Intestin et cerveau, une liaison prometteuse

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Le congrès international du projet de Métagénomique de l’intestin humain (MetaHIT), qui a réuni plusieurs centaines de chercheurs à Paris au mois de mars dernier, a permis de prendre connaissance des dernières découvertes concernant le métagénome intestinal humain.

Chaque individu possède dans son tube digestif un écosystème bactérien formé de 10 000 milliards de bactéries, le microbiote intestinal, que l’on appelait autrefois flore intestinale. Ce microbiote, dont le poids peut atteindre 2 kilogrammes, joue un rôle essentiel pour l’individu qui l’héberge.

L’objectif des chercheurs était de définir le profil de ces gènes microbiens intestinaux et de rechercher une corrélation avec l’état de santé de l’hôte.

Il a déjà été démontré que le microbiote intestinal est différent chez les enfants sains et les enfants asthmatiques. Ceci peut être dû, soit à l’administration d’antibiotiques dans les premiers âges de la vie, soit à une naissance par césarienne. En effet, le microbiote intestinal est formé durant l’accouchement par contact avec les bactéries vaginales et fœtales de la mère.

Plus étonnant est le fait qu’il semble que la flore intestinale ait un impact sur les fonctions cérébrales et le comportement.

Ainsi, un traitement d’une semaine par plusieurs antibiotiques provoque chez la souris une perturbation de la composition bactérienne du côlon, un comportement anxieux, mais aussi une élévation du BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), une protéine impliquée dans la survie des neurones de l’hippocampe et de l’amygdale, des régions impliquées dans la mémoire, l’apprentissage et l’humeur. Les rongeurs ont retrouvé un comportement normal après arrêt de l’antibiotique.

Inversement, il semble bien que le cerveau puisse avoir un impact sur le microbiote intestinal. Ainsi, chez des souris devenues anxieuses et sensibles, par ablation des bulbes olfactifs, on a constaté une modification du microbiote intestinal.

Cette mise en évidence d’une relation entre l’intestin et le cerveau est très importante pour des maladies inflammatoires chroniques intestinales comme le syndrome de l’intestin irritable auquel est associée une pathologie psychiatrique dans 60 à 85 % des cas.

Lors de ce congrès, a aussi été exposé le fait que l’établissement d’un vaste catalogue de gènes microbiens intestinaux a permis de montrer que la population humaine possède 40 % de gènes communs, associés par ailleurs à une grande diversité interindividuelle et qu’elle était répartie en trois groupes, chacun caractérisé par une population bactérienne prédominante : Bacteroïdes, Ruminococcus et Prevoletta. Ces groupes sont sans rapport avec l’âge, le sexe ou l’origine géographique. Ceci constitue une avancée considérable, dans la mesure où l’on était persuadé qu’il était impossible de chercher une relation entre l’état de santé et l’immense diversité matérielle intestinale des individus. En fait, il apparaît que les hommes sont assez semblables et répartis en trois groupes. On peut penser que des recherches ultérieures permettront d’avancer encore et d’identifier de nouveaux groupes et peut-être même des sous-groupes.

En savoir plus : Metagenomics of the Human Intestinal Tract

(Jean Brissonnet - Science et pseudo-sciences (SPS) n°301, juillet 2012)

Source : Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS)

SOURCE : Association Française pour l'Information Scientifique

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