que des facteurs autres que génétiques ont été déterminants.

Autrefois, beaucoup de gens ayant des problèmes de poids affirmaient qu'ils mangeaient très peu, mais on s'est aperçu récemment que la plupart des gens, surtout les obèses, ont tendance à sous-évaluer leur consommation de nourriture (Prentice et coll., 1989). Pour qu'un individu prenne du poids, il faut que l'apport énergétique doit supérieur à la dépense énergétique.

Outre la quantité de nourriture consommée, la composition des aliments est un facteur de risque important pour l'excès pondéral et l'obésité.

La teneur en lipides du régime alimentaire

De nombreuses études ont démontré un lien entre l'embonpoint (adiposité) et le contenu lipidique du régime alimentaire (Lisener et Heltmann, 1995). Il est généralement admis que la teneur élevée en graisses du régime alimentaire moyen des Européens entraîne une consommation de calories supérieure à ce que pense la population en général. On pense que la principale raison pour laquelle un régime riche en graisses a un tel impact sur le poids corporel est qu'il est très énergétique, avec un nombre élevé de kcal (énergie) par gramme de nourriture. Par conséquent, il est facile de consommer plus que nécessaire pour répondre aux besoins énergétiques. Cotton et Blundell (1993) appellent cela une " surconsommation passive ". De plus, des chercheurs ont signalé que les lipides rassasient moins que les glucides ou les protéines (Rolls et coll., 1994 ; Weststrate, 1992). Enfin, le gras est le dernier carburant métabolique corporel à être oxydé pour s'ajouter à la réserve d'énergie, le corps préférant utiliser comme carburant les glucides et les protéines (Stubbs, 1994). Bref, il est facile de manger trop de gras et difficile de le dépenser.

Ceci a été démontré par une expérimentation dans laquelle des hommes jeunes et minces ont suivi trois régimes contenant 20, 40 ou 60 % de calories d'origine lipidique (les régimes alimentaires type des Européens contiennent environ 40% de calories lipidiques). Les sujets ne savaient pas quel régime ils suivaient et les aliments étaient habilement masqués de façon à ce que les modifications soient impossibles à déceler. Lorsqu'ils suivaient le régime le plus riche en lipides, les sujets mangeaient plus qu'ils n'en avaient besoin sans s'en apercevoir. Au contraire, avec le régime ayant la plus faible teneur en lipides leur consommation était inférieure à leurs besoins. Lorsque l'expérience était menée sur des sujets ayant une vie sédentaire dans un laboratoire d'étude du métabolisme, ils mangeaient trop aussi avec le régime contenant 40% de lipides (Stubbs et coll., 1995a) ; mais s'ils avaient la possibilité d'accomplir leurs activités quotidiennes normales, ils mangeaient moins que nécessaire et avaient un bilan énergétique négatif avec le régime contenant 40% de calories d'origine lipidique (Stubbs et coll., 1995b) (cf. Figure 1). Par conséquent le régime alimentaire typique des Européens (contenant environ 40% de calories d'origine lipidique) peut facilement entraîner une surconsommation chez les individus menant une vie sédentaire.

Au cours d'une autre expérimentation similaire à celle décrite ci-dessus chez des gens libres de leur mode de vie, tous les aliments étaient préparés de façon à ce que 20, 40 ou 60% des calories soient d'origine lipidique, mais à ce qu'ils aient la même densité énergétique (c'est à dire le même nombre de calories par kg) (Stubbs et Prentice, 1993). Dans ce cas les sujets ne consommaient pas trop d'énergie, quel que soit le régime, et réussissaient à maintenir leur équilibre énergétique, ce qui montre que si les régimes riches en graisses font plus grossir, c'est principalement à cause de leur forte densité énergétique.

A l'inverse, il a été facile de démontrer qu'un régime pauvre en lipides et riche en glucides entraîne spontanément une perte de poids (Kendall et coll., 1991; Lissner et coll., 1987), même chez des sujets essayant d'augmenter leur consommation de nourriture et de conserver leur poids corporel (Prewitt et coll., 1991; Williams et coll., 1989).

Sucre et autres glucides présents dans le régime

Il semble également que les régimes riches en sucres ne font pas plus grossir que les régimes riches en glucides en général. On sait bien qu'il existe un rapport inverse entre l'énergie provenant des glucides et celle provenant des lipides. C'est à dire que, tandis que le pourcentage d'énergie d'origine lipidique diminue, le pourcentage d'énergie d'origine glucidique augmente. De plus, ce rapport s'étend au sucre (Gibney, 1990). Une étude épidémiologique récente, à grande échelle, a montré que les personnes qui consommaient le moins de sucres avaient deux à quatre fois plus de risques de devenir obèses que ceux qui en consommaient le plus (Bolton-Smith et Woodward, 1994).

Outre la différence entre les effets des glucides et des lipides sur l'appétit et la consommation de nourriture, plusieurs autres facteurs différencient les deux principales sources de carburant corporel:

  • Le corps métabolise plus facilement les glucides (ainsi que les protéines et l'alcool) ; les lipides d'origine alimentaire ont tendance à aller directement dans les réserves de graisses (Stubbs, 1994), ce qui est confirmé par le fait que les réserves de graisse du corps humain ont la même composition que les graisses consommées dans l'alimentation;

  • L'énergie nécessaire pour emmagasiner les lipides alimentaires sous forme de graisses corporelles n'utilise que 3% environ des calories ingérées, tandis que pour emmagasiner les glucides sous forme de graisse corporelle le corps exige 23% environ des calories ingérées. C'est probablement la raison pour laquelle le corps ne transforme pas habituellement les glucides en graisse (Acheson et coll., 1998);

  • Protéines et glucides ont un effet thermique plus important que les graisses ; c'est à dire que plus un repas est riche en protéines et en glucides, plus il génère de chaleur immédiatement après sa consommation. Toutefois, en pratique cet effet est probablement de peu d'importance.

Les préférences en matière de goût jouent-elles un rôle ?

Le goût pour le sucré est inné, les préférences sensorielles étant plus développées chez les enfants et diminuant au cour de l'âge adulte. Il est vraisemblable que le goût pour le gras est inné lui aussi. Il a été rapporté que le degré de surcharge pondérale est inversement proportionnel au goût pour le sucré (Grinker, 1978 ; Drownowski et coll., 1985), c'est à dire que les gens qui préfèrent le sucré ont moins de risques de devenir obèses. D'autre part, plusieurs études ont montré une préférence pour les aliments riches en graisses chez les obèses ou les anciens obèses (Drownowski et coll, 1992).

On a suggéré que l'association de sucre et de gras, agréable au palais, contribue dans une large mesure à l'apport énergétique du régime, provoquant une alimentation excessive et un trop grand apport énergétique. Certaines études ont suggéré que le sucre associé au gras dans certains aliments entraîne une plus grande consommation. Un exemple de l'importance relative des aliments contenant à la fois du sucre et du gras dans le régime des adultes est fourni par les calculs utilisant la Dietary & Nutritional Survey of British Adults (Enquête sur l'alimentation et la nutrition des adultes britanniques) (Gregory et coll., 1990) et la British National Food Survey (Enquête nationale britannique sur l'alimentation) ajustées de façon à inclure les aliments consommés hors de la maison. Ces calculs ont démontré (cf. Table 2) que 14,2% seulement de la consommation totale de sucre et 16% de la consommation de graisse à la maison sont composés d'aliments associant sucre et gras.

Des observations similaires ont été faites dans un certain nombre d'autres pays européens comme l'Irlande (Gibney, 1994) et le Pays Basque (Aranceta et coll., 1993).

L'impact favorable de l'activité physique

Malgré l'augmentation de l'obésité au cours de la dernière décennie, on constate parallèlement une diminution de l'apport énergétique d'origine alimentaire. Selon les données de l'UK National Food Survey (corrigées pour l'apport énergétique hors de la maison), l'apport énergétique moyen par personne a diminué de 20% entre 1970 et 1990 (cf. Figure 2).

Prentice et Jobb ont établi en 1995 que les donnée de la National Food Survey étaient corroborées par des études particulières sur l'apport énergétique d'origine alimentaire. Ils sont arrivés à la même conclusion : le pourcentage d'énergie d'origine lipidique, même s'il est élevé, est resté stable au cours des 20 dernières années. Par conséquent, l'apport énergétique et l'apport lipidique ne peuvent à eux seuls expliquer le caractère apparemment épidémique de l'obésité. Dans nos sociétés d'abondance, peu de gens ont un travail physiquement pénible et la plupart de nos habitations sont équipés d'appareils ménagers et ont le chauffage central. Aucun de ces changements n'est facilement quantifiable, mais il est clair que la plupart des adultes, minces ou obèses, mènent une vie sédentaire.

Au Royaume Uni, deux enquêtes d'activité ont montré que 7 hommes sur 10 et 8 femmes sur 10 n'ont aucune activité physique (Allied Dunbar, 1992i OPCS, 1990).

Alors qu'en Ecosse dans les années 80 les enfants avaient à peu près le même poids et la même taille que dans les années 30, leur apport énergétique était environ un sixième et un quart plus faible, respectivement, chez les garçons et les filles (Durnin, 1992), ce qui montre que les enfants dépensent moins d'énergie, c'est à dire qu'ils ont moins d'activité physique aujourd'hui qu'autrefois. Livingstone a montré à l'aide de techniques modernes pour mesurer l'énergie, que la quantité d'énergie dépensée en activité physique diminue avec l'âge chez les enfants et les adolescents (Livingstone et coll., 1994).

Cela indique une tendance préoccupante vers un style de vie plus sédentaire dans l'adolescence.

Il est notoirement difficile de mesurer l'activité physique de manière précise et peu d'études ont tenté de le faire. C'est pourquoi Prentice et Jobb ont décidé d'examiner les statistiques du temps passé à regarder la télévision et de l'utilisation des voitures comme mesure de substitution pour l'inactivité (cf. Figure 3). L'Anglais moyen passe actuellement 26 heures par semaine à regarder la télévision, contre 13 heures seulement en 1960. De plus, le nombre d'heures passées devant la télévision est plus élevé dans les catégories socio-économiques les plus basses, dans lesquelles on trouve également une plus grande fréquence de l'obésité (Prentice et Jebb, 1995). L'activité physique n'est pas à elle seule un moyen de guérir l'obésité; cependant des spécialistes recommandent l'association d'un régime et de l'exercice car celui-ci diminue la perte de masse corporelle non adipeuse qui survient au cours du régime, ce qui aide à maintenir le métabolisme basal; en particulier, une activité physique de faible intensité comme marcher d'un bon pas favorise l'oxydation des graisses; et il est prouvé que l'oxydation des graisses diminue chez les personnes obèses ou qui l'ont été (Frayn et Després, 1995); ce type d'exercice est particulièrement bénéfique pour ces personnes.

Ainsi la plupart des spécialistes recommandent maintenant que chacun essaie d'augmenter son activité physique quotidienne. Même l'augmentation de l'activité physique qui provient de nombreux petits changements dans les habitudes comme par exemple utiliser l'escalier au lieu de l'ascenseur, aller à pied faire les courses ou faire le tour du bureau parfois au lieu de rester assis toute la journée, peut entraîner une différence significative dans la dépense totale d'énergie. Quant à ceux qui ont déjà une activité physique, aller à bicyclette au lieu de prendre la voiture ou prendre part à des activités dirigées au cours des loisirs peut également les aider à conserver un poids corporel sain.

Mis à part un rôle possible dans la prévention de l'obésité, l'activité physique a d'autres avantages. Elle agit sur le métabolisme et augmente le taux de HDL-cholestérol protecteur. Elle favorise le traitement corporel des graisses alimentaires et augmente la capacité du corps à utilise le glucose, réduisant ainsi le risque de diabète chez les personnes prédisposées. Il est de plus en plus évident que le fait de conserver un niveau convenable d'activité physique tout au long de la vie peut faire baisser la fréquence des maladies dites pléthoriques comme les coronaropathies et certains cancers.

Conclusion

SOURCE : EUFIC

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