Impact métabolique des rythmes alimentaires

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Impact métabolique des rythmes alimentaires

Manger trois à quatre fois par jour réduit le risque d'obésité. Comment expliquer les bénéfices de ce rythme alimentaire, caractéristique majeure du modèle alimentaire français ? Des études explorent actuellement l'impact de la fréquence et du moment des repas afin de valider pistes et recommandations. Etat des dernières connaissances et des challenges à relever.

Au-delà de ce que nous mangeons, la question de « quand » nous mangeons soulève un grand intérêt depuis l’Antiquité, comme en témoigne la citation de Maimonides, philosophe et docteur : « Mange comme un roi le matin, comme un prince à midi et comme un pauvre le soir ».

Au vu du développement croissant des maladies métaboliques tels que le diabète ou l’obésité, l’impact de l’alimentation sur la santé, et particulièrement aujourd’hui où les rythmes des repas sont de plus en plus déstructurés, doit être étudié dans toutes ses dimensions, intégrant non seulement la quantité et la qualité de l’alimentation mais aussi le rythme et le timing de nos prises alimentaires, et notre manière de manger.

Le défi est de valider scientifiquement les vertus du modèle alimentaire français. Un défi difficile à relever car peu de personnes sont prêtes à se soumettre à des rythmes alimentaires très spécifiques et à une batterie de mesures biologiques, dans le cadre d'études contrôlées, pour expliquer pourquoi manger trois fois par jour et à heures fixes est bon pour la santé. D'autant qu'en plus de l'alimentation, il faut tenir compte, de l'activité physique, du sommeil... Les connaissances progressent néanmoins grâce aux études sur les souris et aux études observationnelles de différentes populations qui donnent des pistes.

Les horaires des repas ainsi que leur fréquence nous sont généralement « imposés » par des mécanismes physiologiques complexes, la disponibilité des aliments, la faim, la satiété mais aussi par de nombreux paramètres sociaux et environnementaux. Notre organisme est soumis à plusieurs rythmes circadiens qui participent au maintien de l’homéostasie globale et donc de la santé: par exemple les rythmicités jour/nuit, activité/sommeil, qui s’associent à des modifications concomitantes de la température corporelle, du métabolisme et des sécrétions hormonales. Les interactions entre l’alimentation et les rythmes circadiens sont finement régulées au niveau du système nerveux central mais aussi en périphérie.

Ainsi, il a été mis en évidence que les rythmes alimentaires pouvaient avoir un impact fort sur le métabolisme mais également sur ces rythmes.

3 à 4 repas par jour, quel impact métabolique ?

Quand on mange, trois états se succèdent en se chevauchant sur une période de 24 heures :

  • L’état postprandial : état dynamique résultant de l’ingestion et de la digestion après un repas. Il dure entre trois heures et cinq heures selon le type de nutriments concernés.

  • L’état post-absorptif lui succède et s’étend sur les six heures suivantes.

  • L’état de jeûne enfin suit la période post-absorptive, dix-douze heures après le dernier repas.

Au rythme de trois à quatre repas par jour, nous passons 16h/24 en l’état postprandial. Et c'est à ce moment qu'a lieu le stockage des lipides et des glucides alimentaires, en lien direct avec l’obésité. Les repas provoquent un pic de lipémie plus ou moins élevé et durable (de 2 à 6 h). Selon le même schéma, l’utilisation et le métabolisme global du glucose se prolongent bien au-delà de deux heures.

Ces pics sont reconnus comme des facteurs de risques de maladies chroniques, notamment cardiovasculaires. D'où une question clé : faut-il manger trois fois par jour, ce qui génère trois vagues significatives ou plus souvent pour les lisser ?

Le rythme des repas doit-il être le même pour tous ?

  • Chez les personnes diabétiques, les recherches prouvent qu'il est bénéfique d'augmenter le nombre de repas (sans excès) pour limiter les pics glycémiques.

  • Par contre, chez les personnes en bonne santé, augmenter le nombre de repas n'est pas validé. Au contraire, une relation positive est établie entre 3 à 4 repas par jour, leur poids et leur santé, alors que des repas plus fréquents riment avec plus de calories ingérées par jour et plus de risques de surpoids.

Il n'y a donc pas de réponse globale sur l'amplitude souhaitable des variations lipidiques et glycémiques. Les recherches doivent être poursuivies.

Le moment du repas est important ?

Outre le nombre de repas, on se rend compte de plus en plus que l'heure et la répartition des calories ingérées au cours de la journée comptent : ne pas prendre de petit-déjeuner peut conduire à long terme au surpoids, de même que manger en fin de journée ou la nuit. Car ne pas synchroniser les rythmes circadiens et le rythme des prises alimentaires a des conséquences délétères sur le métabolisme, l'activité physique, le sommeil et donc sur la santé.

Parmi les explications, émerge actuellement la piste du microbiote (flore intestinale) car il a été constaté que les bactéries présentes dans le colon des travailleurs postés diffèrent de celles des travailleurs de jour.

Réduire la période de jeûne : est-ce un facteur de risque ?

Le jeûne connait un véritable effet de mode, car il semble avoir un effet potentiel intéressant, au moment même où le jeûne nocturne a tendance à diminuer puisque nous dormons moins. Jeûner plus longtemps entre les repas, hebdomadairement, annuellement, jeûner davantage la nuit,... est-ce bénéfique pour le poids et la santé métabolique à long terme, comme le suggère certaines données ? Faut-il chaque jour ou chaque semaine faire redescendre au plancher les courbes lipidiques et glycémiques ? Répondre est un vrai défi. Des études menées auprès de travailleurs postés ou de populations réalisant des jeûnes intermittents pour des raisons religieuses permettront peut-être demain de le relever.

Ces travaux invitent à associer aux règles de nutrition, des recommandations personnalisées sur la fréquence, l'heure des repas et la répartition des apports caloriques dans la journée. Car toutes les observations confirment l'importance des rythmes alimentaires sur la bonne santé métabolique.

(Par le Dr Julie-Anne Nazare, Centre Européen pour la Nutrition et la Santé/Centre de Recherche en Nutrition Humaine Rhône-Alpes - Journée annuelle Benjamin Delessert, 5 février 2016)

SOURCE : Institut Benjamin Delessert

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