Il est tout aussi difficile de ne pas accumuler les polluants organochlorés dans notre organisme que de s'en débarrasser

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Peut-on réduire la quantité de polluants organochlorés dans notre organisme en modifiant notre alimentation ? Une étude pilote menée par Hélène Arguin, Marina Sanchez, Jean-Philippe Chaput et Angelo Tremblay, de la Faculté de médecine, et par quatre collaborateurs américains, indique que la chose est faisable. Toutefois, pour y arriver, patience et longueur de temps s'imposent puisqu'il faut se cantonner, des années durant, à une diète composée uniquement de végétaux.

« Il est tout aussi difficile de ne pas accumuler les polluants organochlorés dans notre organisme que de s'en débarrasser » - Crédit photo : imageshack.us La famille des organochlorés regroupe des insecticides et des produits chimiques qui sont maintenant bannis dans la plupart des pays industrialisés. On les associe à un cortège de maladies dont les cancers, les maladies du foie et le parkinson ainsi qu'à l'affaiblissement du système immunitaire. En raison de leur résistance à la dégradation et à leur affinité pour les graisses, ils sont encore présents dans la chaîne alimentaire, en particulier dans les tissus adipeux des animaux. De là à se demander si les personnes qui ne consomment pas de viande s'en tirent mieux, il n'y avait qu'un pas qu'a franchi l'équipe d'Angelo Tremblay.

Les chercheurs ont comparé les concentrations de 26 composés organochlorés dans le sang de 9 végétaliens et de 15 omnivores. Le groupe végétalien était composé de personnes qui, depuis dix ans en moyenne, consommaient exclusivement des légumes, des fruits, des noix et des germes de plantes. Malgré ce régime plutôt strict, les chercheurs rapportent dans un récent numéro du British Journal of Nutrition qu'ils ont détecté la présence de 17 composés organochlorés dans le sang des participants des deux groupes. Toutefois, les concentrations de cinq de ces composés étaient plus faibles - de 20 à 40 % moins élevées - chez les végétaliens que chez les omnivores.

L'adoption d'un régime végétalien permettrait donc d'abaisser la charge d'organochlorés dans l'organisme, mais pas de l'éliminer. « Ces composés sont très résistants, explique Angelo Tremblay. Les BPC, par exemple, ont une demi-vie qui varie de 5 à 25 ans. Si nous détectons des organochlorés chez des sujets qui sont végétaliens depuis de nombreuses années, c'est qu'ils en ont consommés plus tôt dans leur vie ou qu'ils mangent des fruits ou des légumes importés qui en contiennent ».

Olestra : peu d'effet

Les organochlorés ont un autre effet qui s'avère plutôt embêtant pour les gens qui tentent de perdre du poids: ils diminuent le métabolisme au repos. Lorsque l'organisme puise dans ses réserves de graisses et qu'il libère les organochlorés qui s'y sont accumulés au fil des ans, il s'ensuit une baisse du métabolisme qui entrave la perte de poids. Des études antérieures avaient signalé que l'olestra - un substitut du gras que Procter & Gamble utilise dans certaines croustilles vendues aux États-Unis - réduit considérablement la concentration en organochlorés chez des sujets très contaminés et chez des animaux.

Pour déterminer si ce produit pouvait favoriser l'élimination des organochlorés libérés lors d'un régime amaigrissant, les chercheurs ont soumis, pendant trois mois, un petit groupe d'hommes obèses à une diète contenant 25 % de graisses et de l'olestra. Les effets de ce régime ont été comparés à ceux d'un régime contenant 25 % de graisses sans olestra et à un régime régulier contenant 33 % de graisses. Résultat ? Rien de renversant puisque l'olestra a abaissé la concentration d'un seul des 26 organochlorés mesurés.

Les chercheurs hésitent à tirer des conclusions à partir de ces deux études parce qu'elles reposent sur un petit nombre de sujets. « Néanmoins, dit Angelo Tremblay, on peut d'ores et déjà constater qu'il est difficile de ne pas accumuler d'organochlorés dans l'organisme et tout aussi difficile de s'en débarrasser ».

(Par Jean Hamann - Journal de la communauté universitaire - Volume 45, numéro 25 - 18 mars 2010)

SOURCE : Université Laval

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