L’alpha des oméga...

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Vous avez échappé à l’éloge des oméga ? Alors, vous avez sans doute vécu en ermite, hors du monde et de ses turpitudes, très loin du funambulisme diététique. De A à Z, l’alpha et l’oméga de l’équilibre alimentaire, est pourtant une superstar.

Si le phénomène est puissant, il aura pourtant mis un bon bout de temps à se déclencher et l’attrait récent que nous inspirent les frères jumeaux des acides gras essentiels, oméga 3 et oméga 6, ne doit en réalité rien à la mode.

Sans transformer votre magazine préféré en historien des lipides, la sag a des oméga mérite quand même d’être évoquée. Une tranche de culture digeste, ça ne se refuse pas.

Sur la trace des oméga

Nos amis les oméga n’ont pas toujours été des vedettes de l’abondance alimentaire et de la consommation débridée. En 1930, alors que la grande dépression économique commence à produire son onde de choc et que se nourrir - même mal - devient une préoccupation quotidienne, deux scientifiques américains, Burr et Evans, vont pourtant faire la découverte qui nous bouleverse tant aujourd’hui… Certaines graisses, bien spécifiques, sont indispensables à la vie et le corps ne sait pas les fabriquer. Nos deux découvreurs les nomment alors Vitamines F mais il s’agit bien des acides gras essentiels oméga 3 et oméga 6. Beaucoup plus tard, en 1958, le professeur Ancel Keys, accompagné d’une équipe internationale, se lance dans une véritable enquête au long cours. Pendant plus de 10 ans, ces scientifiques vont observer les modes de vie et d’alimentation de milliers de personnes à travers le vaste monde.

Séparer le bon gras de l’ivraie

Les lipides, communément appelées matières grasses, sont divisées selon leur structure moléculaire en 3 types d’acides gras :
  • les acides gras saturés (Ouah, les mauvaises graisses !)
  • les acides gras mono-insaturés (Oh, les bonnes graisses !)
  • les acides gras polyinsaturés (Bingo !), dont font partie oméga 3 et oméga 6.

Les oméga 3 sont les acides gras essentiels les plus bénéfiques pour l’organisme, particulièrement en matière de protection cardiovasculaire.

Les aliments les plus riches en oméga 3 sont l’huile de noix, les noix, l’huile de colza, les poissons gras (saumon, anchois, sardine, hareng, maquereau). On les trouve dans l’huile de colza, de noix, de pépin de raisin.

Ces deux acides gras essentiels semblent jouer un rôle important durant la grossesse. Le premier pour le développement du cerveau du foetus. Le second pour la croissance du bébé. Chez la femme enceinte, les besoins en oméga 3 augmentent de 40%.

Des chercheurs de l’Inserm ont montré qu’un taux sanguin élevé d’un acide gras oméga 3 appelé EPA (acide eicosapentaénoïque), est associé à une moindre fréquence des symptômes dépressifs chez les personnes âgées. Les résultats de cette étude, incluant plus de 1 300 personnes ont été publiés en mai 2008 dans l’American Journal of Clinical Nutrition.

Esquimaux à volonté

Dès 1970, la formidable longévité des paysans de l’île de Crète est clairement attribuée à leur régime alimentaire (le fameux « régime crétois » !). Son originalité tient presque entièrement à ses nombreuses sources d’oméga 3. OEufs, pourpier, huile de noix, poissons, viande d’oie, de lapin, escargots, etc. en fournissent il est vrai abondamment. Bien loin de la Crète et de sa douceur climatique, les rudes Esquimaux du Groenland font également preuve d’une résistance exceptionnelle aux maladies cardiovasculaires. Un moment évoqué, le facteur génétique est rapidement abandonné (les Esquimaux émigrés à Copenhague meurent autant d’infarctus que le Danois moyen) et c’est la piste du poisson qui s’avère être la bonne. Les Esquimaux en consomment en effet une quantité conséquente. Bonne pioche : les vertus cardioprotectrices des oméga 3 contenus dans les graisses animales du poisson et du phoque sont démontrées.

Deux scientifiques japonais vont, de leur côté, s’intéresser à l’archipel d’Okinawa, qui compte un nombre de centenaires inhabituel. Là encore, le faible taux de maladies cardiovasculaires se combine avec une consommation élevée de poisson et de plusieurs sources naturelles d’oméga 3.

Les Français au pas carencé

Le Programme National Nutrition-Santé (PNNS) a révélé dès 2001 l’importance des oméga 3 dans l’alimentation quotidienne. L’apport quotidien nécessaire a été évalué à 2 grammes environ alors que nous n’en consommons que la moitié. Bonne nouvelle, il est plus facile de respecter les recommandations du PNNS en matière d’oméga 3 qu’en matière de fruits et légumes. Ça ne remplace pas, mais c’est déjà ça…

En France, les habitudes alimentaires régionales sont fortement ancrées. L’utilisation des matières grasses en est un exemple marquant : les habitants du Nord et de l’Ouest consomment davantage de beurre, tandis que ceux du Sud et de l’Est privilégient les huiles. D’autres caractéristiques sont à noter : les habitants du Nord consomment davantage de pommes de terre et d’aliments sucrés, ceux du Sud davantage de légumes. Entre l’Est et l’Ouest, les différences concernent plutôt les produits laitiers (laits, produits laitiers frais et entremets à l’Ouest, et fromages à l’Est).

A la recherche du temps perdu

La fin du siècle dernier voit se mener une brassée d’études scientifiques qui, toutes, confirment les nombreuses observations et les hypothèses mises en avant par ces différents chercheurs. En augmentant, grâce aux huiles animales ou végétales, l’apport en oméga 3 chez des sujets à risques cardiaques, le taux d’infarctus et la mortalité cardiovasculaire diminuent de façon significative. On croyait soudaine et donc suspecte la consécration des oméga 3 sur l’autel nutritionnel. En réalité, il aura fallu plus de cinquante années pour passer de leur découverte à la démonstration de leurs vertus. Et vingt années supplémentaires pour que les preuves scientifiques sortent des laboratoires pour gagner les rayons de la grande distribution.

Aujourd’hui, bon nombre d’études sont encore en cours de réalisation ou d’analyse. Certaines d’entre elles ont mis en évidence des effets bénéfiques allant bien au-delà de la protection cardiovasculaire. Attention quand même de ne pas confondre efficacité et panacée. Mais ne nous plaignons pas non plus que la mariée soit trop belle...

(Par Olga Gretchanowski)

SOURCE : BIENSÛR Santé

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