L’intérêt des acides gras poly-insaturés dans le développement visuel

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Le lait maternel constitue l’aliment par excellence du jeune enfant, le modèle vers lequel doivent tendre les laits artificiels. Le lait maternel est naturellement riche en acides gras polyinsaturés à longue chaîne et notamment en DHA. Ces acides gras sont importants pour la maturation de la vision et le développement cérébral car la rétine et le cortex cérébral sont les deux organes les plus riches en DHA. De ce fait, l'alimentation du nourrisson, via les apports en DHA du lait maternel, contribue très significativement à la maturation du cerveau et de la fonction visuelle.

« Le développement visuel se joue dès les premiers mois » - Crédit photo : www.famiweb.be Le DHA est un acide gras de la famille des oméga-3. Il est important de savoir que les acides gras de la famille oméga-3 (voir encadré) jouent de multiples rôles métaboliques et constitutifs. Cependant, ils ne présentent pas tous le même intérêt : « Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’acide alpha-linolénique, bien que précurseur de la lignée oméga-3, n’est pas le plus important dans le contexte de la maturation visuelle du nourrisson. Il faut que l’alimentation apporte aussi les dérivés, que sont les acides gras poly-insaturés à longue chaîne (AGPI-LC) comme l’acide docosahexaénoïque (DHA) car, chez l’homme, moins de 1 % de l’acide alpha-linolénique est converti », explique le Pr Alexandre Lapillonne, du service de néonatologie et nutrition de l’Institut de puériculture et de périnatologie à Paris. Et si les besoins de l’homme en DHA sont élevés, ceux du nourrisson le sont plus encore.

Des besoins en DHA élevés chez le nourrisson

Le spécialiste en détaille les raisons : « Le DHA est le composant que l’on retrouve en concentration la plus élevée dans le cortex cérébral et dans la rétine. Or, la croissance cérébrale est maximale au cours du dernier trimestre de la grossesse et tout au long des deux premières années de vie. Pour que la mère puisse répondre à ce fort besoin de l’enfant, la nature a mis en place deux mécanismes. Le premier se retrouve pendant la grossesse au niveau du placenta qui va transporter préférentiellement le DHA par rapport aux autres acides gras mobilisés pour alimenter le foetus.

Le second concerne le lait maternel qui contient naturellement des AGPI-LC. La quantité de DHA est variable selon l’alimentation de la mère et représente en moyenne 0,3 % de l’ensemble des acides gras présents dans le lait. La concentration en acide arachidonique (ARA) varie moins et avoisine 0,5 à 0,6 % des acides gras. Ces doses sont celles que l’on considère comme optimales pour couvrir les besoins de tous les nourrissons, au moins durant leur première année de vie. »

Se rapprocher de la teneur en DHA du lait maternel

Les enfants nés à terme et nourris au sein disposent de tous les éléments pour un développement cérébral et visuel optimal, mais qu’en est-il de ceux nourris au lait artificiel ? « La mission d’un lait artificiel est d’assurer au mieux le développement de l’enfant en se rapprochant le plus possible de la composition du lait maternel. Or jusqu’à récemment le DHA et l’ARA n’étaient pas présents dans les laits artificiels. Les recommandations ont évoluées et il est maintenant recommandé que les formules de laits infantiles contiennent au moins 0,2 % des acides gras sous forme de DHA. Cet ajout ayant un coût, la plupart des industriels se sont limités à ces 0,2 %. Seul Enfamil Premium a été formulé pour contenir 0,3 % de DHA et ainsi se rapprocher au plus près de la composition moyenne du lait maternel. »

Cette différence de concentration pourrait faire toute la différence sur le développement visuel de l’enfant, car l’effet du DHA semble dépendre de la dose apportée. « Deux études épidémiologiques se sont intéressées au développement visuel des enfants nourris au sein. Il en ressort que ceux recevant les laits maternels les plus riches en DHA présentaient, à 2 mois et à 1 an, une fonction visuelle supérieure à ceux dont les mères avaient un lait moins riche en DHA », indique le Pr Alexandre Lapillonne. C’est pourquoi, bien que le niveau minimum de DHA soit actuellement de 0,2 % dans les laits infantiles, l’EFSA confirme à présent qu’un niveau d’au moins 0,3 % contribue au développement visuel des nourrissons.

Un effet prouvé sur la fonction visuelle

Pour mettre en évidence une relation de cause à effet entre DHA et fonction visuelle, des études randomisées en double aveugle doivent toutefois être réalisées. Pour cela, les chercheurs constituent deux groupes de personnes, l’un recevant un aliment contenant le composant dont on souhaite étudier l’effet, l’autre recevant le même aliment sans le composant. « Ce type d’études réalisées avec des laits artificiels contenant ou non du DHA à 0,3 % ont toutes montré que les nourrissons ayant reçu le lait avec DHA présentaient, en plus d’une croissance staturo-pondérale adaptée et comparable à celle des enfants allaités, une meilleure acuité visuelle que ceux ayant reçu le lait sans DHA. »

Autrement dit, le lait contenant 0,3 % de DHA permet aux enfants de bénéficier des mêmes avantages, en termes de développements global et visuel, que ceux des enfants nourris au sein : ni plus, ni moins. Les enfants nourris avec un lait ne contenant pas de DHA sont-ils donc à risque de carence ? « Non, ils ne présentent pas de risque de carence, mais de déficience, répond le Pr Lapillonne. C’est à dire que leur taux de DHA dans le sang sera inférieur aux taux habituellement trouvés chez les enfants allaités et que, de fait, ils ont un risque d’avoir un moins bon développement visuel au moins temporairement. Ceci ne veut pas dire qu’ils auront des problèmes visuels pour autant mais il est possible que leur développement soit suboptimal en comparaison de celui des enfants nourris au lait maternel. »

Du DHA jusqu’à deux ans

Les enfants prématurés, en revanche, constituent un groupe à risque. Leurs besoins en AGPILC sont encore plus importants que ceux des enfants nés à terme, car ils n’ont pas bénéficié du transport placentaire élevé au cours des derniers mois de grossesse. « Pour ne pas créer de carence pouvant avoir des répercussions sur leur développement cognitif et visuel, il est capital que les enfants nés prématurément soient allaités ou, à défaut, reçoivent un lait riche en DHA, non seulement pendant leur hospitalisation, mais aussi tout au long de leur première année de vie », souligne le Pr Alexandre Lapillonne.

Et d’ajouter : « Il s’agit de reproduire la réalité de l’allaitement, que l’on conseille de poursuivre au moins six mois et si possible jusqu’à un an dans les pays occidentaux, ce qui est également valable pour les enfants nés à terme. Et sachant que la croissance du cerveau est à son maximum pendant les deux premières années de vie, il n’est pas abusif de conseiller un apport en DHA jusqu’à un an, voire jusqu’à deux ans. »

Rappel sur les acides gras poly-insaturés

Les acides gras sont dits poly-insaturés quand ils possèdent plusieurs doubles liaisons au sein de leur chaîne carbonée. Ceux ayant pour caractéristique commune d’avoir leur première double liaison située à six carbones (n-6) et trois carbones (n-3) de l’extrémité méthyle sont respectivement regroupés dans les familles oméga-6 et oméga-3. Les acides gras précurseurs de ces deux familles (autrement dit, ceux à partir desquels tous les autres pourront être fabriqués via des réactions chimiques) sont respectivement l’acide linoléique et l’acide alpha-linolénique. Ils sont dits « essentiels » car l’homme est dans l’incapacité de les synthétiser.

L’acide arachidonique (ARA) comporte 20 atomes de carbone et appartient à la famille oméga-6, tandis que l’acide docosahexaénoïque (DHA) en contient 22 et fait partie de la famille oméga-3. Ils sont tous deux issus de réactions de conversion (élongation, désaturation) des acides gras précurseurs. De nombreuses études ont mis en évidence leur rôle primordial dans le bon fonctionnement de l’organisme, notamment en raison de leur implication dans les processus inflammatoire et immunitaire.

Les acides gras oméga-6 et oméga-3 utilisent la même voie de synthèse (autrement dit, ils sollicitent les mêmes enzymes pour être fabriqués à partir du précurseur), ce qui implique qu’ils sont en compétition pour ce système enzymatique. C’est pourquoi le rapport entre l’acide linoléique et l’acide alpha-linolénique influe sur la synthèse des acides gras polyinsaturés des deux lignées.

(Entretien avec le Professeur Alexandre Lapillonne, Service de néonatologie et de nutrition, Institut de Puériculture et de Périnatologie, Paris)

SOURCE : Mead Johnson Nutrition

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