Inflammation, obésité… : un défi pour les bactéries lactiques !

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En fonction de sa composition, notre microbiote (flore intestinale) pourrait être impliquée dans l’apparition de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Ou encore pourrait être en cause dans l’obésité. Certaines bactéries lactiques, contenues notamment dans les yaourts ou les laits fermentés, auraient au contraire un rôle bénéfique pour modifier favorablement le microbiote. Une piste pour les chercheurs…

Notre cher et précieux microbiote –comme on l’appelle aujourd’hui - assure de nombreuses fonctions de défense de notre organisme et de notre santé. Mais les bactéries qui le composent sont très variées et diffèrent d’un individu à l’autre. La composition du microbiote est ainsi soupçonnée, dans certains cas, de pouvoir faire le lit de certains processus pathologiques.

Par exemple, des maladies chroniques inflammatoires de l’intestin. Au premier rang desquelles la maladie de Crohn – qui touche 60000 personnes en France – ou encore la rectocolite hémorragique. Il peut arriver que la flore bactérienne de l’intestin stimule le système immunitaire de manière excessive. Ça semble être le cas notamment lorsqu’il existe un déséquilibre entre les deux grands groupes de bactéries qui composent le microbiote.

Pas assez de bactéries aux fonctions anti-inflammatoires. Et au contraire trop de bactéries ( du type Escherichia coli) susceptibles d’entraîner l’inflammation ou diverses maladies… On ne connaît pas l’origine de tels déséquilibres. On ne sait pas non plus aujourd’hui définir ce qu’est un « bon » ou un « mauvais » profil bactérien. Mais on constate que, dans certains cas, le risque inflammatoire est accru.

Un constat comparable est fait pour le risque d’obésité. La génétique, l’alimentation, le mode de vie jouent évidemment à eux trois un rôle important et on ne saurait rendre le microbiote responsable à lui seul de l’excès de poids. Mais il représente peut-être un facteur de risque supplémentaire. Là encore, il s’agirait d’un déséquilibre, certaines bactéries intestinales prenant le pas sur d’autres. D’une plus faible diversité de bactéries aussi. Des régimes alimentaires pourraient restaurer en partie l’équilibre. Alors qu’une alimentation trop riche en lipides pourrait modifier défavorablement le microbiote. Ce qui le conduirait peut-être à extraire plus d’énergie des aliments, suggèrent certaines expérimentations sur des souris.

L’excès de lipides changerait la perméabilité intestinale. Et favoriserait aussi l’installation d’une inflammation à bas bruit… C’est par ces biais que le microbiote pourrait être associé au développement de l’obésité. Ce ne sont encore que des hypothèses, à prendre en compte mais avec prudence. On n’a pas dégagé à ce jour un type unique de microbiote qui puisse être associé à l’apparition de l’obésité. Ni d’ailleurs un type idéal de microbiote qui en mette à l’abri ! Peut-être le microbiote a-t-il une part de responsabilité dans l’excès de poids. Peut-être les modifications de sa composition ne sont-elles que le témoin de l’obésité…

Toujours est-il que les chercheurs observent aujourd’hui que certaines bactéries contenues dans les yaourts et les laits fermentés ont des effets bénéfiques sur le microbiote. Dans des essais récents, certaines souches bactériennes se révèlent prometteuses. Pour diminuer par exemple la gravité et l’intensité des symptômes de la maladie de Crohn. Pour diminuer les saignements dans la rectocolite hémorragique, grâce à l’association de plusieurs probiotiques. Ou encore pour obtenir, en combinant certains probiotiques et prébiotiques, des taux de rémission de la maladie plus importants ou une diminution du nombre de rechutes…

Les yaourts et laits fermentés sont aussi crédités de bons résultats dans la gestion du poids. Notamment pour diminuer l’adiposité. Une étude montre que chez des personnes en surpoids ou obèses suivant un régime, la consommation de trois yaourts par jour peut diminuer la masse grasse tout en préservant la masse musculaire. Une autre étude attribue aussi aux yaourts une diminution de la sensation de faim au cours des régimes. Une autre encore montre que certains lactobacilles des laits fermentés peuvent aider à diminuer la masse grasse, en particulier abdominale, chez des personnes obèses.

Les recherches en cours portent aussi sur la diminution possible du risque d’obésité chez les personnes de poids normal. On a ainsi observé qu’une combinaison de probiotiques pouvait diminuer le risque d’obésité abdominale après l’accouchement. Une autre étude porte sur l’équilibre du microbiote : elle révèle que, chez les nouveau-nés dont la flore contient un nombre élevé de bifidobactéries, le risque d’obésité à l’âge de 7 ans sera moins élevé… Beaucoup de pistes donc, et beaucoup d’espoirs. Le microbiote, les bactéries qui le composent, et celles qui peuvent améliorer cette composition, n’ont pas encore livré tous les secrets de leur influence sur notre santé. (Nutrinews hebdo)

(La Lettre scientifique et pratique de Syndifrais 2014 ;2 :1-8.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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