Influence des pratiques éducatives sur le comportement alimentaire des enfants

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« Contrairement aux croyances communes, manger n’est pas un acte simple », déclare d’emblée Natalie Rigal, psychologue du développement de l’enfant, une discipline qui s’intéresse essentiellement au développement normal de l’enfant tant sur le plan social, émotionnel, cognitif, etc. Ses travaux portent plus particulièrement sur la mise en place des comportements alimentaires chez l’enfant. « C’est une thématique relativement récente et nous ne sommes que quelques équipes de psychologie expérimentale dans le monde à y travailler », souligne-t-elle. Pour sa part, Natalie Rigal s’intéresse aux enfants depuis leur naissance jusqu’à l’âge de dix ans, « une période où se construisent vraiment les comportements alimentaires ».

De quoi, combien et comment ?

Pourquoi certains jeunes sont difficiles à nourrir, alors que d’autres mangent de tout ? C’est à cette question que les travaux de cette psychologue et de ses collègues tentent d’apporter une réponse. Cela passe évidemment par la description des comportements alimentaires des enfants et de leur développement durant les premières années de leur vie, période au cours de laquelle les parents jouent un rôle incontestable. « Ce sont les plus grands pourvoyeurs d’expériences alimentaires pendant les premiers développements de l’enfant. Ils décideront en effet de quoi, combien et comment proposer à manger à leur enfant, qui sont autant de vecteurs d’habitudes alimentaires certainement durables », précise Natalie Rigal.

Choisir les aliments qu’ils vont offrir à leur enfant est le premier rôle que les parents ont à jouer dans le domaine de l’alimentation. « Le facteur qui prédit le mieux la consommation des fruits et des légumes d’un enfant est le degré de disponibilité de ces aliments dans le foyer. De nombreuses études l’ont montré », rappelle Natalie Rigal. Ainsi des consommations répétées vont familiariser l’enfant avec tel ou tel aliment. Mais si les parents doivent proposer ces aliments de façon répétée, sans pour autant abandonner en cas d’échec, ils doivent également lui demander d’y goûter sans le forcer à finir son assiette. « Proposer de goûter à tout de façon répétée est finalement la meilleure façon d’amener un enfant à manger de tout ».

La question est ensuite de savoir combien il faut donner à manger à un enfant. Car s’il doit manger de tout, il ne faut pas que sa consommation excède ses besoins. Question d’autant plus difficile pour les parents que les besoins alimentaires de chaque enfant dépendent de son métabolisme de base et de ses dépenses énergétiques. « Jusqu’à l’âge de 3 ans, on peut faire confiance à sa capacité d’auto-régulation, ses sensations de faim et de satiété régulant ses prises alimentaires. Mais cette capacité se dégrade avec l’âge chez un nombre non négligeable d’enfants », explique Natalie Rigal. D’où un risque de surconsommation d’aliments spécifiques, dont les parents devraient encadrer la consommation.

Par exemple, il faut éviter qu’ils soient consommés en dehors des 4 repas quotidiens. De plus, stigmatiser ces aliments est souvent contre-productif. Enfin, il ne faut jamais parler de poids à l’enfant. « Il faut lui apprendre à appréhender les aliments sur des signaux physiologiques et sensoriels et pas avec sa tête et ses affects », précise-t-elle.

Reste enfin à s’intéresser aux parents afin de voir comment ils proposent à manger à leur enfant. Quels sont les critères de choix des aliments qu’ils lui font consommer ? Plus généralement, quel est leur style éducatif en matière d’alimentation et la stratégie qu’ils adoptent le plus souvent pour amener l’enfant à goûter les aliments rejetés ? « L’étude que nous avons réalisée au Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation (CSGA) de Dijon, dans le cadre du programme OPALINE, auprès de 400 mères d’enfants, ayant entre 20 et 36 mois, a montré que l’ensemble des comportements adoptés par celles-ci vis-à-vis de leur enfant explique à hauteur d’environ 20% le caractère plus ou moins sélectif de celui-ci », résume Natalie Rigal. Adopter un style éducatif permissif, acheter fréquemment des aliments que l’enfant apprécie, cuisiner les aliments rejetés en fonctions de ses préférences et faire preuve de coercition quand l’enfant ne veut pas goûter l’aliment qui lui est proposé sont autant d’attitudes qui ont le plus d’impact négatif.

Un réseau qui témoigne d’une évolution

Les pratiques éducatives, au sens large du terme, c’est-à-dire les pratiques appliquées par les parents mais aussi celles auxquelles l’enfant est confronté dans son milieu, par exemple à l’école, ont donc un incontestable impact sur le développement et l’évolution de ses comportements alimentaires. Aussi est-il important, pour ne pas dire capital, d’essayer notamment de montrer aux parents ce rôle important qu’ils jouent dans ce domaine, sans forcément s’en douter. « Ce projet de réseau national qui est lancé aujourd’hui, et témoigne d’une évolution de l’état d’esprit en France en matière d’alimentation, peut nous aider à y contribuer », conclut Natalie Rigal.

(Natalie Rigal - Maître de conférences à l’Université de Paris-Ouest - Colloque « L'éducation au goût des jeunes » du 27 janvier 2011 à Paris)

SOURCE : Vitagora®

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