L'enfant mange aussi pour construire sa personnalité

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L'enfant ne doit pas seulement manger pour construire son corps. À travers la variété alimentaire et l'apprentissage du goût, il forme aussi sa personnalité, révèle l'écrivain Marie-Christine Clément dans un texte publié par l'Observatoire Cidil des Habitudes Alimentaires (OCHA).

Le rapport qu'entretient l'enfant avec l'alimentation est partie prenante de la construction de sa personnalité. Pour Marie-Christine Clément, ce rapport commence déjà dans le ventre maternel ! Le futur bébé a des perceptions bien avant la naissance, et la gustation se met en place en place dès le 4e mois de la grossesse. Le nouveau-né n'est pas non plus un simple tube digestif, privé de sensations ! Dès l'origine ou presque, nous commençons à avoir des goûts et des dégoûts. Qui se traduisent par des mimiques de plaisir ou de déplaisir. L'attrait pour le sucré et le rejet de la saveur amère sont considérés comme innés : ils se modifieront ensuite sous influence culturelle. Mais tous les autres goûts, saveurs et flaveurs sont des acquis. Soumis à «l'interprétation» de chaque enfant et faisant partie du « moi » de chacun.

Ainsi le goût est-il largement un apprentissage, où l'individu se construit par rapport aux autres et s'inscrit dans un groupe, une identité, une culture... Dès le sevrage, l'enfant se trouve confronté progressivement à un ensemble de textures et de saveurs nouvelles, dont il cherche à savoir si elles sont bonnes pour lui. Il le fait en fonction des traditions culturelles et des règles qu'on lui inculque. Mais il le fait aussi en fonction de sa sensibilité propre...

L'éducation du goût commence avant même la naissance ! Elle est esquissée par l'alimentation maternelle, dont le goût se transmet dans le liquide amniotique. Plus cette alimentation est variée, plus l'enfant pourra s'habituer à des goûts divers et accepter des mets nouveaux ! Après le sevrage, l'apprentissage de la diversité alimentaire et, bien sûr, l'environnement affectif sont très importants : le contexte chaleureux dans lequel on nourrit l'enfant, la mère qui fait la cuisine, les fumets des plats qu'elle prépare, le marché où l'enfant fait l'apprentissage des produits, la table de tous les jours et celle des repas de fête... Dans la formation de la personnalité, les petites madeleines de Proust sont à la fois nombreuses et puissantes !

C'est pourquoi le climat familial est si important. La nourriture ne doit pas être vécue comme un enjeu, l'occasion d'un chantage ou d'une brimade. Loin d'être le théâtre d'une confrontation, le repas doit être un moment paisible et réconfortant. Où l'on apprend les bonnes manières plutôt que la violence... C'est d'ailleurs aussi lorsque l'affection - ou du moins la sérénité - fait défaut qu'elle est remplacée par la nourriture: d'où parfois ces troubles graves du comportement alimentaire que sont la boulimie ou l'anorexie.

La nourriture est ainsi au cœur des tensions qui construisent un individu, explique Marie-Christine Clément. L'apprentissage du goût et des manières de table n'a rien d'anodin: c'est aussi autour de lui que se forme la personnalité. Et la manière dont l'enfant (et futur adulte) va se situer par rapport à lui-même, aux autres, au reste du monde... Le rôle central de la nourriture n'échappe décidément ni aux experts scientifiques, ni aux psychologues, ni aux écrivains !

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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