L’obésité à poids normal : un nouveau syndrome ?

lu 7705 fois

L’obésité à poids normal : un nouveau syndrome ?

L’obésité est une épidémie mondiale. Sa prévalence atteint 20 à 30% en Europe, 30% aux Etats Unis et 70% en Polynésie. En Finlande, près de 70% des hommes et la moitié des femmes sont en surpoids (IMC>25). Plus de 20% d’entre eux sont obèses. L’OMS estime qu’en 2015, il y a dans le monde 1,5 milliards d’individus en surpoids et obèses. L’IMC est communément reconnu pour défi nir l’obésité. L’obésité abdominale est appréciée par le tour de taille. On connaît un certain nombre d’individus obèses bien portants avec des paramètres métaboliques (glycémie, lipides sanguins) strictement normaux. A l’inverse, certaines personnes de poids normal présentent des caractéristiques métaboliques de sujets obèses...

Un IMC normal mais un excès de masse grasse

On a récemment identifié un nouveau syndrome: « l’obésité de poids normal » (OPN ou Normal Weight Obese - NWO). Ce sont des sujets qui, en dépit d’un IMC strictement normal (<25), présentent un excès de masse grasse selon les critères de l’OMS (> 20% chez l’homme et > 30% chez la femme). Les « obèses de poids normal » présentent une augmentation des marqueurs proinflammatoires, à la différence des sujets minces sans excès de masse grasse. Selon une étude suisse, la prévalence de ce syndrome est plus élevée chez les femmes que les hommes. D’après une autre étude, le risque cardio vasculaire est également plus élevé chez les femmes « OPN » que chez les femmes minces.

Mode de vie et facteurs alimentaires en jeu ?

Jusqu’à présent aucune étude ne s’était penchée sur les facteurs alimentaires pouvant être en relation avec ce nouveau syndrome. C’est ce que vient de faire une équipe de chercheurs finlandais. Ils ont évalué la prévalence du syndrome OPN et analysé ses associations avec des facteurs de mode de vie (activité physique de loisir, tabagisme, alcool), les apports énergétiques, les nutriments, les fibres et l’alimentation dans son ensemble. 29 groupes d’aliments ont été répertoriés (dont les céréales, les pommes de terre, les légumes, les fruits, les jus de fruits, la viande, les laitages) parmi les principaux composants de l’alimentation finlandaise. Principal objectif de l’étude : identifier les facteurs protecteurs ou favorisants, spécifiquement liés au syndrome OPN en comparant 3 catégories de sujets : poids normal, OPN et surpoids.

4876 sujets issus de la National FINRISK Study

Les auteurs ont rassemblé une population représentative de 4876 sujets (2216 hommes, 2570 femmes) âgés de 25 à 74 ans issus de la National FINRISK study menée en 2007 par l’Institut National pour la Santé et le bien être en Finlande, comportant un examen de santé et divers questionnaires. Les apports alimentaires ont été évalués par un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire validé. Trois catégories de sujets ont été distinguées selon l’IMC et la composition corporelle, notamment le pourcentage de masse grasse (MG):

  • Sujet minces : IMC < 25 et MG < 20% pour les hommes et < 30% pour les femmes
  • Sujets « OPN » : IMC < 25 et MG ≥ 20% pour les hommes et ≥ 30% pour les femmes
  • Sujets en surpoids : regroupant surcharge pondérale (2530)

On leur a fait remplir des questionnaires portant sur le mode de vie (niveau d’éducation, activité physique, tabac, alcool) et l’alimentation. Ils ont également bénéficié d’un test de tolérance au glucose sur 2 heures.

Une prévalence plus élevée chez les femmes et des facteurs influençant « l’obésité à poids normal »

La proportion de sujets avec un IMC normal (<25) était de 28% chez les hommes et 42% chez les femmes. Parmi ceux-ci, 34% des hommes et 45% des femmes présentaient le syndrome « OPN » (respectivement 10 et 19% parmi l’ensemble des participants). Le tour de taille des sujets « OPN » se situait entre celui des minces et des sujets en surpoids.

On a pu identifier certains facteurs de risque pour ce syndrome comme l’inactivité physique, le tabagisme actuel ou passé, et la consommation d’alcool. D’une manière générale on n’a pas retrouvé d’association entre les apports en nutriments énergétiques et le syndrome « OPN ».

En revanche, ce dernier était associé à des facteurs protecteurs (faible consommation de viande et de boissons sucrées) et des facteurs favorisants (faibles apports en légumes racines - pommes de terre, carottes, radis, céleri etc. - céréales et poisson et apports élevés en pâtisseries).

Détecter précocement et prévenir l’obésité et ses complications

Ces résultats peuvent expliquer pourquoi les sujets OPN ont un poids normal mais un excès de masse grasse corporelle. La proportion de ces sujets dans cette étude est étonnamment élevée. Identifier de tels sujets peut être important parce que bien qu’ils semblent minces, ils ont des modes de vie pas très sains et des habitudes alimentaires proches des sujets en surpoids et obèses. Dans une perspective de santé publique cela peut être utile pour détecter précocement et prévenir l’obésité et ses complications.

(Par le Dr Thierry Gibault, Nutritionniste, endocrinologue, d'après Männistö S. et al, British Journal of Nutrition, 2014, 111, 887-894; Dietary and lifestyle characteristics associated with normal-weight obesity: the National FINRISK Study)

SOURCE : APRIFEL

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s