L'allaitement maternel : le meilleur choix

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La supériorité du lait maternel sur les préparations lactées est admise de tous. L'amélioration récente des statistiques concernant l'allaitement en France ne doit pas cacher l'ampleur du travail qui reste à accomplir par les professionnels de santé pour que toutes les femmes qui souhaitent allaiter leur enfant puissent le faire, pendant la durée de leur choix.

Un environnement encore peu favorable à l’allaitement

« L’allaitement maternel : le meilleur choix » - Crédit photo : © Alfredo Lopez - Fotolia.com Les 10 recommandations de l’OMS pour permettre un bon démarrage de l’allaitement et l’initiative "Hôpital ami des bébés", lancée par l’Unicef et l’OMS en 1991, sont totalement inconnues du grand public et peu connues des professionnels de santé. Seules 7 maternités françaises ont à ce jour le label "Hôpital ami des bébés", soit environ 1 % des maternités françaises. Les professionnels de santé, en particulier les médecins, ne sont pas assez formés. Les étudiants en médecine n’ont qu’une à deux heures d’enseignement sur ce thème.

L’allaitement n’est pourtant pas un mode d’alimentation comparable au biberon : il lui est largement supérieur et surtout c’est le mode naturel d’alimentation du jeune enfant, dans la continuité de la grossesse. La décision d’allaiter appartient bien sûr aux parents, sous réserve qu’ils soient informés des bénéfices de l’allaitement. Le souci légitime de ne pas culpabiliser les mères qui ne veulent pas allaiter ne justifie pas pour autant l’absence d’information de celles qui envisagent d’allaiter. L’information ne doit pas être trop médicalisée. Le message doit s’articuler sur deux axes principaux :

  1. le lait maternel est le meilleur pour l’enfant : c’est le modèle de croissance biologique de référence pour l’être humain.
  2. le geste de l’allaitement est valorisant pour la mère et lui procure un véritable plaisir de rencontre avec le bébé, partagé avec celui-ci.
La France sort d’une période où l’émancipation de la femme donnait à l’allaitement une connotation d’extrême servitude, alors que dans les pays du Nord, les mouvements féministes revendiquaient au contraire l’amélioration des conditions de l’allaitement. Il en a résulté des discours négatifs et des idées reçues, qui renforcent l’émergence de nombreuses peurs chez les mères : abîmer son corps, être envahie par un bébé exigeant, ne pas être "à la hauteur".

Le taux d’allaitement au sortir de la maternité n’était que de l’ordre de 60 % en France en 2004, avec de fortes disparités régionales, et la durée médiane de l’allaitement était de l’ordre de 10 semaines.

Les bénéfices de l’allaitement

Ces bénéfices concernent aussi la mère. La perte de poids est plus rapide dans les 6 premiers mois du post-partum. Le risque de cancer de l’ovaire et de cancer du sein est diminué avant la ménopause, alors que la prévalence de l’ostéoporose est réduite après la ménopause.

L’influence éventuelle du mode d’alimentation pendant la petite enfance sur l’état de santé et l’apparition de maladies plus tard dans la vie, en particulier à l’âge adulte, est très difficile à démontrer. Pour des raisons éthiques évidentes, il n’est pas question d’envisager des études randomisées comparant l’allaitement et l’alimentation avec un lait artificiel, ce qui induit des biais de recrutement et des variables de confusion : en France, les femmes qui allaitent sont plus volontiers issues de milieux socio-culturels plus favorisés et plus à l’écoute des recommandations de santé.

Il n’y a pas de "mauvais" lait. La composition et la quantité de lait produite au cours de l’allaitement sont très peu influencées par l’état nutritionnel de la mère, sauf en cas de dénutrition patente ou de comportement alimentaire aberrant. Toutes les femmes peuvent donc avoir une quantité suffisante de lait si elles sont en confiance. L’allaitement exclusif permet une croissance normale jusqu’à l’âge de 6 mois. A condition d’être complété par la diversification alimentaire à partir de l’âge de 6 mois, il peut être poursuivi, selon les recommandations de l’OMS, jusqu’à l’âge de 2 ans ou davantage si c’est le souhait du couple mère-enfant.

La prévention des infections (otite moyenne aiguë et diarrhée aiguë) est de loin le principal bénéfice-santé de l’allaitement exclusif, sous réserve d’une durée d’au moins 3 mois.

L’effet préventif de l’allaitement maternel vis-à-vis de l’allergie n’est retrouvé que pour la dermatite atopique chez les enfants à risque d’allergie (ayant un parent du 1er degré - père, mère, frère ou soeur - allergique), ce qui représente près de 30 % de la population. Ce rôle protecteur est transitoire, et ne s’exerce que si l’allaitement est exclusif et prolongé durant au moins 4 mois.

L’allaitement est associé à une moindre prévalence du surpoids et de l’obésité, avec une réduction du risque de l’ordre de 20-25 % pendant l’enfance et l’adolescence par rapport aux enfants non allaités, avec une diminution du risque d’environ 4 % par mois d’allaitement. La poursuite de cet effet bénéfique à l’âge adulte n’a pas été démontrée à ce jour.

Les enfants allaités ont à l’âge adulte une pression artérielle et une cholestérolémie légèrement plus basses que celles des enfants non allaités. La diminution moyenne de la pression artérielle est de l’ordre de 1 à 2 mm Hg pour la systolique et de 0,5 mm Hg pour la diastolique. Chez le nourrisson, la cholestérolémie est plus élevée en cas d’allaitement (différence moyenne = 0,64 mmol/L), alors qu’à l’âge adulte, la cholestérolémie est plus basse en cas d’allaitement dans la petite enfance (différence moyenne = -0,18 mmol/L). Il n’a pas été démontré à ce jour que ces effets favorables sur la pression artérielle et la cholestérolémie influencent de façon bénéfique la morbidité et la mortalité cardiovasculaires à l’âge adulte.

L’éventuel effet protecteur de l’allaitement dans la prévention du diabète de type 1 reste l’objet de débat. S’il existe, cet effet a d’autant plus de chances de se manifester que l’on s’adresse à des enfants ayant un très fort risque génétique de diabète, par leur appartenance à un groupe HLA (Human Leucocyte Antigen) à haut risque. Le risque de maladie coeliaque est réduit de moitié chez les enfants qui sont allaités au moment de l’introduction du gluten, mais il est impossible d’affirmer qu’il s’agit d’une réelle protection au long cours et non d’un simple retard de l’apparition des symptômes. Les données concernant l’effet protecteur contre les leucémies, les cancers et les maladies inflammatoires du tube digestif sont controversées.

Quelles qu’en soient les raisons, psycho-affectives, nutritionnelles ou environnementales, l’allaitement est associé à un bénéfice sur le plan cognitif, certes modeste - quelques points de quotient de développement - mais il serait dommage de ne pas faire bénéficier l’enfant, d’autant qu’il semble persister à l’âge adulte.

Conclusion

L’allaitement est une pratique intime, une pratique culturelle à replacer dans l’histoire de notre société. C’est un droit fondamental à protéger et développer. La promotion de l’allaitement, qui est un objectif spécifique du programme national nutrition-santé (PNNS) lancé en 2001, est aussi une priorité de santé publique. Il serait dommage que de nombreux nourrissons et leurs mères continuent à en être privés en raison du manque d’informations, de conseils et de soutien.

Un "frémissement" en faveur de l’allaitement est palpable depuis quelques années dans notre pays, initié sur le terrain par le mouvement associatif et des professionnels de santé. Le but est que 100 % des femmes qui souhaitent concrétiser un projet d’allaitement puissent effectivement y parvenir pendant la durée de leur choix. C’est en tout cas le devoir du professionnel de santé de les informer des avantages de ce projet, et de les soutenir sans relâche si elles le décident.

Références :

  1. Afssa. Le guide alimentaire enfants/adolescents pour les parents. La santé vient en mangeant et en bougeant. Guides alimentaires du Programme national nutrition santé, 2004.
  2. Agency for Healthcare Research and Quality. Breastfeeding and maternai and infant health outcomes in developed countries. AHRQ Publication N° 07-E007, April 2007, 524 pages.
  3. Anaes. Allaitement maternel. Mise en oeuvre et poursuite dans les 6 premiers mois de vie de l’enfant. Recommandations pour la pratique clinique, 2002.
  4. Baby-friendly Hospital Initiative.
  5. Dutch State Institute for Nutrition and Health. Van Rossum CMT, Büchner FL, Hoekstra J. Quantification of health effects of breastfeeding. Review of the literature and model situation. RIVM Report 350040001/2005.
  6. Ministère des Solidarités, de la Santé et de la Famille, et Société française de pédiatrie. Allaitement maternel. Les bénéfices pour la santé de l’enfant et de sa mère. Fascicule PNNS, 2005, 72 pages.
  7. World Health Organization. Horta BL, Bahl R, Martines JC, Victora CG. Evidence on the long-term effects of breastfeeding. Systematic reviews and meta-analyses. WHO Press, World Health Organization, Geneva, Switzerland, ISBN 9789241595230,2007. 52 pages.
  8. World Health Organization. International Code of Marketing of Breastmilk Substitutes, Geneva, 1981, 24 pages. ISBN 9241541601.

(Pr. Dominique Turck, Hôpital Jeanne de Flandre, Lille - Symphosium IFN « Nutrition de la conception à l’enfance » de l’Institut Français pour la Nutrition - 05 février 2009)

SOURCE : Institut Français pour la Nutrition

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