L'exposition prénatale à l'alcool altérerait les processus neurophysiologiques

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Une étude menée auprès d'enfants d'âge scolaire dont la mère a fréquemment abusé de l'alcool pendant la grossesse montre que leur cerveau répond différemment sur le plan neurophysiologique lors de l'exécution de certaines tâches. L'exposition prénatale à l'alcool forcerait ces enfants à fournir plus d'efforts cognitifs et attentionnels que les autres élèves pour effectuer une même tâche, suggèrent les travaux menés par Gina Muckle, de l'École de psychologie, Éric Dewailly, de la Faculté de médecine, et des chercheurs de Détroit et de Boston.

« L'exposition prénatale à l'alcool altérerait les processus neurophysiologiques » - Crédit photo : www.canalvie.com Les conclusions de leur étude, qui seront publiées dans le numéro de janvier 2011 de la revue Alcoholism: Clinical and Experimental Research, reposent sur des tests menés auprès de 139 enfants inuits de 11 ans vivant au Nunavik. Les mères de 38 d'entre eux avaient bu, au moins une fois pendant la grossesse, quatre verres ou plus d'alcool lors d'un épisode de consommation. Les chercheurs ont estimé que ces enfants avaient été confrontés, en moyenne, à près de 19 épisodes de consommation excessive d'alcool avant leur naissance.

Le groupe témoin était constitué de 101 enfants du même âge dont la mère avait eu une consommation d'alcool faible ou nulle pendant la grossesse. Les enfants des deux groupes ont été soumis à deux tests sur ordinateur. Lors du premier test, des lettres individuelles apparaissaient très brièvement et l'enfant devait appuyer rapidement sur un bouton pour toutes les lettres sauf s'il s'agissait d'un "X". Lors du deuxième test, des images se succédaient à l'écran et l'enfant devait indiquer si l'image devant lui avait ou non été présentée précédemment.

Le taux de réponses correctes et le temps de réaction aux deux tests étaient comparables dans les deux groupes. Toutefois, les chercheurs ont relevé des différences notables dans les électroencéphalogrammes enregistrés lors des tests. Chez les enfants du groupe "alcool", les variations dans les tracés indiqueraient une altération des processus neurophysiologiques qui gouvernent le décodage d'un stimulus visuel, l'attention sélective allouée à une tâche et la récupération d'une information conservée en mémoire.

« C'est comme si la performance de deux étudiants à un examen était comparable relativement à la note obtenue et au temps requis pour répondre aux questions, mais qu'un des étudiants devait fournir plus d'effort cognitif et attentionnel pour y arriver, explique Gina Muckle. Cette situation génère une tension désagréable et, à la longue, on peut penser que cet étudiant sera porté à éviter les situations qui nécessitent un tel effort, ce qui risque de nuire à sa réussite scolaire. »

On savait déjà que l'exposition prénatale à l'alcool entraînait de problèmes d'apprentissage chez l'enfant, notamment des problèmes de mémoire et d'attention. La combinaison des électroencéphalogrammes et des tests qui mesurent des dimensions spécifiques du développement cognitif permet d'avoir une compréhension plus raffinée des effets de l'exposition foetale à l'alcool, souligne la professeure Muckle. « Cette compréhension permet de mieux cibler les interventions qui seront efficaces auprès de ces enfants et de développer de nouveaux moyens de rééducation. »

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 46 - numéro 8 - 28 octobre 2010)

SOURCE : Université Laval

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