L'activité physique aide à lutter efficacement contre le cancer

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Avoir une activité physique (1) est une source de bien-être du corps et de l'esprit. On sait même désormais que cela diminue les risques d'avoir un cancer, études scientifiques à l'appui. De récentes expériences, en France, montrent que l'exercice physique permet aussi aux patients de mieux sortir de la maladie.

« L’activité physique aide à lutter efficacement contre le cancer » - Crédit photo : Vivre n°342 Au xixe siècle, on pensait que le corps disposait d’une réserve énergétique qu’il fallait économiser pour vivre plus vieux. Le coeur était même présenté comme une pile dont le nombre de battements était limité. Dans ce contexte, toute activité physique ne pouvait qu’empiéter inévitablement sur la durée de vie... Les croyances sont tenaces. Pour leur tordre le cou, il aura fallu que les médecins s’attellent à démontrer le contraire. C’est aujourd’hui chose faite. « Le corps ne s’use que si l’on ne s’en sert pas, assure Stéphane Cascua, médecin du sport et auteur de plusieurs ouvrages sur la question. Qu’il s’agisse des articulations, des muscles ou de l’appareil cardiovasculaire, ils doivent toujours être en action pour bien fonctionner. Rester toujours " en mouvement " est également essentiel pour le bien-être moral et psychique. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes passent leur journée assises devant un ordinateur, cela nécessite de compenser par ailleurs par un minimum d’activité physique et/ou sportive. »

Mieux, l’activité physique jouerait un rôle dans la prévention des cancers. C’est en tout cas la récente conclusion du World Cancer Research Fund – le réseau international des chercheurs en épidémiologie des cancers –, reprise dans le rapport de l’Institut national du cancer (INCa). Elle se base sur de nombreuses études épidémiologiques réalisées dans le monde depuis une dizaine d’années. « Les études montrent notamment que la pratique régulière d’une activité physique réduit en moyenne de 25 % le risque d’avoir l’un des deux cancers les plus fréquents (sein, côlon), indique Hélène Sancho-Garnier, épidémiologiste et directrice scientifique du centre Epidaure, département prévention du centre de lutte contre le cancer à Montpellier.

Au-delà des chiffres, les chercheurs en ont découvert les raisons biologiques. L’une d’elles est liée à l’insuline qui a pour rôle de faire baisser le taux de sucre dans notre sang. » Lorsque l’on fait régulièrement de l’exercice physique, on consomme naturellement les sucres contenus dans notre corps ; on a ainsi moins besoin d’insuline, et donc moins besoin d’en fabriquer. Or l’hormone qui stimule la fabrication de l’insuline est un « facteur de croissance » qui joue un rôle majeur dans la multiplication cellulaire et donc dans le risque d’avoir un cancer. L’activité physique contribue également à réduire d’autres hormones de type « facteurs de croissance » qui augmentent les risques d’avoir un cancer, comme par exemple les oestrogènes. L’activité physique fait donc baisser la probabilité d’avoir un cancer.

Un bénéfice également pour les malades

Si l’activité physique permet de prévenir des cancers, elle est également bénéfique pour les malades. Autrement dit, une personne qui a l’habitude d’être régulièrement active serait mieux armée pour affronter un cancer. Qu’on le veuille ou non, le temps de la maladie s’accompagne toujours d’une perte de condition physique liée à l’inactivité et à la fatigue due aux traitements. Mais les « actifs » seraient avantagés pour « remonter la pente ». Pour Stéphane Cascua, « des études ont montré que la chance de survie augmentait avec la “VO2 max”, c’est-à-dire la capacité d’une personne à réaliser un effort physique. Autrement dit, un corps fatigué mais qui fonctionne bien est un corps qui va mieux tolérer la fatigue et mieux se battre contre la maladie. »

Pour les malades du cancer ou les personnes en rémission, la pratique d’un exercice physique régulier est aujourd’hui de plus en plus conseillée par les médecins. Les sédentaires sont particulièrement concernés. Il n’est jamais trop tard pour bouger. Le service Apeseo (Activités physiques et soins esthétiques en oncologie) mis en place en 2008 par la Ligue nationale contre le cancer va dans ce sens. Ce service propose aux personnes malades de pratiquer une activité physique adaptée pendant et après leur traitement. L’activité physique adaptée permet aux personnes malades de récupérer des capacités physiques souvent amoindries du fait de la maladie et des traitements et aussi de les aider à se resocialiser en pratiquant une activité de groupe avec d’autres personnes touchées par la maladie. « L’activité physique adaptée est un bon moyen de lutter contre la fatigue qui s’installe, précise Patrick Michaud, responsable du département de soins de support de l’Institut de cancérologie de la Loire à Saint-Etienne et l’un des promoteurs du projet Apeseo. Bien entendu, pendant les traitements, il n’est pas toujours facile de rester actif du fait des effets secondaires. Mais ensuite, il est important de se réadapter, c’est-à-dire de se remuscler, de retrouver de l’endurance à l’effort et la confiance en ses capacités d’avant la maladie. Autrement dit, à se reconditionner à la vie normale. »

Trouver la bonne intensité

Une grande étude américaine (*) a montré que les effets bénéfiques de l’exercice physique se faisaient sentir à partir de 500 kilocalories d’énergie dépensées par semaine, ce qui équivaut à un minimum de 30 minutes de marche à pied par jour. Le bénéfice maximum est atteint lorsqu’on fait l’équivalent de 4 heures de jogging par semaine (soit 2 000 kilocalories). En revanche, audelà de 3 500 kilocalories, on en demande trop à l’organisme et les méfaits dépassent les bienfaits. « L’important est de pratiquer régulièrement une discipline qui nous oblige à faire des efforts, note Stéphane Cascua. La pratique doit être régulière, avec un minimum d’intensité. Pour trouver la bonne intensité, je dis qu’il faut pouvoir “parler mais pas chanter” : si on peut chanter pendant qu’on s’adonne à son activité, j’invite à faire plus d’efforts. Mais si l’on ne peut même plus parler, mieux vaut réduire le rythme afin de prévenir tout pépin physique. »
(*) Etude dirigée par le professeur Ralph Paffenbarger de l’Université de Stanford aux États-Unis.

Reprendre goût à la vie

C’est également le pari qu’a fait le docteur Thierry Bouillet, oncologue radiothérapeute à l’hôpital Avicenne de Bobigny en région parisienne. Il y a une dizaine d’années, il a créé une association sportive, la Cami (Cancer arts martiaux et informations - Informations disponibles sur www.sportetcancer.com), spécialement dédiée à ses patients. J’étais désemparé de voir des personnes en voie de guérison mais qui n’arrivaient pas à reprendre goût à la vie, se souvient-il. Or il se trouve que j’étais moi-même un pratiquant karateka de longue date et je savais tout ce que cela m’apportait. J’ai fait le pari de les emmener dans cette aventure. Et ça a marché ! Avec un ami professeur de karaté et ancien membre de l’équipe de France, Jean-Marc Descotes, le médecin a ouvert en 1998 un cours à Neuilly-sur-Seine, puis un deuxième cette année à Bobigny. Deux à trois fois par semaine, les patients-élèves viennent y pratiquer le karatédo, par groupes de dix. C’est un sport qui répond bien à leurs besoins, explique Thierry Bouillet. Contrairement à l’idée qu’on s’en fait, il n’y a aucune violence dans les échanges. Les cours sont adaptés en fonction des limites de chacun, l’apprentissage est progressif et l’on travaille à plusieurs, ce qui permet d’entamer un processus de resocialisation. Cet art martial réunit des valeurs qui rejoignent parfaitement la problématique des personnes qui ont besoin de se " reconnaître soimême " et de retrouver de la confiance : la maîtrise des émotions, la sérénité, la recherche du geste juste, la disponibilité et la mobilité du corps, et enfin l’art symbolique du combat... contre la maladie !

Depuis sa création, près de 400 élèves, âgés de 28 à 75 ans ont suivi les cours. Dans le cadre d’une étude, Thierry Bouillet a pu évaluer les bénéfices sur leur qualité de vie. Mieux, des études similaires ont démontré que leur taux de récidive était deux fois moindre que ceux qui n’avaient pas repris d’activité physique ou sportive. Tout se passe comme si les personnes reprenaient véritablement leur vie en main, comme en témoignent leurs commentaires recueillis par le médecin. Cela me redonne l’énergie morale et physique , affirme Marie-France. On se rend compte que, malgré la fatigue, on arrive à faire quelque chose et ça nous surprend , confie Jemina. Il y a beaucoup d’amitié et d’entraide. Nous savons que nous pouvons parler et que nous sommes compris , note Dominique. Je croyais mourir assez vite. Je ne suis pas mort ! se réjouit Jean-Luc.

Des professeurs spécialisés

La pratique d’une activité physique permet aux malades et aux patients en rémission de retrouver plus facilement le chemin de leur vie. Les expériences telles que le service Apeseo ou la Cami de Thierry Bouillet gagnent en effet à être généralisées. Elles se font avec l’aide de professeurs spécialisés – des professeurs d’activités physiques adaptées (APA) ou des éducateurs médico-sportifs –, qui connaissent la pathologie du cancer. Ces derniers sont capables d’évaluer les risques de chacun (insuffisances cardiaques, respiratoires, dénutrition, fragilités osseuses, etc.) en lien avec un médecin référent en oncologie et de proposer une reprise progressive et personnalisée. Réservées aux anciens malades, ces séances spéciales permettent, de surcroît, de se « reconstruire » physiquement et moralement à l’abri du regard des autres. « Le but dossier Activité physique étant de leur remettre le pied à l’étrier afin qu’ils puissent reprendre ensuite une activité comme tout individu normal », conclut Patrick Michaud.

L’exercice aide à lutter contre la dépression

Selon Stéphane Cascua, médecin du sport, la souffrance morale se caractérise notamment par une apathie, une lenteur intellectuelle. Or l’exercice physique impose la programmation d’un mouvement. Il réveille le cerveau. Les disciplines à la gestuelle répétitive, comme le jogging ou le cardio-training, ont prouvé leur efficacité. D’un point de vue psychologique, l’exercice embellit la silhouette et permet de se réconcilier avec son image corporelle. La gymnastique et la musculation légère se révèlent alors essentielles pour le moral. Grâce aux activités de groupe, il est plus facile de tisser un nouveau lien social et amical. Se réunir dans une ambiance chaleureuse et dynamique, autour d’un projet partagé, est souvent à l’origine d’un soutien mutuel, source d’un réel bien-être affectif. Une raison supplémentaire pour continuer à faire une activité physique lorsque l’on a un cancer.

(1) Avertissement aux lecteurs : Nous parlons bien ici d’activité physique telle qu’on peut l’accomplir quotidiennement (marche d’un bon pas, jardinage, faire son ménage, etc.). Il ne s’agit donc pas de parler de sport, encore moins de sport de compétition dont l’utilité en termes de prévention des cancers n’est pas démontrée.

Pour de plus amples informations, consulter le dossier complet dans le magazine trimestriel de la Ligue nationale contre le cancer, "Vivre et Agir contre le Cancer" n°342, disponible en kiosque à partir du 24 juin 2009.

(Par Yves Lusson, Dossier : "L’activité physique, l’arme utile contre le cancer" - Vivre : Ligue contre le cancer)

SOURCE : Ligue contre le cancer

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