Intérêt et degré d'expertise des échelles de qualité de vie dans l'évaluation des ingredients nutritionnels

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L'intérêt des échelles de qualité de vie dans l'évaluation des ingrédients nutritionnels..., un thème assez nouveau dans le domaine alimentaire. Bien connue dans le médicament, cette méthode d'évaluation peut constituer un complément essentiel à un dossier d'allégation. Mais sa rigueur doit être irréprochable afin de permettre d'interpréter au mieux des résultats dont la pertinence est, par nature, difficile à quantifier.

« Intérêt et degré d'expertise des échelles de qualité de vie dans l'évaluation des ingredients nutritionnels » Evaluer l’effet d’un ingrédient nutritionnel conformément aux exigences réglementaires, c'est-à-dire auprès d’une population saine, mais présentant des troubles fonctionnels, demande la même rigueur dans l’utilisation de méthodes de mesure que pour des sujets atteints de pathologie. Les échelles de qualité de vie, évaluation par le sujet lui même de son état de santé par un questionnaire auto-administré, sont reconnues aujourd’hui par la communauté scientifique internationale, et présentent un réel intérêt pour mesurer l’effet d’un ingrédient nutritionnel.

A partir des pratiques développées dans le monde du médicament depuis une trentaine d'années, le professeur Olivier Chassany, directeur de la recherche clinique à l'APHP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris), s'interroge en ouverture de ce débat : "la méthode des échelles de qualité de vie doit-elle s'imposer dans l'alimentaire ?" Partant de la définition de l'Organisation Mondiale de la Santé qui place la qualité de vie au cœur de sa définition de la santé, il commence par affirmer que l'apparente subjectivité du critère ne contredit pas le fondement scientifique de cette méthode d'analyse.

Née dans les années 1950 sous l'impulsion des psychologues et des sociologues, elle a connu, en effet, un important essor dans l'univers du médicament. "La qualité de vie y reste un critère secondaire, mais l'évolution réglementaire laisse à penser que celui-ci va être de plus en plus recommandé par les autorités" estime-t-il. Pourquoi ? Parce qu'on constate que "la corrélation entre des critères objectifs très validés et la perception des patients peut s'avérer assez faible".

Par exemple, des patients interrogés sur des symptômes de reflux œsophagiens se montrent beaucoup plus sévères que leurs praticiens qui tendraient à en sous-estimer les douleurs. "Le meilleur expert pour évaluer les symptômes d'un patient, c'est le patient lui-même" rappelle Olivier Chassany... "à condition de se doter d'outils de mesure rigoureux".

Cette méthode des échelles de qualité de vie va donc reposer sur des questionnaires, soit génériques (le SF 36 pour n'en citer qu'un fameux), soit spécifiques (intégrant, par exemple, le sommeil ou l'alimentation dans le cas de colopathies fonctionnelles), mais dont le contenu sera, dans tous les cas, validé. C'est, en effet, dès son élaboration que se construit la solidité de cette méthode : ainsi, "la génération des items doit déjà être réalisée après des interviews de sujets, complétées par la littérature scientifique et l'avis d'experts.

Suivra une étape psychométrique devant valider le questionnaire sur le plan statistique". Car, avant même d'interroger les sujets, des questions très pratiques vont se poser. Comme celle de la traduction dans le cas d'une étude internationale : comment traduire les concepts et quelle validation linguistique leur accorder ? Autre difficulté : la capacité de mémorisation du sujet face à la "recall period", c'est-à-dire la durée de référence sur laquelle il devra s'interroger.

Un outil bien adapté pour l'alimentaire

Vient enfin la difficulté spécifique de l'application de cette méthode au domaine alimentaire, supposant des essais randomisés au niveau d'une population comparable à la population générale. Il s'agit alors de valider un questionnaire auprès de sujets sains, présentant quelques symptômes, ..."mais pas trop", afin de parvenir à prouver un effet. Professeur de nutrition à la faculté de médecine de Lyon, Ambroise Martin est également expert auprès de l’Afssa et de l’Efsa, les agences française et européenne de sécurité alimentaire. "Au niveau de l'Efsa, nous n'avons pas de souci sur la qualité analytique des échelles de qualité de vie" assure-t-il, "mais il y aura toujours débat sur leur pertinence et, surtout, sur leur interprétation en relation avec l'allégation visée".

Michel Rogeaux, expert consumer science au sein du groupe Danone, témoigne : "on s'aperçoit dans nos études que le consommateur peut très bien percevoir les bénéfices physiologiques à consommer tel ou tel produit, mais ce phénomène reste en effet difficile à quantifier". Et de rappeler qu'"il ne faut pas oublier que le plaisir sensoriel des aliments participe également au bien être du consommateur". Danone a déjà mené trois études pour sa marque Activia dans le domaine du confort digestif. Et le groupe est en phase de réflexion sur une dizaine d'études préalables qui se trouvent confrontées à des dimensions pour l'heure non couvertes par les questionnaires existants. Par exemple, dans le domaine de l'eau minérale, l'énergie, la vitalité, la confiance en soi ou la concentration.

Stéphanie Courau, directeur scientifique chez Merck Médication Familiale, estime précisément que "les industriels tiennent là un outil bien adapté à l'évaluation des effets bénéfiques d'un produit sur la santé des consommateurs. S'il n'existe pas des échelles validées dans tous les domaines, elles s'avéreraient justement très utiles dans le cas de population théoriquement saines". Selon elle, l'arrivée de la directive sur les allégations impose précisément d'élaborer des dossiers encore plus solides.

Un rôle "secondaire" mais complémentaire

Christophe Ripoll, vice-président exécutif R&D de Naturalpha, accompagne justement les industries alimentaires pour valider les effets santé de leurs produits, y compris dans le domaine de la recherche clinique. "Les questionnaires de qualité de vie sont importants comme critère secondaire apporté à un critère primaire issu d'un consensus scientifique fort".

Pourraient-ils devenir un critère principal ? "A priori, l'Efsa n'y verra pas d'opposition théorique" répond Ambroise Martin, "mais quelle signification donner à la différence mesurée et surtout quelle cohérence présentera-t-elle avec la globalité de l'argumentation que nous aurons à considérer ?"

Le professeur Philippe Marteau, chef du département médico-chirurgical de pathologie digestive à l'hôpital Lariboisière de Paris, insiste aussi sur ce "travail de cohérence", après des années de recherche sur la flore intestinale et les probiotiques. Car, in fine, "la difficulté essentielle sera de parvenir à traduire un résultat scientifique en message pour monsieur tout-le-monde : c'est bien au moment même de la conception de l'étude qu'on tentera d'éviter toute déception par la suite".

Cette phase de conception passe, bien sûr, par diverses questions pratiques ... Vaut-il mieux recourir à un questionnaire existant, qui présentera le mérite de pouvoir comparer ses résultats avec d'autres études, ou créer un questionnaire spécifique, orienté vers les dimensions que l'allégation visée mobilise ? Comment procéder à des études internationales, alors que les préoccupations santé et leurs expressions varient considérablement suivant les contextes culturels ? Revient alors la question de la traduction de l'allégation, dont Ambroise Martin reconnaît qu'"on ne sait pas encore très bien comme cette phase se déroulera au sein des Etats membres". Les relations avec les fonctions marketing sont également évoquées, ces dernières étant a minima appelées à décliner l'allégation en communication : "en quelque sorte, la R&D travaille le claim pour le marketing" résume Stéphanie Courau.

En conclusion, Frédérique Respondek, directrice des affaires scientifiques de Syral (filiale du groupe Tereos qui sponsorisait cette table ronde), a présenté, dans le détail, l'utilisation pratique d'une étude de qualité de vie réalisée pour Actifibres.

(Congrès international Goût Nutrition Santé 2010 de Vitagora®, à Dijon, table ronde du 23 mars 2010 : « Intérêt des échelles de qualité de vie dans l'évaluation des ingrédients nutritionnels ».)

SOURCE : Congrès Internationl Goût-Nutrition-Santé Vitagora®

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