Immunité, nutrition et cerveau : notre bien-être passe aussi par notre assiette

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Avec son équipe de l'INRA Bordeaux, Sophie Layé étudie les relations entre nutrition, immunité et cerveau, et cherche à déterminer ce qui, au niveau biologique, conditionne l'état de bien-être. Le rôle néfaste dans le cerveau de certaines molécules que nous produisons pour nous défendre - contre les infections par exemple - est aujourd'hui bien démontré par les travaux de son équipe. Cet axe de recherche, la psychoneuroimmunologie, permet non seulement d'expliquer le développement de troubles de l'humeur et de la cognition notamment chez les sujets âgés, mais aussi de proposer des solutions alimentaires. A quand un bilan nutritionnel systématique devant une démence ou une dépression ?

Comment aborder le bien-être au sens scientifique ?

« Immunité, nutrition et cerveau : notre bien-être passe aussi par notre assiette » - Crédit photo : © Gbp | Dreamstime.com Définir le bien-être pour pouvoir le mesurer est une étape indispensable. Il en existe des définitions « psychologiques » mais elles sont difficilement transposables en bio­logie. Le bien-être est défini comme l'état de santé perçu par l'individu. Le monde médical a développé la notion de qualité de vie qui permet d'appréhender le bien-être au niveau individuel et de le mesurer.

Mais quels sont les mécanismes biologiques qui sous-tendent cet état ? Nous connaissons tous le « mal-être » dû aux agressions virales par exemple, et lié à l'action dans le cerveau de certaines molécules que nous produisons pour nous défendre, les cytokines inflammatoires. C'est l'immunité innée qui est alors en jeu, mobilisant des cellules telles que les macrophages ou les monocytes. Mais la production soutenue de cytokines inflammatoires au niveau cérébral induit des chan­gements de comportement proches des symptômes dépressifs : désintérêt, repli sur soi, anorexie...

Dans le cas d'une maladie aiguë comme une grippe ou un simple rhume, la sensation de mal-être disparaît en quelques jours. Mais, lorsque les cyto­kines sont synthétisées de façon continue, même à doses moindres, les symptômes s'installent. Cette inflammation à bas bruit, caractérisée par une production continue de cytokines qui peuvent s'avérer toxiques pour les neurones, a été observée notam­ment lors du vieillissement, des troubles fonctionnels digestifs et chez les personnes obèses. L'altération de la qualité de vie est en lien direct avec le niveau inflammatoire mesuré chez les individus.

Les aliments contribuant au bien-être

Différents nutriments, comme la vitamine E et les acides gras polyinsaturés sont capables de limiter la production et l'action des médiateurs de l'inflammation que sont les cytokines. Mais leurs effets peuvent-ils prévenir le développement d'altéra­tion de l'état de bien-être lors du vieillissement ? L'équipe de Sophie Layé s'est inté­ressée aux acides gras polyinsaturés en raison de leur forte teneur dans le tissu céré­bral. Il en existe deux formes : les omega-3 présents dans le poisson, les fruits de mer, l'huile de colza et les oméga-6 (huile de tournesol par exemple).

Des études épi-démiologiques, menées notamment par Pascale Barberger-Gateau (INSERM U897, Bordeaux 2) ont montré que les consommateurs réguliers d'omega-3 avaient un risque moindre de développer une démence ou un déclin cognitif avec l'âge. Les études chez la souris ont permis à Sophie Layé de prouver que les animaux carences en oméga-3 avaient des taux de cytokines plus élevés et développaient, en vieillissant, plus fré­quemment des troubles du comportement que les individus ayant reçu une alimenta­tion équilibrée entre oméga-3 et oméga-6. Or, la population française est de plus en plus exposée à des régimes de type fast food, particulièrement riches en oméga-6.

Ainsi, le rôle bénéfique d'une alimentation équilibrée est bien établi dans la préven­tion du déclin lié au vieillissement ; mais démontrera-t-on un jour que l'alimentation peut soigner ?

(Sophie Layé, chargée de recherche à l'UMR Psychoneuroimmunologie, Nutrition et Génétique (PsyNuGen), Bordeaux)

SOURCE : Congrès Internationl Goût-Nutrition-Santé Vitagora®

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