L'allergie aux arachides : diagnostic, prévention et traitement

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L'allergie aux arachides affecte 1% des enfants âgés de moins de 5 ans. Au cours de ces 15 dernières années, le nombre de cas d'allergie aux arachides diagnostiqués a augmenté.

« L’allergie aux arachides : diagnostic, prévention et traitement » - Crédit photo : fr.wikipedia.org Une étude portant sur l’élévation de la prévalence de l’allergie aux arachides chez l’enfant réalisée par Grundy et al. et publiée en 2002 montrait que la prévalence de cette allergie était passée de 1,3% à 3,2% entre 1989 et 1995. D’autres études menées aux U.S.A. par Sicherer et al. suggèrent que 1,1% de la population des Etats-Unis (soit 3 millions de personnes) seraient allergiques soit aux arachides, soit aux noix, soit aux deux. Les raisons de l’augmentation de cette allergie sont encore mal comprises.

Allergique même sans consommer d’arachides !

Selon la UK’s Avon Longitudinal Study of Parents and Children, portant sur 13 971 enfants en âge préscolaire et ayant pour but de distinguer les enfants présentant un historique d’allergie alimentaire aux arachides et ceux réagissant à un test d’essai en double-aveugle, il existerait une association indépendante entre l’allergie aux arachides d’une part, la consommation de laits de soja ou de produits dérivés du soja ainsi que les préparations à base d’huile d’arachide d’autre part. Des études doivent cependant encore confirmer ces relations. Une autre étude menée par Frank et al., impliquerait que la consommation d’arachides par la mère avant la naissance de son enfant pourrait être un facteur de risque de développement d’une allergie aux arachides chez ce dernier. Cette découverte n’a pas été confirmée par d’autres études.

Comment la diagnostiquer ?

Afin de faire un bon diagnostique, il est important de connaître le type de symptômes qui sont apparus de l’ingestion d’arachides, la quantité de protéines d’arachides ingérée, le type de symptômes après consommation d’aliments similaires, ainsi que la date de la dernière ingestion associée à des symptômes cliniques. Les manifestations cliniques de l’allergie alimentaire aux arachides se développent quelques secondes après l’ingestion de quelques mg de protéines d’arachides (une cacahuète contient environ 300 mg de protéines). En général, l’arachide doit être consommée pour qu’apparaissent les symptômes. Il est donc rare que la réaction allergique se déclenche par contact cutané ou par voie aéro-portée. L’âge moyen du diagnostic chez l’enfant est de 14 mois et se correspond à l’apparition des symptômes suivant la première ingestion d’arachides.

La réaction allergique touche presque toujours la peau, provoquant de l’urticaire, des angio-oedèmes, des démangeaisons,... La moitié du temps, elle affecte le système respiratoire sous la forme d’oedème laryngé, de quintes de toux, de changements de voix ou de crises d’asthme. Enfin, un tiers des réactions allergiques touche le tractus gastro-intestinal, causant des accès de vomissements, des diarrhées ou des douleurs abdominales. L’anaphylaxie, une réponse allergique systémique, peut inclure n’importe lequel de ces symptômes et, en outre, provoquer des troubles cardiovasculaires comme de l’hypotension ou de l’arythmie cardiaque. Une phase secondaire ou biphasique, se produisant jusqu’à 4h après le début de la réaction allergique, a été constatée chez un tiers des patients, se traduisant par un choc anaphylactique potentiellement fatal ou une réaction proche de celui-ci. Le diagnostique peut se faire via prick-test (test cutané) ou in vitro. Chez les patients avec une histoire allergique, un test alimentaire en double-aveugle peut s’avérer nécessaire mais dans les études cliniques, des tests en simple-aveugle suffisent.

Que faire en cas de réaction allergique ?

Il est très important de fournir au patient et à sa famille un plan d’action précis pour le traitement, tant aigu que chronique, de l’allergie. Ce plan devrait contenir la dose exacte d’adrénaline que le patient doit recevoir en cas de choc, la dose exacte d’anti-histaminiques ou encore de stéroïdes oraux à prendre (si nécéssaire). C’est, bien sûr, l’affaire du médecin. Pour les patients ne présentant que de légers symptômes respiratoires, seuls les anti-histaminiques sont nécessaires. Il est essentiel que les patients présentant une réaction allergique soient gardés en observation durant les 4 heures suivant le début de la réaction en raison des complications possibles qui peuvent se produire, comme dit précédemment. Les patients présentant des symptômes d’anaphylaxie aigus devraient être traités en urgence avec de l’adrénaline intra-musculaire et de l’oxygène. Si nécessaire, d’autres substances doivent être ajoutées au traitement selon le jugement du médecin (antagonistes des récepteurs à l’histamine de type 2, corticoïdes, ...).

Comment prévenir tout danger ?

La stratégie de prévention consiste d’une part à éduquer le patient et sa famille sur la façon de prévenir l’ingestion accidentelle d’arachides ainsi que sur la reconnaissance des premiers signes d’une réaction allergique aux arachides. Il faut également informé qu’outre le fait qu’il puisse y avoir des allergies croisées entre les arachides et les fruits à coques, l’arachide étant une plante de la famille des légumineuses au même titre que le soja, les haricots secs ou les lentilles, il peut y avoir aussi des réactions allergiques croisées avec ces différents aliments. Les patients et leurs proches doivent également recevoir une formation en matière de lecture d’étiquetage alimentaire afin de repérer ceux qui contiennent de l’arachide, de même qu’éviter la consommation de tout produit ne présentant pas de liste d’ingrédients. Il faut également que les personnes allergiques évitent de fréquenter les lieux à risque, comme les bars, les glaciers,... Une contamination peut en effet se produire si le matériel utilisé pour la préparation de plats contenant des arachides est insuffisamment nettoyé.

La plupart des patients éviteront également la consommation d’huile d’arachides, bien que les huiles hautement raffinées ne présentent pas de résidus protéiques et sont donc sans danger. En revanche, les huiles pressées à froid contiennent des protéines d’arachides et doivent être évitées de peur qu’elles ne provoquent une réaction allergique. Un suivi adéquat des patients allergiques est important car il faut savoir que seuls 20% des enfants allergiques surpasseront leur maladie en grandissant. Il faudra donc également préparer les patients au fait qu’il se peut qu’ils ne guérissent jamais de leur allergie. La fréquence de réapparition de la maladie n’est pas connue mais il apparaîtrait qu’elle se produit surtout chez les personnes n’ayant pas réintroduit l’arachide dans leur alimentation après leur guérison.

Sources et références

  • Wesley Burks A. Peanut allergy, Lancet 2008; 371: 1536-15463.

(" HEALTH & FOOD " n°88 - Juillet 2008)

SOURCE : Health and Food

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