L’allaitement maternel, chouchou des pédiatres

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Très régulièrement, de nouvelles études viennent célébrer les bienfaits du sein maternel pour les tout-petits. Sans en faire un impératif ni dévaloriser l’alimentation au biberon, elles ont tendance à accorder à l’allaitement quelques « plus » pour l’enfant, et même pour sa mère...

Le rôle possible de l’allaitement maternel dans la prévention des allergies est souligné avec constance dans les études récentes. On a ainsi évalué le risque d’asthme chez plus de 5.000 enfants d’age préscolaire, suivis pendant les 4 premières années de leur vie [1]. Les enfants qui n’avaient jamais été nourris au sein, qui l’avaient été très peu ou de manière non exclusive, ont rencontré plus de symptômes respiratoires que les enfants allaités par leur mère pendant les 6 premiers mois : respiration sifflante, souffle court, toux sèche, toux grasse persistante… Les différences les plus notables entre les enfants allaités et non allaités pouvaient être observées durant les deux premières années de la vie. Pour les auteurs de l’étude, la protection contre les allergies va de pair avec la baisse de fréquence des infections respiratoires.

Sujet plus délicat : on a exploré, au Royaume Uni, les capacités intellectuelles de 12.000 enfants de 5 ans, en recherchant s’ils avaient ou non été allaités par leur mère [2]. Pour le vocabulaire, l’aptitude au raisonnement et l’habileté dans l’espace, l’avantage revenait aux enfants nourris au sein. Les chercheurs évoquent le rôle favorable des acides gras du lait maternel pour le cerveau. Le rôle de certaines hormones et facteurs de croissance présents dans le lait maternel. Le fait que les enfants allaités sont peut-être plus câlinés… Mais il y a tout de même quelques bémols à mettre avant de proclamer que l’allaitement améliore les fonctions cognitives ! On ne sait rien de l’éducation donnée aux enfants, du degré de bien-être de la famille, du quotient intellectuel des parents, etc. Quelques études ont néanmoins produit des résultats comparables, suggérant le rôle du lait maternel dans le développement du système immunitaire et de la fonction cérébrale.

Plus radicale encore, l’analyse de 18 études publiées sur la mort subite du nourrisson met en évidence un risque plus faible en cas d’allaitement maternel exclusif [3]. Mais la santé des enfants ne serait pas seule bénéficiaire de l’allaitement maternel. Dans l’études des infirmières américaines (Nurse’s Health Study), l’état de santé de 56.000 mamans a été suivi pendant 14 ans. Par rapport à celles qui n’avaient pas allaité leur premier enfant ou l’avaient allaité 3 mois ou moins, les femmes qui avaient allaité pendant 6 mois avaient un risque d’hypertension artérielle diminué de 22 % [4]. Là encore, bien d’autres facteurs d’hypertension peuvent intervenir. Mais d’après certaines observations, la pression artérielle peut diminuer après l’allaitement. Des expérimentations animales montrent aussi le rôle favorable de la sécrétion d’ocytocine, impliquée lors de l’allaitement. Pour les chercheurs, un effet direct de l’allaitement sur la pression artérielle pourrait donc aussi exister.

Ces bénéfices sont souvent observés avec l’allaitement maternel exclusif pour une durée de 6 mois ! Autant dire pour une pratique qui n’est pas forcément adoptée ou souhaitée par toutes les femmes. Les exigences sociales vont souvent en sens inverse, mais les données scientifiques continuent à favoriser l’allaitement maternel.

Références
  1. European Respiratory Journal, doi:10.1183/09031936.00178110.
  2. The Journal of Pediatrics, volume 160, n° 1, p. 25-32.
  3. Pediatrics, volume 128, n° 1, p. 103-110.
  4. American Journal of Epidemiology, volume 174, n° 10, p. 1147-1158.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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