L’allergie au lait de vache

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L’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est un réel problème de santé publique chez l’enfant. Avant l’âge de 1 an, le lait de vache représente la première cause d’allergie alimentaire et c’est la 3e chez les enfants âgés de moins de 15 ans. Des solutions existent.

« L’allergie au lait de vache » - Crédit photo : www.lamandorle.com Ce qu’on appelle couramment allergie au lait de vache est une réaction d’hypersensibilité au lait de ce mammifère pourtant bienveillant, faisant intervenir le système immunitaire par l’intermédiaire des IgE. Les manifestations cliniques sont multiples : le plus fréquemment sous forme de troubles au niveau du tractus gastro-intestinal (reflux gastro-oesophagien, diarrhée,...), ensuite viennent les affections du système respiratoire et de la peau. Il n’est pas rare que la sphère oto-rhino-laryngologique soit également touchée et dans les cas les plus graves, l’enfant peut faire un choc anaphylactique. Les conséquences pour le nourrisson peuvent être importantes, allant d’une cassure de sa courbe de croissance jusqu’au décès dans des cas tout à fait extrêmes.

Reconnaître et éviter

La première étape du diagnostic consiste en un interrogatoire minutieux : terrain personnel et familial, allaitement, sevrage, diversification, type de symptômes ... Si cette enquête est bien conduite, la coïncidence répétée entre les symptômes et la prise de lait de vache apparaît rapidement et fait soupçonner l’implication de cet aliment. La conviction est encore plus forte s’il y a un terrain favorable (antécédents personnels et/ou familiaux d’allergies, atopie, etc.) et si les manifestations cliniques sont typiques ou encore si d’autres manifestations allergiques sont présentes. Après cette étape primordiale, des tests cutanés peuvent être réalisés si nécessaire: prick-test pour l’allergie immédiate et patch test pour l’allergie retardée. Si les tests cutanés sont négatifs, il est recommandé de doser les IgE spécifiques dans le sang. En ce qui concerne le test de provocation orale (TPO), si le prick-test est positif, il est inutile voire, dangereux de l’utiliser pour le diagnostic des allergies IgE médiées.

Lorsque la réalité est ainsi cernée, le traitement consiste essentiellement en l’éviction de l’aliment incriminé. Il faut en premier lieu insister sur le maintien de l’allaitement maternel, la sensibilisation lors d’un allaitement exclusif par le passage d’antigènes ne se produisant seulement que dans 0,5% des cas. Néanmoins, la vigilance est de mise et il est utile de prescrire un régime d’éviction des protéines de lait de vache à la mère, sous surveillance diététique. Il sera bon aussi de prévoir une supplémentation en calcium, dont les apports sont fortement réduits si les produits laitiers sont écartés de l’alimentation.

Des alternatives

Si l’allaitement ne peut-être maintenu, la prise en charge chez le nourrisson consiste, comme on vient de le dire, en la suppression des apports en protéines de lait de vache, en les substituant par une préparation artificielle contenant des protéines hydrolysées. Il en existe un certain nombre sur le marché. Certaines de ces préparations pour nourrissons peuvent contenir des pré- et probiotiques et leur teneur en lactose est réduite, voire nulle. Si l’enfant présente des signes de malabsorption associés à des symptômes digestifs, il convient de recourir à des diètes semi-élémentaires (DSE) qui contiennent des triglycérides à chaîne moyenne (MCT), ne devant pas être estérifiés pour pénétrer dans l’organisme. Ces produits présentent l’avantage de ne pas contenir de lactose. Si malgré l’utilisation de ces laits artificiels, il subsiste encore une réactivité aux traces de protéines de lait de vache qu’ils contiennent, il est alors nécessaire d’opter pour une diète élémentaire contenant des acides aminés libres.

Chez les enfants dont l’alimentation est déjà diversifiée, le traitement est l’éviction pure et simple des aliments renfermant des protéines de lait de vache (produits laitiers, pains au lait, viennoiseries, viandes préparées, purée en flocon, chocolat au lait,...).

L’utilisation de « laits de soja » est déconseillée car l’allergie au soja et celle aux protéines de lait de vache sont souvent intimement liées. De même, il convient d’éviter les laits d’autres mammifères tels que chèvre, jument, brebis, ... car des allergies croisées avec le lait de vache sont possibles et de plus, ces laits ne conviennent pas d’un point de vue nutritionnel (trop de protéines, carences en acides gras essentiels, en vitamines et minéraux). Enfin, les jus végétaux (noisettes, amandes, riz,...) sont également à proscrire car ils ne couvrent pas les besoins de l’enfant et surtout car certains d’entre eux véhiculent des allergènes puissants pouvant provoquer d’autres allergies à un enfant prédisposé.

Entre 18 mois environ 4 ans, les signes d’allergie disparaissent et l’enfant est à nouveau capable de supporter les protéines lactées.

Faire le bon choix

Dans les cas où l’enfant fait partie d’une famille atopique, c’est-à-dire une famille présentant des antécédents d’allergie aux protéines de lait de vache chez un des parents, voire les deux ou dans la fratrie, il encourt un risque d’être victime lui aussi de cette affection. Il convient alors d’adopter une stratégie de prévention. Dans un premier temps, il est nécessaire de ne donner que du lait maternel à l’enfant, et ce jusque 6 mois (diversification tardive), afin d’induire une tolérance à l’allergène. Si le nourrisson n’est pas allaité, il existe dans le commerce des préparations pour nourrissons hypoallergéniques (laits « HA »). Il faut bien les distinguer des laits précités car elles ne peuvent en aucun cas être utilisées dans le traitement de l’allergie aux protéines de lait de vache, ces dernières n’étant que partiellement hydrolysées.

Références :

(Par Alexandre Dereinne, diététicien)

SOURCE : Health and Food

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