L'ANSES dénoncent les pratiques à risque des régimes amaigrissants

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L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de publier un rapport d’expertise sur l’évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. La quête de la minceur et le foisonnement de régimes qu’il est possible de suivre seul, sans avis médical, amènent en effet les pouvoirs publics à s’interroger sur les risques liés à ces pratiques. Ce travail va être mis en consultation auprès des parties prenantes, en vue d’établir des recommandations dans un avis à paraitre début 2011.

« L'ANSES dénoncent les pratiques à risque des régimes amaigrissants » - Crédit photo : © Tatjana Strelkova | Dreamstime.com Le surpoids et l’obésité, qui touchent respectivement 32 % et 15 % des personnes de plus de 18 ans en France, constituent un véritable problème de santé publique qui nécessite la prise en charge par un professionnel de santé et peut justifier, la mise en oeuvre d’un régime alimentaire sous contrôle médical. Mais, dans de nombreux cas, des pratiques alimentaires d’amaigrissement sont adoptées en l'absence de surpoids ou de toute indication médicale, pour des raisons essentiellement esthétiques.

L’Anses a été saisie par le ministère chargé de la santé pour évaluer les risques qu’engendrent ces pratiques. L’évaluation conduite s’inscrit dans le cadre global de la problématique de « l’image du corps », prévue par le Programme National Nutrition Santé (PNNS 2 : 2006-2010).

Le rapport publié le 25 novembre 2010 est le fruit d’un processus d’expertise collective réalisé par un groupe de travail composé de scientifiques et d’experts en nutrition. Ce travail, validé par le comité d’expert spécialisé « nutrition humaine » de l’Anses, s’appuie sur une revue de la littérature scientifique nationale et internationale et des auditions.

L’expertise montre que les régimes amaigrissants, pratiqués sans recommandation ni suivi d’un spécialiste, très largement diffusés auprès du public dans le commerce et sur Internet, présentent des risques pour la santé plus ou moins graves. Il met en évidence des effets néfastes sur le fonctionnement du corps, et notamment pour les os, le coeur et les reins, ainsi que des perturbations psychologiques, notamment des troubles du comportement alimentaire. Dans leur ensemble, les régimes amaigrissants étudiés peuvent induire des déséquilibres nutritionnels et des inadéquations d'apports (insuffisance et excès), notamment en vitamines et en minéraux.

L’analyse des données scientifiques établit également que la pratique des régimes peut provoquer des modifications profondes du métabolisme énergétique du corps. Ces dernières modifications sont souvent à l’origine du cercle vicieux d’une reprise de poids, éventuellement plus sévère, à plus ou moins long terme.

Une des conséquences majeure et récurrente des privations et exclusions pratiquées, quelque soit le régime, est ainsi, paradoxalement, la reprise de poids, voire le surpoids : plus on fait de régimes, plus on favorise la reprise pondérale, a fortiori en l’absence d’activité physique, qui constitue un facteur essentiel de stabilisation du poids.

La principale conclusion de ce rapport est que la recherche de perte de poids par des mesures alimentaires ne peut être justifiée médicalement que par un excès pondéral effectif [1], et que cette démarche doit faire l'objet d'une prise en charge par des spécialistes - médecins nutritionnistes, diététiciens -, qui seront les plus à même de proposer le régime alimentaire correspondant le mieux aux caractéristiques de la personne. L’Anses rappelle en outre que rien ne peut remplacer, en terme de santé, une alimentation équilibrée, diversifiée, en veillant à ce que les apports énergétiques journaliers ne dépassent pas les besoins. Par ailleurs, pour réduire les risques de prise de poids, l’évolution des habitudes alimentaires doit être associée à une activité physique régulière.

Considérant l’importance, la complexité et la sensibilité du sujet, l’Anses souhaite enrichir la consultation amorcée, en portant ce rapport à la connaissance des membres de la communauté scientifique et médicale, des représentants associatifs et des responsables des organisations professionnelles.

Cette consultation sera ouverte jusqu’au 31 décembre 2010. L’ensemble des contributions reçues sera rendu public et fera l’objet d’une analyse détaillée par l’Agence dans le cadre de l’élaboration de ses recommandations.

En images :

Un rapport accable les régimes alimentaire

Les chiffres clés

D’après l’étude INCA 2 [2] :
  • 23,6 % des adultes déclarent suivre ou avoir suivi un régime amaigrissant l’année précédant l’enquête.
  • 30 % des femmes ayant un IMC « normal » [3] et 15 % des femmes minces (IMC < 22), ont suivi un régime amaigrissant pendant l’enquête ou avaient suivi un régime amaigrissant pendant l’année précédent l’enquête.
  • Le surpoids et l’obésité touchent respectivement 32 % et 15 % des personnes de plus de 18 ans en France
  • 60% des femmes et 44% des hommes souhaitent peser moins.
  • Chez les adolescentes de 11 à 14 ans, 47 % souhaitent peser moins.

D’après le rapport d’expertise réalisé par l’Anses [4]

  • 80 % des sujets reprennent du poids un an après la fin de leur régime
  • Pour plus de 80 % des phases de régime étudiées, l’apport en protéines est supérieur à l’apport nutritionnel conseillé (ANC). Pour certains d’entre eux, les apports sont deux à trois fois supérieurs aux ANC.
  • Plus de la moitié des phases de régime étudiées présente des apports en lipides supérieurs à l’ANC et 40% sont en dessous.
  • 74% des phases de régimes proposent des apports en fibres inférieurs à l’ANC et parfois près de dix fois moindre.
  • Seulement 26 % des phases de régimes étudiées respectent les recommandations d’apport en fibres.
  • Pour 61 % des phases de régimes étudiées, le besoin nutritionnel moyen (BNM) en fer chez la femme n’est pas couvert.
  • Le BNM en calcium chez l’adulte n’est pas couvert pour 23 % des phases de régime.
  • La moitié des régimes étudiés proposés aux femmes correspond à des apports en magnésium inférieurs au besoin nutritionnel moyen.
  • Pour 58% des phases de régimes étudiées, les apports en sodium sont supérieurs à la limite recommandée par l'OMS [5].
  • 26 % des phases de régimes étudiées ne couvrent pas le besoin nutritionnel moyen pour la vitamine C.
  • Dans 77 % des cas, les apports en vitamine D sont inférieurs au BNM, et les apports en vitamine E insuffisants dans 32 % des phases de régime.

Pour de plus amples informations, consulter le « Rapport sur l'évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement »

[1] La classification internationale définit l’obésité chez la femme comme chez l’homme jusqu’à 65 ans, par un IMC (Indice de Masse Corporelle) égal ou supérieur à 30 kg/m2.
[2] Deuxième étude individuelle nationale des consommations alimentaires (2006-2007)
[3] IMC : Indice de Masse Corporelle. La « normalité » pondérale correspond à un IMC compris entre 20 et 25
[4] Dans le cadre de ce rapport, les différentes pratiques alimentaires à visée amaigrissante ont été caractérisées afin de déterminer leurs impacts sur les apports nutritionnels, notamment en termes d’inadéquations des apports nutritionnels
[5] 5 g de sel par jour, soit près de 2000 mg de sodium

SOURCE : ANSES

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