L'alimentation riche en graisses et la sédentarité ne seraient pas les facteurs principaux de l'obésité

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Une alimentation riche en graisses et la sédentarité, baptisés « The Big Two » par les scientifiques américains, ont été souvent pointées du doigt pour expliquer l’épidémie d’obésité dans les pays industrialisés et émergents, mais les résultats des recherches actuelles dans ce domaine montrent de plus en plus qu'ils ne représentent qu'une partie du casse-tête constitué de nombreux autres facteurs hétérogènes, non corrélées à l'offre alimentaire ou au niveau d'activité physique.

« L'alimentation riche en graisses et la sédentarité ne seraient pas les facteurs principaux de l'obésité » - Crédit photo : www.maxisciences.com Aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a pire que la consommation de matières grasses et la sédentarité pour entraîner la prise de poids. En effet, des nuits trop courtes, une faible consommation de calcium et une propension à surconsommer de la nourriture dans certaines situations mettraient davantage la table à l'embonpoint. Jean-Philippe Chaput (maintenant à l'Université d'Ottawa), Jean-Pierre Després et Angelo Tremblay, de la Faculté de médecine, et leurs collaborateurs Anders Sjödin, Arne Astrup et Claude Bouchard, en font la démonstration dans un récent numéro de la revue Obesity Facts.

Au cours des dernières années, Angelo Tremblay et son équipe ont mis en lumière la contribution de facteurs tels que la consommation de calcium, la durée du sommeil et la désinhibition alimentaire – une propension à surconsommer des aliments en réponse au stress, aux émotions ou à certaines situations sociales – comme facteurs de risques d'embonpoint. L'importance de ces facteurs par rapport aux poids lourds que sont la consommation de graisses et la sédentarité restait toutefois à établir.

Les chercheurs ont utilisé des données provenant de l'Étude des familles de Québec pour tirer la question au clair. Mise sur pied à l'Université Laval en 1978 par Claude Bouchard et Angelo Tremblay, cette étude a permis de constituer au fil des ans une précieuse banque de données sur plus de 2000 membres de 475 familles de la région. Les chercheurs y ont recours pour étudier l'effet de l'hérédité et de l'environnement sur différentes composantes de la santé, notamment la prise de poids.

L'analyse des données sur les habitudes de vie et la prise de poids de plusieurs centaines de sujets de l'Étude des familles de Québec révèle que le fait de ne pas pratiquer d'activités physiques intenses et d'avoir une alimentation riche en graisses triple le risque d'avoir un surplus de poids. De leur côté, les personnes qui ont de courtes nuits de sommeil, une alimentation pauvre en calcium et une forte propension à la désinhibition alimentaire courent six fois plus de risques. N'importe quelle combinaison de deux de ces trois derniers facteurs produit un risque plus élevé que l'effet combiné des deux facteurs classiques.

« Ces résultats constituent un rappel de la nature multifactorielle de l'obésité, souligne Angelo Tremblay. La consommation de lipides et l'activité physique sont des composantes importantes de l'équilibre énergétique, mais elles n'expliquent pas toute l'histoire. L'échec des régimes qui reposent sur ces deux facteurs montre bien qu'il y a d'autres éléments en jeu. Le sommeil, les vitamines, les minéraux et les polluants, même s'ils n'ont pas à proprement parler de valeur calorique, influencent tout de même les enzymes et les hormones et, conséquemment, la régulation du bilan énergétique. Ces facteurs peuvent concourir à l'échec des régimes amaigrissants en rendant les personnes résistantes à la perte de poids ».

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 46 - numéro 12 - 25 novembre 2010)

SOURCE : Université Laval

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