Grignoter pour apprendre à manger ?

lu 2120 fois

Les grignotages enfantins sont souvent présentés comme une entorse aux règles du « manger sain ». Pourtant, à condition d'être bien encadrés par la culture culinaire des parents, ils peuvent aussi être un moment d'expérience individuelle et d'apprentissage des normes, prétendent aujourd'hui les sociologues...

« Grignoter pour apprendre à manger ? » - Crédit photo : © siloto - Fotolia.com Mise en ligne récemment sur le site de l’OCHA (*), une enquête (**) ethnographique sur les comportements alimentaires enfantins nous incite à réviser nos idées sur les fonctions du grignotage des enfants. La consommation impromptue de friandises, mini ou maxi collations et autres « petits trucs qui se mangent » jouerait finalement un rôle dans l’apprentissage des habitudes alimentaires. Souvent interprétée comme une infraction, elle permet en même temps à l’enfant d’incorporer les frontières entre conduites permises et interdites, entre le jeu et l’aliment...

Le petit grignoteur fait connaissance avec le monde extérieur, expérimente son pouvoir d’affirmation, se confronte aux codes sociaux et apprend peut-être jusqu’où il peut aller trop loin. Il découvre qu’il faut savoir se maîtriser et se restreindre. Il fait l’apprentissage du rapport avec ses pairs et le monde adulte. Par la ruse, la supplication, le chantage, la transgression de l’interdit, il s’exerce à décoder le monde. En fait tous ces petits dérèglements enfantins révèlent surtout la présence bien active des normes, décrypte Nicoletta Diasio, auteur de l’enquête et maître de conférences à l’Université Marc Bloch à Strasbourg.

Evidemment, en toile de fond, il y a comme référence les parents. Leurs propres conceptions culinaires et nutritionnelles. Tout ce qui fait leur « culture » en la matière. Plus elle est incertaine ou vacillante, plus la règle est floue, et plus l’enfant va pousser loin l’expérimentation et la transgression. L’enquête a été menée à Paris et à Rome. Dans le Marais et dans le Torrino, deux quartiers branchés aux populations comparables : professions libérales, employés et artistes… Pour les horaires, la régularité des repas, le dîner en famille et le contrôle parental, l’Italie reste plutôt du côté de la tradition.

En France, un certain « libéralisme » progresse : il n’est pas rare que chacun mange de son côté un peu ce qu’il veut, pioche dans le frigo selon sa faim, concocte frites au four ou surgelés au micro-ondes. Tel parent trouve pesant de manger avec ses enfants. Tel autre les fait dîner à 5 heures, arguant qu’ils ont faim. Le goûter crêpes du samedi ou du dimanche, avec présence parfois des grands-parents, peut être le seul moment de retrouvailles familiales de la semaine. Un des rares moments aussi où se transmet une recette, un savoir culinaire... Exceptions « bobos » ? Reflet d’un quartier qui est loin de représenter la France profonde ? En tout cas, on sera désormais très circonspect en employant l’expression « décadence romaine » !

(*) Observatoire Cniel des habitudes alimentaires

(**) Grignotages et jeux avec les normes. Une ethnographie des comportements alimentaires à Paris et à Rome. Site OCHA (www.lemangeur-ocha.com)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s