L'appétit vient en parlant

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Manger en bonne compagnie stimule l'appétit. C'est vrai à tout âge, mais particulièrement chez les personnes âgées hospitalisées, comme l'a constaté Danielle St-Arnaud McKenzie, diplômée du Département de nutrition. « Plus il y a d'interactions sociales durant le repas dans les unités de réadaptation gériatrique, meilleure est la prise alimentaire », mentionne la chercheuse.

Les personnes âgées hospitalisées dans une unité de réadaptation ont intérêt à prendre leur repas en compagnie d’autres patients, car elles sont plus susceptibles de mieux manger lorsqu’il y a des interactions sociales - Crédit photo : IUGM C’est ce qui ressort d’une étude qu’elle a menée en collaboration avec deux collègues associées à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM), les professeures Marie-Jeanne Kergoat, de la Faculté de médecine, et Guylaine Ferland, du Département de nutrition, ainsi que Laurette Dubé, de l’Université McGill. «D’ordinaire, les problèmes de dénutrition se manifestent parallèlement aux maladies dont souffrent fréquemment les gens âgés hospitalisés, indique Mme St-Arnaud McKenzie. D’où l’importance de trouver des stratégies pour favoriser une alimentation suffisante.»

La dénutrition en établissement

Diverses recherches ont montré qu’une grande proportion de patients présente une détérioration de l’état nutritionnel durant l’hospitalisation. «Environ 35 % des ainés sont dénutris», souligne Marie-Jeanne Kergoat. Une estimation qui fait frémir quand on sait que l’état nutritionnel tend à se détériorer au cours de l’hospitalisation.

Danielle St-Arnaud McKenzie a voulu vérifier le rôle de la prise alimentaire dans ce contexte. Dans sa thèse de doctorat, elle a entre autres étudié l’influence des motivations sur la prise alimentaire et ses liens avec d’autres états subjectifs comme l’humeur et le fait de manger en groupe plutôt que seul dans sa chambre.

Pour ce faire, elle a observé une trentaine de patients de l’unité de réadaptation de l’IUGM pendant qu’ils prenaient leurs repas dans la salle à manger. À l’aide d’une grille d’observation des comportements verbaux et non verbaux, par exemple «rire avec l’autre», « échanger des propos anodins », « écouter attentivement » ou encore « exprimer son désaccord avec des mots ou des gestes », la chercheuse a ainsi pu avoir une meilleure idée « de la capacité de la personne à exercer un contrôle sur la nature et la qualité de sa vie ». Elle a par ailleurs pu évaluer le niveau de convivialité pendant les repas et voir si cette dimension avait un effet sur la quantité de nourriture ingérée. L’apport énergétique était pour sa part estimé à partir des restants dans l’assiette de chaque sujet.

Les résultats de cette recherche publiés en 2008 dans le journal scientifique The Gerontologist révèlent un lien étroit entre le nombre d’interactions sociales et l’apport énergétique chez les personnes âgées. La quantité de nourriture avalée par les sujets observés augmente avec le nombre d’interactions sociales.

Les auteures de l’article ont également noté une association entre la prise alimentaire et la nature des interactions: les gens mangent davantage lorsque les échanges sont conviviaux. Mais le fait d’avoir ou de subir une attitude désagréable n’influe pas outre mesure sur la prise alimentaire, et ce, peu importe la durée du repas. En bref, manger seul dans sa chambre semble plus problématique.

Conséquences multiples sur la santé

Le nombre important d’ainés dans les hôpitaux atteints de dénutrition pousse les spécialistes comme Mmes St-Arnaud McKenzie et Kergoat à trouver des solutions durables aux difficultés alimentaires de cette population. «En s’alimentant moins bien, les personnes âgées risquent de souffrir de dénutrition, un trouble qui vient accentuer d’autres problèmes de santé liés au vieillissement », signale Danielle St-Arnaud McKenzie.

Souvent, sur le moment, on n’y prête pas attention, renchérit Marie-Jeanne Kergoat. « Ce n’est qu’après coup, une fois que la dénutrition est rendue à un stade parfois avancé, que l’on commence à réagir. » Pourtant, une dénutrition peut avoir des conséquences très graves, explique la professeure. « Elle peut entrainer un affaiblissement du système immunitaire avec un risque d’infections à répétition. Une perte de poids peut aussi provoquer une fonte musculaire pouvant favoriser des troubles de l’équilibre et des chutes. La dénutrition peut en outre accélérer le déclin fonctionnel et possiblement cognitif. »

Selon elle, il convient donc de sensibiliser les professionnels de la santé et l’entourage des gens âgés à l’importance de repérer toute perte de poids le plus tôt possible. « La thèse de Danielle St-Arnaud McKenzie contribue à l’élaboration de stratégies novatrices visant à assurer des apports alimentaires optimaux dans cette population », conclut Mme Kergoat.

(Par Dominique Nancy - Université de Montréal - Communiqué du 27 avril 2009)

Source : Université de Montréal (@UdeM)

SOURCE : Université de Montréal

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