L'Etude MONA LISA donne un état des lieux de l'obésité, du diabète et des dyslipidémies en France

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Dix ans après l'étude MONICA, l'étude MONA LISA est la troisième enquête de population de surveillance sur les facteurs de risque cardiovasculaire. De 2005 à 2007, un échantillon représentatif de 4 800 sujets âgés de 35 à 74 ans ont été inclus dans l'étude. L'analyse des premières données brutes permet de faire émerger les tendances dans l'évolution des facteurs de risque, notamment ici en ce qui concerne l'obésité, le diabète et les dyslipidémies.

Les facteurs de risque cardiovasculaire : Résultats de MONA LISA après MONICA

« L’Etude MONA LISA donne un état des lieux de l’obésité, du diabète et des dyslipidémies en France » - Crédit photo : www.cirs.fr Les échantillons de population de MONICA et MONA LISA sont indépendants. Ce ne sont pas les mêmes individus qui sont suivis. Cependant, ces échantillons sont représentatifs et il est possible de comparer l’enquête de population MONA LISA, réalisée en 2005-2007, avec l’enquête MONICA de 1995-1997, en mettant en parallèle les classes d’âge communes aux 2 enquêtes, c’est-à-dire les cohortes 35-44 ans, 45-54 ans et 55-64 ans.

Chez les sujets de MONA LISA (environ 4800 personnes), les premières données brutes analysées portent :

  • Sur la prévalence de la surcharge pondérale et de l’obésité
  • Sur l’équilibre des diabétiques de type 2 traités
  • Sur la prise en charge du cholestérol plasmatique des sujets à haut risque
  • Sur l’évolution de la consommation de tabac chez les femmes en 10 ans
  • Sur l’évolution des chiffres de pression artérielle et leur prise en charge
L’analyse des résultats permet donc de faire émerger les tendances dans l’évolution des facteurs de risque : obésité, le diabète, les dyslipidémies, le tabagisme et l’HTA.

« Obésité : une évolution préoccupante »

Entre 35 et 74 ans, 67,1% des hommes et 50% des femmes présentent une surcharge pondérale ou une obésité.

Entre 35 et 74 ans, 20,6% des hommes et 20,8% des femmes présentent une obésité.

Ces chiffres montrent que les deux tiers des hommes et la moitié des femmes de 35 à 74 ans présentent une surcharge pondérale ou une obésité. On constate que la prévalence de la surcharge pondérale et de l’obésité augmente avec l’âge, de 54% pour les 35-44 ans à 77% pour les 65-74 ans chez l’homme et de 31 à 67% respectivement chez la femme.

Que ce soit chez l’homme ou chez la femme, cette prévalence est en moyenne plus faible dans le sud-est de la France (62% à Toulouse contre 88% à Lille chez les hommes et 42% contre 54% chez les femmes).

Comparées aux données de prévalence fournies par l’étude Obépi, habituellement utilisées, les chiffres correspondant au sexe et à chaque classe d’âge de MONA LISA sont supérieurs de 30%. Il faut donc veiller à ne pas sous estimer l’obésité et la surcharge pondérale en France.

Professeur Philippe Amouyel, Epidémiologiste, Directeur de l’Institut Pasteur, Unité Inserm 744, Lille

« Diabète : encore trop de diabétiques déséquilibrés »

Les données collectées dans le cadre de l’enquête de population MONA LISA font apparaître des disparités régionales pour le diabète (sujet traité ou glycémie à 1,26 g/l), avec 9,6% de patients dans la région de Lille, 9,9% dans celle de Strasbourg et 7% dans celle de Toulouse. On note également une grande disparité en fonction de l’âge et du sexe.

Entre 35 et 44 ans, 2,4% des hommes et 1,2% des femmes sont diabétiques. Dans la tranche d’âge comprise entre 65 et 74 ans, on dénombre 19,9% d’hommes et 11,5% de femmes. Ces chiffres suscitent des questions : Pourquoi cette progression ? Comment l’enrayer ?

Sur le plan thérapeutique, les analyses faites chez les patients diabétiques mettent en évidence une insuffisance d’efficacité dans la prise en charge. On observe chez une grande part des patients traités par antidiabétiques oraux une glycémie anormale. Ainsi, 60,2% des patients ont une HbA1c < 7%. En corollaire, près de 40% de ces sujets ont une glycémie franchement déséquilibrée malgré leur traitement.

Professeur Jean Ferrières, Cardiologue, Unité Inserm 558, Toulouse

« Lipides : des patients mal pris en charge »

Les dyslipidémies figurent parmi les principaux facteurs de risque cardiovasculaire mesurés dans les trois populations françaises de MONA LISA. Pour les 4832 sujets de Lille, Toulouse et Strasbourg, un prélèvement biologique effectué à jeun a permis de préciser le profil lipidique : cholestérol total, cholestérol HDL, cholestérol LDL, triglycérides.

Le bilan préliminaire montre que la prise en charge des dyslipidémies n’est pas satisfaisante, avec des patients non traités ou traités de façon insuffisante

  • Trop peu de patients traités

    Chez les patients à haut risque cardiovasculaire, le décalage entre la théorie et la pratique est très clairement mis en perspective. Ces sujets, les plus exposés sur le plan cardiovasculaire, représentent 16,7% des patients de la population de MONA LISA. Il s’agit pour 37% des patients avec des antécédents de maladies cardiovasculaires, pour 32%, des diabétiques de type 2 à haut risque, enfin pour 31% des sujets « multirisques », avec un risque de Framingham élevé.

    Tous doivent recevoir un traitement, selon les recommandations émises par les experts de l’Afssaps (mars 2005). Or, on constate que, malgré ces recommandations, seuls 47% de ces sujets reçoivent un traitement pour normaliser leur hypercholestérolémie.

  • Des résultats insuffisants

    Au-delà de la trop faible proportion de patients à haut risque traités, le bilan de MONA LISA met en exergue un autre écueil : l’insuffisance des résultats thérapeutiques. En effet, 27,7% seulement des sujets à haut risque traités atteignent l’objectif défini par l’Afssaps, c’est à dire un LDL Cholestérol < 1g/l. Au total, si l’on tient compte des patients traités et non traités, toujours en se limitant aux personnes à haut risque, on constate, que moins de 1 personne sur 5 atteint l’objectif fixé par l’Afssaps.

    Force est de constater que la prise en charge des dyslipidémies des patients à haut risque est loin d’être optimale. Moins de la moitié de ces patients reçoit un traitement, à l’encontre de ce que préconisent les recommandations de l’Afssaps. De surcroît, le LDL de ces sujets reste élevé et témoigne d’une prescription insuffisamment efficace.

    « MONA LISA met en lumière une certaine réticence à traiter les patients à haut risque et à adapter le traitement en fonction de l’atteinte des objectifs fixés par l’Afssaps » commente le Pr Ferrières.

MESSAGE : Il faut rechercher, dépister et traiter les patients à haut risque cardiovasculaire

Professeur Jean Ferrières, Cardiologue, Unité Inserm 558, Toulouse

Pour de plus amples informations sur l’HTA et le tabagisme, consultez le dossier de presse complet.

SOURCE : Institut Pasteur de Lille

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