L'eau, enjeu du 21ème siècle

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Le célèbre roman de science-fiction « Dune » va-t-il bientôt devenir réalité ? L'eau y est rare et précieuse, sur une planète désolée : un scénario imaginé par Frank Herbert en 1965, qui pourtant est aujourd'hui dangereusement crédible. 1.1 milliard de personnes sur terre n'ont pas accès à l'eau potable, et ce chiffre pourrait atteindre les 3 milliards en moins de 20 ans ! Les besoins augmentant et les ressources diminuant, l'eau va-t-elle devenir un « or bleu » déclencheur de conflits ?

A l’occasion de la Journée Mondiale de l’Eau du 22 mars dernier, le Parlement européen a rassemblé députés européens, représentants de communautés nationales et locales, ou citoyens venus du monde entier pour discuter des enjeux liés à l’eau. Car si 71% de la surface du globe est constitué du précieux liquide, la pénurie en eau potable se fait sentir partout.

L’eau, c’est d’abord la vie

L’eau est indispensable à la vie sur la planète, et pourtant un ensemble de facteurs en réduisent toujours plus la disponibilité : croissance démographique, production agricole (qui absorbe 70% de notre consommation en eau), pauvreté, mauvaise gestion des ressources en eau ou troubles politiques. Les ressources en eau potable se raréfient sur terre, alors que les besoins s’accroissent. On estime actuellement que les eaux malsaines ou polluées sont responsables de 80% des maladies et décès des pays en voie de développement.

Or, selon les prévisions, ce tableau devrait à l'avenir encore se noircir : le changement climatique devrait en effet accroître la désertification, notamment en Afrique, et les « migrations de l’eau » vont se développer, les hommes se déplaçant vers des lieux où l’eau est accessible. L’Europe ne sera pas épargnée, comme l’a expliqué le président de la Commission environnement au Parlement, le député européen tchèque Miroslav Ouzky : « Les diverses réserves en eau vont se raréfier, et en particulier l’eau potable de l’Europe du Sud. Les effets les plus négatifs de ce manque d’eau potable se feront sentir en Espagne ».

Est-il temps de modifier nos comportements ? Les terrains de golf en Espagne absorbent annuellement l’équivalent en eau de la consommation d’une ville de 12 000 habitants et un enfant naissant dans le monde développé consomme entre 30 à 50 fois plus d’eau qu’un enfant des pays en voie de développement. De quoi nous faire réfléchir.

Bientôt des « conflits de l’eau » ?

L‘eau est désormais une ressource d’enjeu stratégique. L’accès à une eau potable est une source de tensions entre pays et communautés, qui devrait s’accroître à l’avenir. Certains experts prédisent que les guerres du futur n'auront plus pour déclencheur l'accès au pétrole, mais bien l’accès à l’eau. C’est d’ailleurs déjà le cas dans certaines régions du monde, et en particulier entre des pays qui partagent un même fleuve ou une même rivière. Les pays situés en amont du courant peuvent potentiellement couper l’accès à l’eau des pays situés en aval du même fleuve.

Les eaux du Nil traversent par exemple 9 pays, avant de se jeter dans la mer Méditerranée. Le pays le plus en aval, l’Egypte, en dépend totalement puisqu’il ne pleut quasiment pas. Avec la croissance démographique, l’eau peut-elle manquer si les pays en amont, comme l’Ethiopie ou le Soudan, puisent toujours plus des eaux du Nil ?

De même avec les rivières du Tigre et de l’Euphrate. Les eaux s’écoulent d’abord en Turquie, puis en Syrie et en Irak. Un projet turc prévoit de construire 22 barrages et 18 centrales hydrauliques le long de ces rivières : selon certains commentateurs, ce projet pourrait réduire la quantité d’eau accessible de 40% pour la Syrie et de 80% pour l’Irak ! Quelles peuvent être les conséquences géopolitiques d’un tel bouleversement ?

L’eau est aussi un droit de l’homme

« L’eau, c’est la vie et chacun a le droit d’y avoir accès » : telle a été une des déclarations de cette Assemblée Mondiale de l’Eau réunie au Parlement européen. Pour les participants, l’eau est donc un bien commun à l’humanité : « nous ne pouvons accepter que l’eau devienne une marchandise et que sa gestion soit confiée au seul secteur privé », a alerté le socialiste italien Giulietto Chiesa. Par conséquent, selon l'Assemblée mondiale de l'Eau, la fourniture en eau potable doit être financée publiquement et les citoyens devraient pouvoir participer à la gestion des ressources.

Trop tard pour agir ? Non, selon le tchèque Miroslav Ouzky, qui résume les pistes évoquées lors de l’Assemblée : « Il nous faut changer le concept tout entier de gestion des eaux de surface. La tendance négative doit être inversée et il nous faut mieux retenir les eaux de pluie avant qu’elles ne se déversent dans l’océan. Enfin, les terres cultivées doivent elles aussi faire l’objet de mesures de rétention de l’eau ».

L'eau semble bien être l'enjeu du 21ème siècle.

Pour en savoir plus :

SOURCE : Communautés européennes

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