L'effet du café et de la sieste sur la conduite nocturne

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Si certaines causes de la somnolence au volant ne dépendent pas du comportement du conducteur (maladies ou effets secondaires des médicaments), beaucoup d'entre elles sont directement liées à l'hygiène de sommeil et aux mauvaises habitudes des automobilistes.

Pierre Philip et son équipe du laboratoire de physiologie et physiopathologie de la signalisation cellulaire (CNRS, Universités Bordeaux 1 et 2) ont testé pour la première fois en conduite réelle l'effet d'une sieste prise sur une aire de repos et l'effet d'un café fortement dosé sur les performances de sujets jeunes lors d'une conduite autoroutière nocturne. Les résultats sont publiés dans Annals of Internal Medicine du 6 juin 2006.

Certaines personnes présentent une somnolence quotidienne qui devrait les conduire à consulter un médecin. Pour les autres conducteurs, la somnolence au volant survient le plus souvent après une conduite nocturne suivant une longue journée de travail, un manque de sommeil lié à un travail nocturne ou un départ au petit matin pour éviter les bouchons ou pour arriver tôt au travail.

Pour l'étude publiée par l'équipe de Pierre Philip, 12 jeunes volontaires (18-25 ans) ont effectué 4 épisodes de conduite : entre 17h et 18h30 pour servir de référence, entre 2h et 3h30 après avoir bu du café décaféiné, entre 2h et 3h30 après avoir bu un bol de café instantané et entre 2h et 3h30 après avoir fait une sieste de 30 minutes dans la voiture garée sur une aire de repos. Sachant que 70% des accidents liés à la somnolence surviennent lors de la déviation latérale en ligne droite, la trajectoire du véhicule a été enregistrée et les franchissements intempestifs des lignes blanches analysés en laboratoire.

Sous placebo (café décaféiné), les conducteurs font de nombreux franchissements de lignes intempestifs (jusqu'à 17 franchissements en 90 minutes de conduite). En revanche, le café et la sieste réduisent par trois le nombre de franchissements de ligne par rapport à la conduite nocturne sous placebo. Sous café, 75% des conducteurs conduisent de façon identique à l'épisode diurne (zéro ou un seul franchissement en 90 minutes), de même que 66% après la sieste.

De futurs travaux permettront d'étendre ces résultats à d'autres tranches d'âge et à d'autres catégories de sujets somnolents (malades, patients sous l'effet de médicaments agissant sur le cerveau).

Pour en savoir plus :

  • 20% des accidents sont dus à l'endormissement au volant. Les jeunes en période nocturne sont particulièrement touchés.

  • Conduire en étant somnolent multiplie par huit le risque d'avoir un accident corporel. (*)

  • Conduire entre 2h et 5h du matin multiplie par 6 les risques d'avoir un accident corporel. (*)

  • Un automobiliste qui prend la route en ayant dormi cinq heures ou moins la veille de son départ a 3 fois plus de risques d'avoir un accident qu'un conducteur reposé.

  • Prendre la route avec un manque de sommeil, ou rester volontairement éveillé longtemps afin de parcourir plus de kilomètres, provoquent les mêmes effets négatifs sur les capacités du conducteur que la présence d'alcool dans le sang : 17 heures de veille active équivalent à 0,5g d'alcool par litre de sang (*).
(*) Voir les études du Dr Jennie Connor, (« British Medical Journal » 2002) ; du Dr Pierre Philip, (« Sleep » 1999, « British Medical Journal » ; 2001) du Dr Dawson (« Nature » 1997)

Référence :

  • "The effects of coffee and napping on nighttime highway driving"; Pierre Philip, Jacques Taillard, Nicholas Moore, Sandrine Delord, Cédric Valtat, Patricia Sagaspe et Bernard Bioulac. Annals of Internal Madecine, 6 juin 2006.

SOURCE : Le Journal du CNRS

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