L'agriculture au coeur des enjeux du XXIe siècle

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Dans le cadre de l'opération « Parlons agriculture », initiée avec le lancement du site internet www.parlonsagriculture.com en février dernier, véritable espace d'échange, de dialogue et de partage d'idées ouvert à tous dans le cadre d'une démarche globale visant à informer, à échanger et à faciliter le dialogue entre agriculteurs et citadins, s'est déroulé hier au palais Brongniart à Paris en présence de Michel Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche et de Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, la journée de rencontres et débats « Qu'est-ce qu'on mange ? », occasion de replacer l'agriculture au coeur de notre société et de resserrer les liens essentiels entre agriculture et alimentation, entre politiques agricoles et politiques alimentaires.

« L’agriculture au coeur des enjeux du XXIe siècle » - Crédit photo : © Alexandre Glouchkoff - i-dietetique.com C’était le premier des trois temps forts prévus au cours des quelques semaines qui nous séparent du début de présidence française de l’Union européenne, trois rencontres ouvertes au public organisées les 23 avril et 21 mai à Paris et le 3 juillet à Bruxelles, ayant pour ambition de replacer l’agriculture au coeur des débats et de renouer le dialogue entre citadins et ruraux autour de sujets fédérateurs comme notre alimentation ou les cultures de demain.

L’agriculture est de retour. Non qu’elle ait disparu, mais elle semblait s’éloigner des préoccupations quotidiennes de la plupart de nos concitoyens. Cette insouciance relative est le signe d’une réussite exceptionnelle : celle de la PAC qui a permis aux Européens d’assurer leur sécurité alimentaire et à la France d’avoir l’une des agricultures les plus dynamiques et les plus performantes au monde.

De nouveaux défis à l’échelle planétaire nous rappellent que l’agriculture conditionne nos existences :

  • Le défi alimentaire, tout d’abord. La planète devra, d’ici 2050 nourrir plus de 9 milliards d’hommes. Cela signifie qu’en quatre décennies, la production agricole mondiale devra doubler.
  • Le défi climatique et environnemental. Il bouleverse les écosystèmes, contraint les terres arables et impose de produire mieux.
  • Le défi énergétique. L’agriculture est engagée pour faire face à la réduction des énergies fossiles.
  • Le défi de la mondialisation. L’ouverture des marchés, le développement des échanges font surgir de nouveaux risques et imposent de nouvelles règles commerciales.

L’actualité vient de noué le rappeler, terriblement : le monde n’en a pas fini avec la faim, ce fléau le plus ancien de l’aventure humaine. Egypte, Maroc, Indonésie, Cameroun, Mexique, Bolivie... sur tous les continents ressurgissent des émeutes alimentaires, qui arment les hommes et embrasent les sociétés. L’histoire s’est emballée, sous nos yeux : hausse brutale du cours des matières premières, envolée du prix des denrées alimentaires, affolement des marchés mondiaux. Le riz, cette denrée de base pour la moitié de la population mondiale, ce fondement de civilisations millénaires, est au coeur de la tourmente : son cours a augmenté de 54% depuis janvier et les grands pays producteurs restreignent peu à peu leurs exportations. Aujourd’hui, pour les trois milliards d’hommes qui vivent avec moins de deux dollars par jour, le spectre du manque vient cruellement assombrir l’horizon.

Sous d’autres cieux, les nôtres, la faim s’est éloignée depuis longtemps, les pénuries ont disparu et la sécurité alimentaire semble assurée pour chacun. Pourtant, paradoxalement, l’horizon s’y est également brouillé sous le coup de peurs nouvelles. L’irruption récente de pandémies animales menaçantes pour l’homme a fait de l’alimentation, ce geste apparemment simple et quotidien, l’objet de toutes les méfiances. Crise de la « vache folle », grippe aviaire, mise en cause du saumon d’élevage ont révélé soudain que se nourrir pouvait mettre en péril la santé humaine. La sécurité sanitaire des aliments est ainsi devenue la grande question de nos sociétés développées. Dans le même temps, nos régimes alimentaires, si riches en viande et en sucres, plus pauvres en fruits et légumes, ont montré tous leurs risques : maladies cardiovasculaires, obésité en progrès, y compris chez les plus jeunes, nous prouvent, malheureusement, qu’il ne suffit pas de manger pour vivre bien. L’équilibre nutritionnel a ainsi pris place au rang de nos inquiétudes majeures et, finalement, se nourrir n’a peut-être jamais semblé aussi complexe dans nos sociétés d’abondance.

Aujourd’hui, où que nous vivions, la grande question posée par le siècle commençant est donc bien celle-ci : comment nourrir l’humanité, bien et durablement ? Et où que nous vivions cette question se pose en des termes cruciaux car, nous le savons désormais, nous ne pouvons plus produire comme nous l’avons longtemps fait : dans l’insouciance des limites du monde, dans l’oubli du réchauffement climatique et de l’épuisement de nos ressources. Nous sommes tous concernés et nous ne pouvons plus l’ignorer. La hausse des prix qui frappe si violemment les pays en développement n’épargne aucune population et le monde riche lui-même n’ignore plus, phénomène nouveau, la malnutrition : enfants qui ne fréquentent plus les cantines scolaires dans les quartiers les plus pauvres, adultes obligés de recevoir une aide alimentaire, alimentation insuffisante chez les plus démunis, tous les habitants des pays les plus riches n’ont pas les moyens de se nourrir. Les conséquences environnementales de l’activité humaine ont également des conséquences sociales.

Manger à sa faim au sud, manger mieux au nord, la réponse à ces enjeux paradoxaux du siècle passera donc nécessairement par l’invention de nouvelles pratiques capables de préserver l’avenir de la planète. L’enjeu est de taille car ce que le monde choisit de produire, où que nous soyons, c’est ce que nous mangeons.

C’est pourquoi, à l’heure des plus grandes inquiétudes, il nous faut renouer le fil rompu entre les sociétés et ceux qui produisent pour les nourrir. La méfiance a grandi entre deux mondes qui souvent, et sans doute de plus en plus, se connaissent mal et se parlent peu. Le monde agricole a changé, il répond de mieux en mieux aux attentes nouvelles des opinions : cela, je le sais puisque je le connais et dialogue avec lui. En revanche, nos sociétés le savent moins et les peurs s’entretiennent. C’est pourquoi il faut ouvrir le débat, laisser se dire les inquiétudes et les questions, entendre celle qui, trop longtemps, s’est trouvée écartée du débat agricole : la société. Là est le sens profond de cette conférence : construire l’échange, tisser un dialogue inédit, donner toute sa place à la parole publique pour que l’agriculture revienne, sereinement, au cœur de notre monde.

(Michel Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche)

L’agriculture n’est pas une activité du passé. C’est un actif stratégique pour l’Union Européene (UE) et pour la France. L’agriculture demeure l’un des pivots de la compétitivité française, elle constitue une spécialisation solide de notre appareil productif. L’agriculture de demain est l’un des instruments pour une croissance durable et territorialement équilibrée. L’agriculture sera l’une des clés de ce que l’on appelle l’éco-croissance.

C’est dans ce contexte que les Européens sont appelés à réviser leur politique agricole commune. Le moment est venu de dessiner les contours d’un nouveau pacte alimentaire, agricole et territorial à l’échelle européenne. Ce ne doit pas être une simple affaire d’experts, mais l’affaire de tous ; la France a une opportunité à saisir avec la présidence de l’Union européenne qu’elle assurera au cours du second semestre 2008.

Pour initier ce dialogue, Michel Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche, a souhaité que soit lancée l’opération « parlons agriculture ». Tout au long de cette opération, c’est l’ensemble des acteurs qui est invité à débattre, à confronter leur point de vue et à sortir des idées reçues : agriculteurs, professionnels, experts, représentants de la société civile, responsables politiques ou simples citoyens. Le site parlonsagriculture.com offre un espace de dialogue ouvert à tous.

Au cours des quelques semaines qui nous séparent du début de présidence française de l’Union européenne, trois rencontres ouvertes au public seront organisées à Paris et à Bruxelles.

  • Le 23 avril 2008, la première rencontre a été consacrée à la préoccupation quotidienne qui lie chacun de nous à l’agriculture : l’alimentation. Ce sont nos modes de consommation qui dessinent les contours de l’agriculture de demain. L’enjeu, pour chacun de nous, est de manger mieux. Les politiques publiques de demain, au niveau national comme au niveau européen, auront à relever le triple défi de la qualité, de la diversité et de l’accessibilité pour tous. Notre exigence collective est de lier alimentation de qualité et agriculture durable.

  • Le 21 mai 2008, la deuxième rencontre abordera l’agriculture à l’horizon 2030. Produire plus et mieux tel est bien le défi qu’il nous faut relever. Dans ce contexte, la contribution de la recherche est majeure pour desserrer l’étau de la pollution et de l’appauvrissement des ressources. La voie de l’agriculture écologiquement intensive passera par la recherche.

  • Le 3 juillet 2008, à Bruxelles, une dernière rencontre nous ramènera à la finalité première de l’agriculture : nourrir la planète, donner à chaque peuple les moyens de sa souveraineté alimentaire. Les interrogations sont multiples et les enjeux décisifs pour toutes les régions du monde.

Ces rencontres destinées à tous mobiliseront des acteurs, des personnalités de plusieurs pays européens et d’autres continents. L’agriculture a été l’une des premières causes communes européennes. Elle est une des premières causes mondiales. Dans cette démarche, nous n’avons pas la prétention d’apporter des réponses toutes faites ou de donner de grandes leçons. Mais nous avons une ambition : contribuer à défricher l’avenir commun.

En Europe, nous avions peu à peu perdu la mesure et la conscience des nécessités et des réalités de l’agriculture. La marche accélérée de la planète nous ramène à l’essentiel. Alors parlons agriculture !

Pour de plus amples informations, consultez www.parlonsagriculture.com

SOURCE : Ministère de l’Agriculture et de la Pêche

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