Goût sucré : le plaisir sans l'addiction ?

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Boissons sucrées, chocolat, sucreries, pâtisseries... Nous aimons le sucré pour le goût et le plaisir qu'il nous procure. Mais ce plaisir est-il addictif ? Ce dossier complet vous aide à comprendre tous les mécanismes qui entrent en jeu pour mieux gérer vos apports au quotidien...

« Goût sucré : le plaisir sans l'addiction ? » - Crédit photo : © knape | istockphoto.com A contre-courant d'une opinion bien ancrée, une analyse récente des données scientifiques par le professeur Benton, publiée en juin, vient d'apporter la preuve que l'addiction au sucre n'existe pas chez l'homme : le sucre, source d'énergie, n'entraîne pas de dépendance. Si la modération est de mise dans le respect des bonnes règles diététiques, boissons et aliments sucrés peuvent s'intégrer légitimement dans une alimentation équilibrée.

Le goût sucré est un plaisir naturel et le sucre est utile à notre développement

Nous aimons le sucre parce que nous avons besoin d'énergie. Acquise in utero, l'appétence pour le sucré a en effet une fonction biologique essentielle : nous inciter à consommer une source rapide d'énergie pour notre organisme.

Toutefois, nous apprécions le sucré à des degrés divers pour des raisons à la fois génétiques, culturelles (par exemple, le mélange « sucré-salé » au cours d'un repas n'est pas inscrit dans la tradition culinaire française), et d'âge (les enfants et adolescents aiment les boissons plus sucrées [1] que les adultes mais, en vieillissant, leurs choix se portent sur les boissons moins sucrées [2]).

La dépendance au « sucré » n'est pas scientifiquement démontrée

La composante plaisir liée au sucre le rend suspect d'induire une dépendance

Certaines expériences réalisées sur le rat suggèrent que dans certaines conditions, il peut développer en effet un comportement dépendant au sucre. L'imagerie cérébrale a par ailleurs montré que l'absorption de sucre déclenche les mêmes mécanismes neurocérébraux, dits « circuits de la récompense » ou du plaisir, que ceux activés par les drogues, mais aussi les aliments gras, ou encore chez l'homme, le sentiment amoureux, la musique...

Peut-on extrapoler ces résultats à l'homme et conclure que le sucre peut être addictif pour lui ? Non répond le Dr Jean-Michel Lecerf. « Il y a chez l'homme une intelligence supérieure qui influe sur ses comportements. Il faut tenir compte de tous les aspects affectifs, psychologiques mais aussi relationnels et sociaux qui interfèrent sur son comportement et ses choix alimentaires ».

Comment reconnaître l'addiction ?

L'addiction, ou dépendance, est un comportement d'asservissement qui conduit à une autodestruction. Ces caractéristiques principales sont l'avidité (la perte du contrôle de soi), la tolérance (il faut consommer toujours plus pour obtenir l'effet désiré) et des symptômes de sevrage (anxiété et syndrome de manque à l'arrêt).

Pourquoi ne peut-on pas parler d'addiction au sucre chez l'Homme ?

Le Pr David Benton, chercheur de l'université de Swansea au Royaume-Uni, vient de montrer qu'aucune étude réalisée sur l'homme ne valide l'hypothèse d'une dépendance au sucre [3].

Selon l'analyse des données scientifiques, réalisée par le Pr Benton, il s'avère en effet que :

  • Le sucre n'entraîne pas le développement de tolérance : il n'est pas nécessaire d'en consommer toujours plus pour obtenir l'effet recherché.

  • Il n'y a pas de symptômes physiques ou psychiques de sevrage à l'arrêt de la consommation de sucres.

  • L'alimentation peut toutefois être utilisée de façon compulsive, comme un moyen de compensation, pour soulager un stress ou une angoisse mais c'est alors la façon de boire ou de manger qui pose problème et non un aliment en particulier.

  • Les aliments choisis pour assouvir ce type de pulsion sont le plus souvent des aliments palatables, riches en énergie (à la fois gras et sucrés).

Les boissons et aliments sucrés ont leur place dans une alimentation équilibrée

L'augmentation de la prévalence de l'obésité et l'obsession de la minceur poussent nombre de patients à suivre des régimes alimentaires extrêmement restrictifs. « Nous sommes dans une société saccharophobique », s'insurge le Dr Arnaud Cocaul. L'expérience montre en effet que bannir le sucre peut favoriser, en réaction à la privation, des phénomènes de rattrapage, avec des comportements compulsifs.

Des solutions sucrées adaptées aux besoins spécifiques de chacun

Pour les sujets en surpoids, ce qui importe c'est de ramener les apports énergétiques à un niveau cohérent avec la dépense calorique.

Les personnes souffrant de diabète doivent bien sûr surveiller leurs apports en sucres. Si elles aiment boire sucré, elles peuvent être orientées vers des boissons contenant des édulcorants intenses tels que l'aspartame, le sucralose ou encore l'extrait de stevia qui n'apportent pas de calorie, ne créent pas de pics hyperglycémiques et ne stimulent pas l'appétit pour le sucre, le cerveau faisant la différence entre saccharose et édulcorants [4].

Aujourd'hui, d'ailleurs, 68% des Français déclarent consommer des boissons sucrées dans leur version light [5], c'est-à-dire sans aucun glucide simple : elles n'apportent en effet aucune calorie contrairement aux boissons « à teneur réduite en sucres » ou à celles dites « sans sucres ajoutés » qui peuvent contenir du sucre.

« Etre en empathie avec nos patients, précise le Dr Cocaul, permet de comprendre leurs besoins et de les aider, en passant de véritables contrats avec eux, à modifier avec succès leurs habitudes alimentaires ».

Les bonnes habitudes alimentaires s'acquièrent très tôt

L'éducation est primordiale dans l'acquisition des préférences alimentaires. En se familiarisant progressivement avec un aliment, l'enfant apprend à l'aimer et ainsi à diversifier son alimentation. Limiter - sans interdire - sa consommation d'aliments sucrés évite les frustrations qui favorisent les comportements compulsifs. L'eau reste la boisson de référence : les boissons sucrées sont des boissons de plaisir, ludiques et conviviales à consommer avec modération.

Quelques repères de consommation :

Les adultes français consomment en moyenne 92,3 grammes par jour de glucides simples (sucres), les enfants 100 gr/j et les adolescents 105 gr/j.

Les principaux aliments contributeurs aux apports en glucides simples sont les sucreries, les produits de four (pâtisseries, viennoiseries, biscuits sucrés), les produits laitiers, ou encore les fruits.

Les boissons rafraîchissantes sans alcool (colas, limonades, boissons aux fruits, thés glacés...) représentent 6% des apports en sucres des enfants et 5,5% des apports en sucres des adultes [6].

Références :

  1. Desor JA. Et al. Science 1975; 190 (4215) : 686-687.
  2. Desor JA., Beauchamp GK. Physiology and Behavior 1987 ; 39 (5) : 639-641.
  3. Benton D. The plausibility of sugar addiction and its role in obesity and eating disorders. Clin Nutr 2010,29,288-303.
  4. Smeets PA, et al. Am J Clin Nutr 2005;82(5): 1011-6. Frank GK, et al. Neuroimage 2008;39(4): 1559-69.
  5. Baromètre Edulcorants Etude Ifop réalisée sur internet du 16 au 18 mars 2009 auprès d'un échantillon représentatif de 1000 personnes âgées de 15 ans et plus.
  6. CREDOC. Enquête Comportements et Consommations Alimentaires en France, 2007.

(Symposium « Le goût sucré : aspects physiologiques, sensoriels et comportementaux » organisé par Coca-Cola France - Les Entretiens de Bichat 2010)

SOURCE : Les Entretiens de Bichat 2010

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