L'alimentation des ados vue par les anthropologues

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« Les ados et l'alimentation, c'est forcément la malbouffe ! » ou « La diététique, il ne faut pas leur en parler, ils disent que ça les gave » ... ou encore « La cantine, pour eux, c'est l'horreur » ... Au-delà des discours convenus et idées générales des adultes, les résultats du programme de recherche en sciences sociales AlimAdos permettent au contraire de découvrir les aspects méconnus des alimentations adolescentes et fournit les clefs pour mieux comprendre les jeunes et savoir leur parler.

« L’alimentation des ados vue par les anthropologues » - Crédit Photo : © OCHA AlimAdos est un programme de l’OCHA soutenu et cofinancé par l’ANR (Agence nationale de la recherche). Il s’agit d’une recherche qualitative basée sur des enquêtes de terrain qui a été menée pendant 3 ans en partenariat avec deux laboratoires du CNRS situés en Alsace et en PACA, deux régions représentatives de la diversité française. Quinze chercheurs y ont participé, plus de 500 familles ont été enquêtées, plus de 1.500 entretiens ont été réalisés et des centaines d’observations ont été menées dans les différents lieux où se déroule la vie des ados.

L’objectif était de porter un regard nouveau sur l’alimentation des adolescents, en dépassant les stéréotypes et les points de vue « adultocentriques ». La recherche a été menée avec les méthodes qualitatives de l’ethnologie et de l’anthropologie, qui ont permis d’écouter les ados, mais aussi de voir et de comprendre leurs pratiques alimentaires en situation.

Les adolescents mangent-ils aussi mal qu’on l’entend dire ?

C’est une idée d’adulte, que les ados reçoivent et partagent trop souvent ! L’enquête conduit à des appréciations plus fines. La dimension nutritionnelle est présente dans les propos comme dans les comportements des adolescents. Ils entendent des discours sur l’alimentation, réfléchissent à ce qu’ils mangent, se représentent les effets des aliments sur leur corps. Ils connaissent les normes, savent quand ils les transgressent, et même sont imprégnés de morale alimentaire, d’idées de restriction...

Par ailleurs, leur style d’alimentation les aide à construire leur identité et à marquer leurs frontières : le choix d’aliments « nomades » faciles à emporter (hamburgers, frites, mais aussi yaourts à boire et fromage en portions... ) traduit une recherche de simplicité, de mobilité, de rapidité... Mais ils savent aussi revendiquer un droit au plaisir alimentaire et même à une certaine gastronomie, qui valorise l’aspect des aliments, le frais, le cru, le croquant...

Les ados gardent-ils un lien avec une certaine tradition alimentaire ?

La meilleure cuisine reste souvent pour eux la cuisine de leur grand-mère ou celle de « la maison ». Leurs modes de consommation décontractés ne sont pas irréductiblement opposés à la cuisine familiale. Souvent décrié ou transgressé entre 13 et 17 ans, le repas de famille est fréquemment « récupéré » ensuite, vers 17-18 ans...

S’ils aiment la pizza, le kebab ou les pâtes, les ados ne dédaignent pas les plats traditionnels : toasts au foie gras, choucroute, bouillabaisse, plateau de fromage, et même cuisses de grenouille ou bouchées à la reine ! La figure de la grand-mère cristallise souvent le « bien manger », symbolisant surtout le temps qu’il est bon de prendre pour manger... A condition de ne pas être théorique et normative, l’éducation alimentaire des adolescents semble possible si elle est liée au goût, au plaisir et à la convivialité.

Entre image du corp, normes nutritionnelles et éducation alimentaire

Les résultats d’AlimAdos suggèrent de regarder ces jeunes comme des mangeurs qui entendent des discours sur le bien et le bon manger, réfléchissent à ce qu’ils mangent, se représentent les effets des aliments sur leur corps. Des mangeurs qui connaissent les normes, négocient avec, ne sont pas dupes des écarts entre leurs discours et leurs comportements alimentaires...

(Propos recueillis par Nutrinews auprès d’Annie Hubert, anthropologue, directrice scientifique au sein du programme AlimAdos)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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