L'alimentation exclusive au sein entre mythe et réalité scientifique...

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L'alimentation de l'enfant n'a pas seulement une fonction nutritionnelle. Elle joue le rôle d'une médiation pour la création de liens sociaux. Cette conviction, Saskia Walentowitz, ethnosociologie et spécialiste de l'alimentation infantile, se l'est forgée au décours de ses recherches, notamment auprès des Touaregs du Niger.

« L'alimentation exclusive au sein entre mythe et réalité scientifique... » - Crédit photo : © Alfredo Lopez | Fotolia.com Plus encore, la spécialiste affirme : l'idée que la mère seule s'occuperait de l'enfant est un non-sens. L'instinct maternel ne peut se développer entre la mère et l'enfant que si d'autres personnes sont impliquées dans la relation. Cette observation va à rencontre de deux concepts opposés. L'un qui voudrait que l'instinct maternel n'existât pas. L'autre, qui considérerait que les premiers mois de la vie sont totalement fusionnels entre mère et enfant et que l'altérité n'y a pas sa place.

C'est dans cette optique que Saskia Walentowitz s'est penchée sur la question de l'allaitement maternel exclusif (enfant nourri au sein et seulement au sein sans autre apport de nourriture ou boisson). En 2001, l'OMS a fait valoir urbi et orbi, que 6 mois d'allaitement maternel exclusif étaient la norme idéale. Une préconisation qui a suscité des vagues dans certains milieux féministes qui y voyaient la menace d'un retour de la femme au foyer. Argument souvent avancé pour étayer la thèse de l'OMS : la tradition.

De tout temps et dans toutes les civilisations, l'enfant aurait été ainsi nourri au sein pendant de longues périodes. Saskia Walentowitz y apporte un bémol : aucune civilisation n'a adopté l'allaitement maternel exclusif. Il y a toujours eu d'autres apports nutritionnels, fournis par les belles-mères, frères, sœurs, grands parents... « La relation de l'enfant avec le monde se crée ainsi, dès le début dans la multiplicité. »

Le sein et le sain

Pour autant, et même si l'argument de la « tradition » se révèle fragile, la préconisation de l'OMS repose sur des bases solides. Mais ces bases sont scientifiques et ne correspondent pas aux pratiques. Pendant plus de 30 ans, les travaux de recherche se sont succédés ; ils ont conclu qu'il existait un bénéfice réel pour la santé de l'enfant, à un allaitement au sein exclusif. Dans les pays du Sud, ce sont les études sur les mamans touchées par le VIH qui ont fait autorité : le risque de transmission du virus de la mère à l'enfant par le lait maternel est divisé par 2, si la mère pratique un allaitement exclusif (Lancet, 29 mars 2007). Dans les pays développés, les travaux sur la prévalence des allergies chez l'enfant ont convaincu les experts des bienfaits de cet allaitement.

Dans un cas comme dans l'autre, note Saskia Walentowitz, c'est l'immunité, c'est à dire le rapport à l'intrus, qui est en jeu... Une observation qui va bien au-delà de la seule prévention !

(Saskia Walentowitz, Anthropologue - 48èmes Journées d'Etudes AFDN, 10-12 juin 2010)

SOURCE : Journées d'Etudes AFDN

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