Il faut rendre leur place aux acides gras saturés !

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C’est plus qu’une révolte, presque une révolution. Dans les revues scientifiques internationales, des experts de plus en plus nombreux prennent la défense des acides gras saturés, longtemps accusés de faire le lit des maladies cardiovasculaires. Ils dénoncent le danger de les remplacer par des glucides ou des acides gras polyinsaturés, en termes de maladies cardio-métaboliques, d’obésité, de diabète, de cancers et de mortalité !

Sur la base des études scientifiques disponibles aujourd’hui, ils préconisent un changement radical des recommandations nutritionnelles formulées par les autorités sanitaires et les sociétés savantes, en particulier aux Etats-Unis…

Les signataires sont Britanniques, Américains, Suédois, Japonais, Allemands, Hollandais [1,2,3]… Ils appartiennent à des Universités et groupes de recherche prestigieux. Leur point commun ? Ils publient aujourd’hui des articles percutants, à partir des différentes études publiées jusqu’à ce jour.

Pas de lien prouvé avec le risque cardiovasculaire

D’abord, observent-ils, rien ne prouve que les régimes pauvres en lipides soient bons pour la santé. Il n’existe pas de preuve d’un effet positif ou négatif de la diminution de la consommation de lipides, explique dans un éditorial [2] J. DiNicolantonio (Ithaca, New York). Elle ne fait pas baisser la mortalité totale ou cardiovasculaire, témoigne un ensemble d’études. Ni les accidents cardiovasculaires, ni les accidents vasculaires cérébraux, ni les cancers, si l’on s’en remet à l’étude des 48835 femmes américaines participant à l’étude Women’s Health Initiative (WHI). Même après infarctus du myocarde, une étude conclut que diminuer les lipides n’a pas d’effet vis-à-vis des récidives ou de la mortalité.

R. Chowdhury [3] (Cambridge) se livre à une revue systématique des études portant à la fois sur la consommation de lipides, sur les taux sanguins circulants de lipides et sur le risque cardiovasculaire. Plus de 600000 participants ont fourni des données. Que l’on prenne en compte la consommation alimentaire ou le taux de lipides sanguins, rien ne permet d’associer les acides gras saturés et le risque cardiovasculaire. Une synthèse des études portant sur près de 348000 personnes montre qu’ils n’augmentent pas l’incidence des maladies cardiovasculaires.

Deux fausses bonnes idées : remplacer les saturés par des glucides…

Une conséquence des incitations à diminuer les lipides - en particulier les acides gras saturés - est de les remplacer par des glucides. Ce qui n’est pas bénéfique pour la santé, au contraire ! Les études comparant régimes pauvres en glucides et régimes pauvres en lipides montrent que ce sont les premiers qui détériorent le plus les marqueurs du risque cardiovasculaire. Les triglycérides augmentent, le bon cholestérol HDL diminue, les petites particules denses de LDL (les plus athérogènes) augmentent.

La tolérance au glucose est moins bonne, l’adiposité corporelle plus importante, les marqueurs de l’inflammation et de la thrombose augmentent… Au total, pour J. DiNicolantonio [2], l’épidémie d’athérosclérose, de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires et de syndrome métabolique est plus liée aux sucres qu’aux graisses : une révélation dit-il, que l’on commence tout juste à accepter…

… ou des acides gras polyinsaturés !

De même, poursuit J. DiNicolantonio [2], rien ne permet de dire que les acides gras polyinsaturés (oméga 6 et oméga 3) diminuent le risque. Et rien n’autorise à les consommer en quantités importantes en lieu et place des saturés. Une méta-analyse montre que si l’on n’augmente pas la consommation d’oméga 3 en même temps que celle d’oméga 6, on augmente le risque de mortalité. Or le rapport oméga 6/oméga 3 est déjà déséquilibré dans notre alimentation ! Les omégas 6 seuls sont associés à une diminution des taux de bon cholestérol HDL et à une augmentation de l’oxydation du LDL. A une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires, de cancers, de mortalité cardiovasculaire et générale…

Retrouver l’équilibre

Pour de nombreux scientifiques, il faut donc en finir avec les avis irrationnels et réviser les « guidelines ». En France, dès 2010, l’AFSSA a sonné la fin de la chasse au gras. Les nouveaux apports nutritionnels conseillés en lipides ont réévalué à la hausse la part des lipides dans l’alimentation : jusqu’à 40 % - et en tout cas pas moins de 35 % - de l’apport énergétique quotidien. Dont 4 % pour les omégas 6 (huiles de tournesol, maïs, pépins de raison, soja…), 1 % pour les omégas 3 (poissons gras, huile de colza…), et 12 % maximum pour les acides gras saturés. A leur tour, les experts du monde entier multiplient les tentatives pour remettre les pendules à l’heure.

Et les produits laitiers ?

En raison de la présence d’acides gras saturés dans leur composition, les produits laitiers ont aussi souffert d’accusations injustifiées. En témoignent 16 études répertoriées par U. Ravsnkov [1] (Lund, Suède). Elles montrent qu’une consommation élevée de produits laitiers est associée à une diminution de la mortalité de l’ordre de 13 %. A une diminution de 8 % du risque de maladie ischémique, de 21 % du risque d’AVC et de 15 % du risque de diabète !

La méta-analyse de 16 études ne montre aucune association entre la consommation de produits laitiers entiers, le diabète ou les maladies cardiovasculaires. L’adiposité corporelle serait même améliorée.

Références

  1. Ravnskov U, et al. Mayo Clin Proc 2014 ;89(4) :451-453. DOI:10.1016/j.mayocp.2013.11.006.
  2. DiNicolantonio JJ. Open Heart 2014;1:e000032. DOI:10.1136/openhrt-2013-000032.
  3. Chowdhury R, et al. Ann Intern Med. 2014; 160(6):398-406. DOI: 10.7326/M13-1788.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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