L'alimentation des migrants, un exemple « d'assimilation »

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L'alimentation des populations d'origine immigrée en France fait l'objet d'études encore fragmentaires. Pourtant une meilleure connaissance des comportements alimentaires des populations migrantes vivant en France constitue un enjeu de connaissance important pour les différents acteurs des secteurs de l'alimentaire, de l'action sociale et de la santé publique.

L’alimentation des migrants, un exemple « d’assimilation » - Crédits photo : archive.salon.com Lors de la conférence « Que savons-nous de l’alimentation des migrants ? » de l’Institut français pour la nutrition, Bernard Maire (Institut de Recherche pour le Développement, Montpellier) a fait le point des connaissances sur le sujet. Les migrants représentent une part significative de la population française. Si leur alimentation et leur état nutritionnel ont fait l’objet de relativement peu d’études en France, on note cependant d’importantes disparités selon le genre, le lieu de naissance, la génération d’immigration, la durée de résidence ou encore le degré d’acculturation. La relation entre la situation du pays d’origine et celle du pays de migration s’avère en outre particulièrement complexe.

Qu’ils soient de première génération (nés à l’étranger), de deuxième génération (nés en France de parents étrangers), ou de troisième (nés en France de parents nés en France), les immigrés ont un point commun avec les habitants de leur pays d’accueil : ils mangent ! Sans généraliser à outrance, les études menées révèlent quelques tendances :

  • Vietnamiens et Cambodgiens adoptent assez vite le petit déjeuner à la française, remplacent par le poisson et la viande, et abandonnent même la sauce au nuoc man. Les légumes restent présents, mais se diversifient en compagnie des légumes français. La structure potage, plat salé, plat sauté, devient vite une structure à deux plats, voire un seul. Les modes de cuisson perdent de leur variété, faute de temps. l’identité se manifeste toujours dans les familles lors des repas festifs.

  • Chez les migrants maghrébins, les modes de cuisson longs cèdent la place aux fritures et aux grillades. Le petit déjeuner et le déjeuner sont plus souvent pris dehors, le repas du soir reste plus spécifique. Les prescriptions religieuses portent surtout sur l’interdit du porc et de l’alcool, et sur la viande halal. C’est souvent l’homme qui fait les courses pour les produits de base (semoule, pâtes…), les femmes assurant les achats quotidiens. Les enfants importent aussi à la maison des habitudes de l’extérieur : laitages, frites ou pizzas sont souvent adoptés par la famille. Beaucoup de femmes se découvrent aussi adeptes des principes « diététiques » de la cuisine française, partageant avec leurs homologues féminines le souci de la santé et de l’image du corps… Selon la fréquence des retours au pays et nombre de facteurs identitaires, l’alimentation tantôt s’occidentalise, tantôt reste ou redevient plus stricte et spécifique.

  • Les migrants d’origine africaine subsaharienne connaissent une grande diversité de provenances, de cultures et de structures familiales. Les hommes assurent, ici aussi, les achats en gros (viande, riz, farine, huile, tomates en boîtes). Les femmes se chargent du lait, des fruits et légumes des marchés, des boissons gazeuses… On distingue une cuisine sahélienne (mil, sorgho, riz, maïs) et une cuisine forestière (manioc, igname, banane plantain). Dans les deux cas, le plat unique est accompagné d’une sauce qui lui donne du goût et de la valeur nutritionnelle. Pour les éléments de la sauce (huile de palme, gombo, feuilles de légumes, gibiers), les réseaux d’approvisionnement sont importants. Mais on assiste aussi au remplacement du plat du pays par le steak frites, les pâtes ou la purée…

Tout est possible pour les migrants : le maintien plus ou moins fort de la culture d’origine, l‘adoption plus ou moins forte de celle du pays d’accueil, et la coexistence des deux cultures, avec une infinie variété de combinaisons.

Connaissent-ils la surcharge pondérale à l’occidentale ? Parmi les enfants de parents originaires du Vietnam, 4 % seraient en surpoids. D’Afrique subsaharienne, 9%. Du Maghreb, 23 %. De Chine, 27 %. Tendance que l’on observe aussi dans les classes urbaines et aisées des pays d’origine des migrants : la malnutrition est remplacée par la malbouffe !

Pourtant, certaines études montrent que les migrants sont parfois en meilleure santé que les habitants de leur pays d’origine et que ceux de leur pays d’accueil ! Peut-être ceux-là ont-ils gardé ce qu’il y avait de meilleur dans leur mode de vie d’origine et pris ce qu’il y avait de meilleur dans le mode de vie français ! Un exemple « d’adaptations » particulièrement réussie !

(Conférence de Bernard Maire à l’Institut français pour la nutrition (IFN). Lettre scientifique de l’IFN n°129.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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