L'échec des régimes amaigrissants n'est pas qu'une une simple question de volonté

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Il ne manquait déjà pas d'obstacles pour nuire au succès des diètes amaigrissantes, et voilà que des chercheurs en décrivent un nouveau qui n'a rien à voir avec la volonté ou la gourmandise. Angelo Tremblay et Jean-Philippe Chaput, chercheurs au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval, ont démontré que la résistance à la perte de poids augmente à mesure qu'une personne maigrit parce que son métabolisme au repos diminue.

« L’échec des régimes amaigrissant n’est pas qu’une une simple question de volonté » - Crédit photo : www.diabetescareguide.com Résultat : même en suivant au pied de la lettre les consignes touchant la consommation d’aliments et l’activité physique, un sujet qui a bien répondu à un régime pendant quelques semaines peut soudainement reprendre du poids! Dans un récent numéro du British Journal of Nutrition, les deux chercheurs expliquent comment ils s’y sont pris pour quantifier ce phénomène qu’ils nomment la thermogenèse adaptative.

La réduction du métabolisme au repos chez les gens qui suivent un régime était déjà connue, mais le tandem Tremblay-Chaput l’a quantifiée en soumettant un groupe de huit hommes obèses à un programme de perte de poids combinant restriction alimentaire et activité physique. Ce programme, qui tenait compte des caractéristiques de chaque sujet, notamment son métabolisme au repos, devait provoquer un déficit énergétique de 700 calories par jour et une perte de poids concomitante d’environ 75 g par jour. Cet objectif a été atteint pendant les cinq premiers mois du régime alors que les sujets perdaient près de 10 kg. Toutefois, dans les trois mois qui ont suivi, la perte de poids a progressivement ralenti jusqu’à devenir nulle, même si les sujets assuraient suivre rigoureusement les consignes.

Les tests effectués par les deux chercheurs ont révélé que le métabolisme de base des sujets avait diminué de 14 % entre le début et la fin du programme. « Le corps semble se protéger contre une trop grande perte de poids en abaissant la thermogenèse au repos. C’est comme un mécanisme de survie », commente Angelo Tremblay. Cette baisse du métabolisme n’était pas uniquement due au fait que les sujets étaient moins lourds. À chaque étape du programme, l’écart entre la valeur mesurée du métabolisme de base et la valeur attendue - déterminée à partir d’une courbe de référence reposant sur 112 hommes de différentes adiposités - se creusait. « Les perturbations causées par le régime dans l’équilibre énergétique provoquent un changement plus grand que prévu dans la dépense énergétique des sujets », résume le chercheur.

Ce mécanisme de protection ne se manifeste pas au même moment pour tous les sujets, mais une fois qu’il est enclenché, il rend ardue toute perte de poids supplémentaire, même avec la meilleure volonté du monde. « Nous avons déjà vu une participante qui, après avoir suivi à la lettre un programme pendant quatre mois, avait pris deux kilos, raconte le chercheur. Nous avons mesuré de nouveau son métabolisme au repos, et il avait diminué de 550 calories par jour ».

Les professionnels de la santé qui supervisent les personnes qui tentent de perdre du poids sous-estiment l’importance de la thermogenèse adaptative, croit Angelo Tremblay. « Lorsqu’un patient ne parvient plus à perdre de poids même s’il assure respecter les consignes du programme, il faut être prudent et éviter l’acharnement diététique ». Que faire alors? « Il vaut mieux tenter de maintenir les acquis plutôt que de pousser les patients au-delà d’un seuil où ils risquent d’abandonner », recommande-t-il. Même s’ils ont encore un surplus de poids ? « Il se peut que leur perte de poids ait ramené les différents facteurs de risque à un niveau normal. Ils ont peut-être atteint leur poids santé, même s’ils ont encore des kilos en trop. Un bon programme de perte de poids doit chercher le compromis entre ce que l’on souhaite et ce que le corps peut tolérer ».

(Par Jean Hamann - Journal de la communauté universitaire - Volume 45, numéro 6 - 01 octobre 2009)

SOURCE : Université Laval

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