L'efficacité des oméga-3 contre la dépression évaluée à grande échelle

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Si le rôle et l'importance des oméga-3 dans le fonctionnement cérébral sont indiscutables, le fait qu'un déficit en oméga-3 pouvait être à l'origine de dépression a également été mis en évidence. Mais le lien exact entre un déficit d'oméga-3 cérébral et la dépression majeure reste à établir. C'est dans ce but que le Centre Hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) lance la plus vaste étude sur la dépression et son traitement alternatif avec des oméga-3.

Déjà vantés par le psychiatre David Servan-Schreiber comme moyen de "guérir le stress, l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse", les acides gras oméga 3 doivent maintenant apporter la preuve scientifique de leur efficacité. Selon le Dr David Servan-Schreiber, auteur du best-seller " GuérirL le stress, l'anxiété, la dépression sans Médicament ni psychanalyse " sur la question, les avantages potentiels de cette recherche sont considérables pour les patients et pour l'ensemble du système de santé.

Le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) sera donc aux commandes de la plus vaste étude jamais entreprise à travers le monde pour tester les effets bénéfiques des oméga-3 et des extraits d'huiles de poisson, sur la dépression majeure. Cette étude portant sur plus de 500 patients atteints de dépression majeure dans les hôpitaux affiliés au CHUM sera dirigée par le Dr François Lespérance, chef du Département de psychiatrie du CHUM, et sera faite en collaboration avec des chercheurs de l'Université McGill, de l'Université Laval à Québec, de la Queen's University à Kingston, en Ontario, et de l'Université de Montréal.

L'étude a évidemment de quoi faire rêver : pouvoir traiter la dépression avec les oméga-3 pourrait éviter, dans certains cas, la prise d’antidépresseurs qui n'offrent souvent qu'une solution imparfaite et limitée (50 % des patients y réagissant de façon positive) et produisent de nombreux effets secondaires associés indésirables...

« On sait que les oméga-3 jouent un rôle dans la flexibilité des neurones, la transmission de la sérotonine et de la dopamine ainsi que dans la modulation de l’hormone du stress » souligne le Dr Servan-Schreiber en indiquant que l'élément actif des oméga-3 sur la dépression serait l'acide eicosapentanoïque, appelé AEP, présent dans le gras de certains poissons d'eau froide...

Dans le cadre de cette étude en double aveugle (ni les sujets ni les investigateurs ne savent de quel produit il s'agit) s'étendant sur 18 mois, 508 patients (hommes ou femmes) atteints d'une dépression sévère recevront chaque jour pendant huit semaines un supplément d'oméga-3 d'un gramme, composé à 70 % d'AEP pour certains et un placebo fait d'huile de tournesol, faible en oméga-3 pour d'autres.

« Cette étude devrait permettre d'établir de manière définitive si les oméga-3 sont efficaces pour traiter la dépression majeure, autant chez les patients prenant déjà des antidépresseurs que ceux qui ne les tolèrent pas ou qui refusent d'en prendre malgré les recommandations de leur médecin ». Les premiers résultats de cette étude devraient être connus à l’automne 2007.

Les industriels de l'agroalimentaire ont déjà compris depuis longtemps le formidable outil marketing que représentent ces fameux acides gras omega-3 essentiels : on les retrouve maintenant presque "à toutes les sauces" dans les margarines, lait et produits laitiers, les oeufs, etc. ainsi qu'en compléments alimentaires. A l'heure actuelle, la grande majorité des études démontrant les bienfaits de ces acides gras sur la santé, notamment sur les maladies cardiovasculaires, a été mené à partir d'oméga-3 d'origine marine et non végétale.

D'après le spécialiste des oméga-3, l'épidémiologiste et nutritionniste de l’Université Laval, Michel Lucas, très peu d'aliments vendus au Québec sont enrichis avec des oméga-3 d'origine marine. « Tout le reste est enrichi en oméga-3 d'origine végétale, comme les graines et l'huile de lin, dont les propriétés n'ont pas été validées scientifiquement ». L'étiquetage alimentaire ne permet pas actuellement aux consommateurs canadiens de distinguer si l'origine des oméga-3 est marine ou végétale, déplore-t-il également.

Ainsi l'idéal est d'abord de consommer les oméga-3 présents dans le poisson qui par ailleurs apporte également du sélénium, permettant entre autre une meilleure gestion du stress. « Et il y a aussi le plaisir », souligne Michel Lucas. Selon le Dr Lespérance, il est difficile pour la plupart des gens d'obtenir une quantité « thérapeutique » d'AEP simplement dans l'alimentation. Il faudrait consommer environ 200 grammes de maquereau par jour. « Comme il n'est pas facile de convaincre les gens de modifier à ce point leur alimentation, la prise d'un supplément est une solution plus efficace », dit-il.

Ceux qui se tournent vers les suppléments d'oméga-3 doivent se méfier : « Assurez-vous de vérifier la concentration d’oméga-3. Il faut que le supplément contienne le plus d’AEP possible et que le produit soit fabriqué avec la plus grande rigueur et dans des conditions de pureté », indique David Servan-Schreiber.

(Canoë Santé, PsychoMédia, PasseportSanté, 12 janvier 2006)

Source : Alexandre Glouchkoff, Diététicien - Nutritionniste

SOURCE : Toute la diététique !

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