Intolérances et allergies au lait : à relativiser !

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On se fait parfois peur avec les mots. Et même, ces derniers temps, quand il s’agit du lait ! Souvent mal connues, confondues, surestimées, l’intolérance au lactose et l’allergie aux protéines du lait de vache font du buzz. Le point sur des données toutes récentes et les solutions pratiques qui en découlent.

L’intolérance au lactose, c’est l’histoire d’un malentendu

Le lactose, ou sucre du lait, est digéré par la lactase, enzyme dont l’activité décroît normalement à partir du sevrage. Du moins dans une bonne part de la population mondiale. Chez d’autres, comme la plupart des Européens, l’activité de la lactase se maintient grâce à une mutation sur le chromosome 2, survenue 4000 ans avant JC (1) !

Mais s’il y a diminution de l’activité lactasique, cela ne signifie pas impossibilité à digérer le lait, comme on l’entend souvent : il reste toujours de la lactase, dont le niveau varie selon les sujets. L’intolérance au lactose, caractérisée par des troubles digestifs, ne s’observe que lorsque la quantité de lactose consommée dépasse les capacités de la lactase disponible (1, 2).

Dans ce cas, une partie du lactose n’est pas digérée dans l’intestin grêle et parvient au côlon, où elle est fermentée par les bactéries, tout comme les fibres. D’où la possibilité de ballonnements, douleurs abdominales et diarrhée. Tout est donc une affaire de quantité de lactose, à adapter à chacun.

Les Français sont plutôt protégés

En France, on estime que la baisse de l’activité lactasique concerne 10 à 50 % des adultes (1), avec de fortes disparités entre le Nord (plus tolérant au lactose) et le Sud (moins tolérant). Mais l’intolérance au lactose est, elle, relativement rare : 6 à 10 % des adultes Français ont des troubles digestifs quand ils absorbent 12 g de lactose en une seule fois, soit 1/4 litre de lait (1).

Ce qui signifie que plus de 90% de la population peut boire un bol de lait sans aucun problème. Les études relèvent d’ailleurs que beaucoup de personnes se croient à tort intolérantes. Soit parce que les troubles ont une autre cause, comme le fréquent syndrome du côlon irritable. Soit parce que certains peuvent « somatiser » (3). C’est-à-dire manifester des symptômes alors que le test à l’hydrogène - qui permet d’évaluer objectivement la malabsorption du lactose - montre qu’elles n’ont pas d’intolérance.

Inutile d’abandonner les produits laitiers

Conséquences de l’intolérance, réelle ou supposée : les consommateurs ont tendance à supprimer ou à diminuer fortement leurs apports de produits laitiers. Et à se priver de nutriments importants comme le calcium, le potassium ou la vitamine D. Ce qui peut augmenter le risque de plusieurs maladies chroniques : ostéoporose bien sûr, mais aussi diabète ou hypertension (4) !

En pratique, des solutions existent dans tous les cas. En cas de maldigestion, la pratique médicale aujourd’hui consiste à supprimer le lactose pendant 4 semaines, puis à le réintroduire progressivement dans l’alimentation pour déterminer le seuil de tolérance. La restriction totale ne dure pas plus d’une courte période. En définitive, il est pratiquement toujours possible de consommer jusqu’à 10-15 g de lactose par jour (2).

Au moins la valeur d’un bol de lait (un quart de litre), en plusieurs fois ou en association avec d’autres aliments. Sans oublier de compléter par les fromages affinés ou les yaourts, dépourvus de lactose. Rien ne justifie un régime strict, nutritionnellement défavorable (1,2).

L'allergie au lait : précoce et transitoire

L’allergie aux protéines du lait de vache touche 2 à 3 % des jeunes enfants. Elle est très rare chez l’adulte (surtout concerné par les allergies aux fruits et légumes) et guérit dans la plupart des cas avant l’âge de 3 ans. Elle est aussi souvent surestimée : sans un diagnostic médical précis, l’éviction du lait est injustifiée, voire dangereuse, soulignent les pédiatres français (5).

Le traitement consiste à remplacer provisoirement le lait par des hydrolysats de protéines de lait. Erreurs à ne pas faire : remplacer le lait de vache par des jus végétaux (amande, châtaigne, noisette…) à l’origine de carences nutritionnelles. Les laits de chèvre, brebis ou autre mammifères, les produits à base de soja sont aussi à éviter, car ils sont source de réactions allergiques pouvant être sévères (6).

Vers 9-12 mois, on peut déjà tenter un test de tolérance à l’hôpital, qui permettra une réintroduction progressive des protéines du lait à la maison. Les stratégies actuelles des pédiatres français consistent à accélérer le plus possible l’acquisition de la tolérance au lait, ce qui semble facilité par l’exposition répétée aux protéines du lait.

Références

  1. Burgain J, et al. Cah Nutr Diét 2012 ;47 :201-209.
  2. Usai-Satta P, et al. World J Gastrointest Pharmacol Ther 2012 ; »(3) :29-33.
  3. Tomba C, et al. Alimentary Pharmacol & Therap 2012 ;36(7) :660-669.
  4. Nicklas TA, et al. Am J Clin Nutr 2011 ;94 :191-198.
  5. Dupont C. Br J Nutr 2012 ;107(03) :325-338.
  6. Moneret-Vautrin DA. Com

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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